NY 8

Une année, en hp, j’avais rencontré un schizophrène. Il disait en chuchotant «  Je suis le fils de Dieu, mais si je le dis, il m’enferment, alors tais toi ne le répète pas. »
Ses vieux étaient bourré de thunes et lui, il m’avait à la bonne. Une fois sorti, il m’a dit «  Viens avec moi, et prends cette chemise, elle ne sied pas au fils de Dieu mais elle t’ira à toi, files moi une clope s’il te plaît ».
On était passé chez ses parents, qui ne le supportaient plus et s’en débarrassaient soit en hp soit à coup de billets pour qu’il ne squatte plus chez eux. La, comme il en sortait de l’hp, cà a été le fric, et on est parti.
Il m’a payé un billet et on s’est retrouvé à Paris, puis on a pris un taxi pour Dijon. Il disait sans cesse «  tu vas voir, Dijon, c’est la capitale du champagne, et le champagne, c’est le nectar des dieux ». J’étais pas trop de son avis, géographiquement et mythologiquement, mais il payait, alors, je fermais ma gueule, et j’écoutais.
On buvait aussi : là-bas, il disent « déguster », nous on avalait tout d’un trait.
On reprenait la route jusqu’à la cave d’à côté. Bon dieu qu’il était bavard.
Quand il est reparti sur son histoire de fils de Dieu, intarissable : Il se souvenait de tout, et après sa version, il me récitais un verset de Jean, Paul, Mathieu, et l’autre, qui corroboraient son délire.
On a fini par reprendre le retour pour NY, on a repris un vol, et puis on a fini par se séparer, a l’aérogare.
Je suis sorti de mes souvenirs.
– Oui mais tu l’a sauvé.
– Bof, j’ai essayé, c’est tout, je ne suis pas sur que ça a été une bonne façon.
– Connard ! Ca a marché non ?
Et elle m’a embrassé.
C’était chaud et humide.
Sans ses habits, ça commençait a être chaud.
On s’est enlacé.
Le reste.
Les verres sont tombés vite, sur le tapis, avec le champagne qui restait.
Elle s’est endormi, après, lové sur mon ventre, ses cheveux qui me chatouillaient sans que j’ose bouger.
Je ne dors pas beaucoup, je rêve, alors je suis resté contre elle, et je l’ai écouté respirer.
Très tôt, je me suis relevé très doucement. Je me réveille toujours très tôt.
Je l’ai juste admiré, l’ai embrassé assez doucement aussi, pour qu’elle ne se réveille pas.
Et je suis redescendu dans la cuisine.
Il y avais un buffet d’acajou : presque noir.
J’ai ouvert: gagné, c’était le bar.
J’ai fouillé. Il y avait des truc de vieux, des alcools fort, et du porto, et un truc de la France : du pinot, je crois. J’ai regardé l’étiquette : 18 %: ll aurai fallut que je boive toute la bouteille d’un coup, à cette heure. Ok, la mamie, elle aurait pu en racheter en rentrant de l’hôpital, mais j’ai pas osé. De toute façon, elle ne devait pas y regarder souvent, dans son buffet.
Saké : essence de rose, sucre candy, là : j’ai pris et j’ai ouvert, et bu cinq ou six gorgées.
Mon bébé devait être réveillé, il fallait que je reparte vite, mais à l’étage, je désirais encore
Je suis remonté doucement, histoire de me rhabiller.
Alexandra dormait toujours, et moi, j’étais perdu.
Je l’ai embrassé, et je suis sorti de l’appartement, sans claquer la porte.
J’avais besoin de marcher, alors, je suis allé doucement, mais j’ai marché. J’avais encore peur de l’autre folle avec son bus, et marcher, ça me réveillait.
C’était l’aube.
Je suis rentré à Harlem.
Escalier, odeur d’herbe, pisse et graffitis.
Elle n’avait toujours rien mangé ma chérie.
J’ai tout jeté de la veille, et j’ai refais des tartines et du thé.
J’ai remis de la musique : douce, pour qu’elle se réveille.
Ma chérie, elle dors : presque tout le temps. Ou alors elle sort acheter n’importe quoi.
Je me suis assis, et j’ai attendu à nouveau mon frère, une Chevrolet, 8 cylindre ça s’entend.
Ca serait mon frère donc, ou un dealer en mal de frime, mais il ne s’arrêterait pas lui.
L’enterrement, c’était à 14 heures, et ce serait mieux que je sois sobre, ou à peut près.
A 12 heure, j’ai entendu sa Chevrolet se garer.
J’étais déjà habillé.
Je l’ai laissé sonné un peu, puis je suis descendu.
– On y va ?
– Ben oui connard.
Je hais mon frère. Je l’ai déjà dit mais comme c’est la première chose que je ressens quand je le vois.
Comme je hais mon père. Idem, mais lui j’arrive à ne pas le voir.
Ils m’ont trop fait chier dans mon enfance.
Mon père voulait que je sois un savant, et moi, je ne suis qu’un poète, même si je suis savant à ma façon. Enfin pas ingénieur, ou prof.
Mon frère s’est toujours moqué de moi, quand il n’était pas plus violent.
Les coups et les vacheries, je ne les comptais plus.
Je suis monté dans sa voiture.
J’ai claqué la porte, et il a démarré, et encore, il a fait hurler son moteur.
Il est parti à fond, pour le temple.
Ma mère, elle avait laissé des consignes, j’ai dis.
– Tu les as, les consignes : le texte, la musique, l’ordre, enfin tout ce qu’elle a écrit ?
– Non.
– Bon, on passe à la maison.
– T’es con ?
– Oui, mais moins que toi.
Si ça continuait, j’allais taper pour de bon.
– Non, maman elle a laissé des consignes et personne n’a du s’en soucier.
– Tourne dès que tu peux aller chez eux, ils nous attendrons, au temple, c’est nous la famille non ? Et fait plus chier avec ton bolide.
J’étais énervé : ça sentait toujours la pisse et le pet dans la caisse de ce con.
On était pas loin de la 911.
Je lui ai pris la main, j’ai tiré le volant , et j’ai tourné au bon embranchement.
On s’est pris un trottoir. La chevrolet a fait un bond. Après. il m’a laissé faire, du coup. Sa voiture, c’était mieux pour lui que ma mère, et la, j’allais la lui casser si je continuais.
Il a tiré le frein à main. La voiture a dérapé en tournant et s’est arrêtée.
– Maintenant, tu va me passer le volant mec.
– Non, je vais ou tu veux.
– Chez les vieux, je viens de te le dire.

