NY 3

Dans l’appartement, ma chérie elle n’avait pas touché le thé, ni les tartines : le beurre fondait.
Elle était encore au lit.
J’ai remis plus de son, histoire de la secouer un peu, je n’avais pas coupé la platine en partant.
Les Stooges, Fun house, en boucle.
J ‘écoutais pas, c’était juste pour réveiller ma chérie. De toute façon, c’était acide, et ça grinçait dans les oreilles.
J’avais surtout les yeux et les seins d’Helsein dans les yeux, et le reste.
Je me suis remis tout contre ma chérie, sous les couvertures, je l’ai juste doucement enlacé.
Elle a sursauté « c’est qui vous !».
– C’est moi baby, c’est juste moi.
Elle a ouvert les yeux en grand, m’a regardé, a soupiré, s’est retourné et a refermé ses yeux salis du rimmel d’hier.

Je l’ai enlacé, caressé, et puis, comme elle ne faisait pas mine de se lever, j’ai serré plus fort.
Je me suis relevé, trop vite, pour prendre un comprimé de calmant, chaviré, recouché, et fermé ces putains d’yeux. Et on a re-dormi, moi pas longtemps.
Je me suis décollé du corps suant de ma belle. Il faisait chaud maintenant.
Je me suis relevé encore, pour ouvrir la fenêtre, ai de nouveau chaviré, et je suis revenu me coller contre elle.

J’ai jamais compris comment deux corps pouvaient s’emboîter comme ça, mais ça le fait, alors.
J’avais toujours les seins d’Helsein dans la mémoire. Pourtant, je les avais a peine regardé, mais ils m’avaient eux, sauté dans les yeux.
Et tout le reste.
Pour un maniaco-dépressif, les choses vont vite : très vite, et de la nitroglycérine d’émotion, c’est rare que ça vous laisse intact, si ça pète.

Et là, ça pétait, et de plus en plus vite, et de plus en plus fort. J’avais déjà vu tout à l’heure, aux couleurs presque fluo du monde, à ses lignes acérées, à ces préoccupations érotiques, que ça finirai mal.

Mon cerveau s’est emballé.
Pèle mêle, en un instant :
Il fallait que je m’occupe de l’enterrement de ma mère.
Il fallait que j’ai ce boulot.
Il fallait que je m’occupe de ma chérie.
Il fallait oublier les seins d’Helsein.
Il fallait oublier ce RV raté avec sa secrétaire.
Il fallait oublier les couleurs et les sons.
Il fallait trouver une nouvelle cravate pour le lendemain, ou fouiller la poubelle.
Il fallait retrouver des lunettes de soleil, je ne survivrais pas dans cette lumière hallucinante, et je me couperai les cornées aux angle des grattes ciel.
Et Il fallait pourtant sortir simplement pour remplir, enfin mettre deux trois bricoles dans les placards et le frigo.

J’ai fouillé dans l’appartement, de tête, vite aussi, très vite.
Des fringue en vrac, sans importance.
Un drapeau sudiste collé contre un du Che, sans importance non plus.
Des canettes de bière sans alcool, idem.

Un caddie. Ça il me le fallait.
Quelques dollars qui restaient la, sur la table basse, l’air triste d’être les derniers, il me les fallait aussi.
J’ai essayé de me relever : impossible ce coup la, ça ne chavirai plus, ça vacillait, trop.
J’ai pris mon temps.
J’ai regardé au plafond. Une mouche faisait des ronds. Autour de l’ampoule du plafonnier cassé. Mais elle était éteinte, et c’est des triangles qu’elle faisait la mouche. J’ai attendu, elle n’arrêtait pas son voyage : drôle de trip, des triangles autour d’une ampoule éteinte.
Ca a duré un temps fou, je me disais qu’elle allait manquer de carburant, de glucose, ou qu’elle allait se péter les ailes. Puis elle s’est posée sur l’ampoule et n’a plus bougé.
Elle devait attendre, quelque chose, de la lumière, ou quelqu’un. Je me forçais a ne pas ciller des yeux, pour ne pas la perdre, mais elle ne bougeait vraiment plus.
J’ai pensé sortir de la poubelle une épluchure de melon et la lui tendre, pour lui donner du glucose, qu’elle redémarre, allumer l’ampoule, pour qu’elle soit au chaud chez elle.
Je me suis juste assis doucement sur le bord du lit, et j’ai attendu.
La dernière fois que je me suis levé vraiment trop vite, j’ai fini par terre en cognant un chambranle.
Pour accueillir un plombier en avance.
Résultat, moitié à poil, couché au sol , avec du sang partout, du sang vraiment partout, les arcades, ça ne plaisante pas avec le sang, un coup de téléphone du voisin affolé, les pompiers, les urgences et 5 points de suture. Je suis passé de 123 a 124 séries de blessures. J’ai compté il y a deux ans, dans un hp ou je m’emmerdais. Une bonne dizaine de chutes, le reste à coup de cutter. Et je ne parle même pas des brûlures de cigarettes.
Mais là c’était pas volontaire.

J’ai fini debout.
J’ai pris les dollars et les ai mis dans ma poche.
Je me suis rhabillé j’ai mis des chaussures, je me suis accroché au chambranle de la porte de la chambre, et quand j’ai vu que je tenais debout j’ai vérifié mes clefs pris le caddie et je suis parti.
Au supermarcket, je connais tout le monde.
Les vigiles, tous des blacks, les caissières, des blondes, vrais et fausses, qui filent au starbuck d’à coté dès qu’elles ont leurs cinq minutes de pause, et un irlandais avec un accent à chier et un regard de chien battu, qui fonce lui à Harlem shake parce la, il y a du vin.
J’aime la poissonnière, on se tutoie, et quand les crevettes ne sont plus très fraîches, elle me le dit à l’oreille, alors je cherche autre chose.
Et une caissière surtout, mais elle est passé des caisses au rayon des plats à emporter.
Puis elle a disparue complètement. C’est con : je choisissais toujours sa caisse, elle souriait, on parlait, vite : il y avait du monde derrière.
A croire qu’à part l’alcool, je n’allais autrefois la dedans que pour discuter et avoir des sourires.
Mon ex caissière, elle est je suppose encore bien dodue mais elle en avait un, de sourire, magique
Ma chérie, elle est fine, je la soulève d’un bras, mais j’aime bien les dodues en fait, et tout cet espace qu’elle t’offrent pour les mains et les lèvres.

J’ai scruté de tête les rayons, en lorgnant coté alcool, du rhum, du vin californien et une bouteille de Whisky Écossais, j’étais toujours bon en scrutage mais ça faisait 55 jours que je n’y touchais pas. Chaque jour à compter et à être fier. En fait, c’est Irène qui est fière de son boulot de marraine. Irène, ça fait 12 ans qu’elle n’a pas touché un verre mais ça ne la rend pas assez fière. Ce qui la branche, c’est de donner des conseils aux comme moi. Mais surtout, parce que des comme moi, les conseils on les connaît par cœur a force, les 12 étapes et la prière et tout le reste aussi, surtout c’est la « psychologie ». En une seconde, si elle détecte une faiblesse chez une de ses ouailles, elle lui lance un couplet avec des trémolos dans la voix. « Moi quand je » et c’est parti, elle est aux anges. J’écoute patiemment ses « moi quand je », puis je retourne à mes manies ou dépressions, mes créations ou silences. Mais en général, je joue le jeu.

Normalement, ça le ferait encore 1 jour de plus pour moi, mais la, le frigo était vide et ma chérie, elle mange quand même de temps en temps. Moi, j’avais soif et les bouteilles m’appelaient trop fort pour que ça passe encore, j’était au stades des excuses bidons, mais le job était fait.
Au lieu d’aller direct au conserves, je sur passé par le rayon. Ca sera pour les amis, je me suis excusé, et j’ai continué de marcher.

MCE c’était juste demain, j’avais toute la journée pour faire ces putains de courses. Ca tombait bien, j’y repassais sans cesse devant ces bouteilles, jusqu’à lacher prise. J’ai acheté pour mes « amis » de la tête, et j’ai décidé de sortir vite pour goûter ce que je leurs offrirai.
La caissière, c’était l’irlandais, il a souri devant les bouteilles. Le vigile, il a rigolé direct : sûr qu’il avait fait un paris sur le temps que je tiendrai cette fois et qu’il venait de le gagner.

A peine dehors, j’ai ouvert le sac, la bouteille de whisky, et après un bref coup d’œuil, avalé 3 gorgées, refermé la bouteille et tout remis dans le sac. Mes amis imaginaires allaient être contents, c’était bon, cette brûlure, cette descente et ce choc dans l’estomac, et le plaisir de l’attente du paradis puis du néant. J’ai pensé « slow », regardé ma montre, et oui, il y avait une vie entière a raconter a chaque secondes. Le « up arrivait a fond, et je lui avait ouvert la voie en grand.

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