La maison des parents je ne voulais pas y retourner, mais les instructions de ma mère, je savais ou elle étaient, et c’était la bas. Et j’y tenais.
Il s’est garé au bout de 5 ou 6 miles de lacets dans la campagne, en évitant les ornières, Ca a encore crissé.
Je suis descendu.
Je lui aurais cassé la tête tellement il avait l’air de trouver ça idiot que j’aille à l’endroit que je détestais le plus, et pour une truc qu’il ne comprenait pas.
Je m’en fous, quand on est mort, on est mort. Mais quand on a demandé quelque chose pour sa mort même si on trouve ça idiot, on peut au moins respecter.
Il me fallait juste une enveloppe de kraft, dans un secrétaire, et j’avais pas envie de perdre du temps.
La porte d’entrée était fermée.
Alors, comme quand j’étais enfant, j’ai escaladé le mur de pierre, j’ai mis ma chemise sur le bras, j’ai cassé la fenêtre. Et je suis rentré.
Le secrétaire, il était dans sa chambre : ça faisait deux ans que je savais, elle m’avait montré, et dit « tout est là, dans ce tiroir, c’est important tu sais ».
J’ai pris l’enveloppe de kraft, et je suis redescendu, pareil, par la fenêtre et par le mur.
– Démarre et file. C’est ce qu’elle voulait maman.
Il m’a regardé, j’ai redit.
Allez, file !
Il est reparti avec son bolide. J’ai baissé mon fauteuil, ouvert l’enveloppe, et relu ce qu’il y avait dedans.
C’était bien écrit : tout organisé. Dans l’ordre avec les références.
Organiser sa mort ? Quelle idée ?
Moi je mourrai sur un trottoir, et mort, je n’ai pas envie d’organisation.
Ca doit être un truc pour les pas morts.
Facile le texte, et les ordres. Vite, de toute façon, le pasteur, je lui expliquerai, il devrait savoir lui, ces conneries.
Une musique à l’orgue, il l’avait l’orgue.
Deux passages de la bible, s’il ne les avait pas ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation

Clef two-factor authentication