NY 2

– Bonjour , je suis Mr Hallowen, comme la fête, James, j’ai un rendez vous avec le DRH d’EMC.
La fille de l’accueil était aussi crevé que moi, mais bien plus belle. Pas de poches sous les yeux, elle, juste de petites cernes et un air morose devant son ordinateur.
J’ai sorti mon iphone et tapoté un peu. Les iphones j’y connaît rien, j’ai juste récupéré celui la dans une poubelle d’un hp, et changé la glace chez un copain réparateur dans la 8ème.
J’avais dans l’idée que ça ferai bonne impression. Mais elle n’a pas levé le nez, occupée avec le sien, de téléphone, et son imprimante.
Elle a raccroché mais elle traînait la fille, avec ses papiers, et un nouveau coup de téléphones auxquel elle n’a pas répondu, elle a juste juré, et « fuck » ça faisait bizarre avec son look , alors j’ai rangé le téléphone bidon et je l’ai regardé, détaillé.
Mains manucurées rouge et long, rose vif presque fuschia, regard triste, trop de fond de teint ,pailleté, en plus, ça cachait pas vraiment ces cernes.
Jupe ( de ce que j’en devinait) et corsage à fleurs manches courtes, assez échancré pour deviner un peu de dentelle.
Un tatouage sur le bras gauche, une sorte de geko simplifié avec un nom arabe en dessous.
Sur son fauteuil, elle n’avait manifestement pas eu envie de l’enfiler, un tee shirt de la boite. EMC en grosse lettres blanches sur un fond bleu, avec un logo. Un mélange de ménage et d’ascenseur, genre monsieur madame, plus un seau et un balai. Je me suis un peu avancé et penché. En fait, on le voyait son soutient gorge, rose plus bas que la dentelle, même s’il n’y avait pas grand-chose dedans.
Après, dessous plutôt : trop serré sous la jupe, un peu maigre, j’ai vu ça parce qu’elle a donné un cou de pied dans son bureau, et s’est penché en arrière pour prendre ses aises.
Jambes croisées.
Bas gris.
Escarpin noirs.

Elle a raccroché le 3ème coup de fil qu’elle avait fini par daigné prendre un fois son imprimante remise en marche.

– Voilà:Mme Helsein vous attend.
quatrième étage, troisième bureau à gauche.

J’ai encore tiré ma cravate, et sorti mon plus beau sourire.
Au pire, je pourrais essayer de lui proposer un rencard, dans un chinois ou un indien, si je me faisait lourder.
– Votre prénom c’est ?
Elle n’a pas répondu, décidément, je suis nul en drague.
Je suis allé au milieu du hall et j’ai cherché les escaliers : je hais les ascenseur, sauf dans les films.
Deux par deux les marches.
Après quatres étages, deux marches par deux, ça fait que deux étages.

Je suais, du coup, et j’ai sorti un mouchoir papier pour m’essuyer le front.
Couloir, à gauche, un deux trois quatre cinq six, j’ai frappé et je suis rentré, c’était marqué « EMC DRH » « Entrez sans frapper », et dessous un autocollant « Mme Helstein », avec le « t » barré au bic.
Je me suis assis, dans un espace de moquette et de velours.
Et j’ai attendu, sur une sorte de canapé, avec des pois de toute les couleurs, à chier.

Helsein elle s’appelait donc la DRH, sûrement une allemande: Un plan de fou d’aller la dedans. Genre j’aurai peur : non j’ai peur.

Entretenir des ascenseurs, moi qui suis à peine capable de faire la vaisselle ?
Mais j’avais besoin d’argent pour payer l’appartement, la bouffe, ma chérie ne savait rien faire d’autre que le code de la Visa qu’on m’avait reprise, et faire l’amour. Et l’éditeur avait l’air de se moquer de mon dernier manuscrit, comme des autres, comme les autres.

Une femme est sortie de derrière l’immense porte en chêne sculpté qui grinçais un peu.
En fait, c’était une copie mal faite, la porte.

– Monsieur, si vous voulez entrer, Je suis Mme Helsein.
– Bonjour, oui.
Son bureau était drôle : j’aurais bien critiqué mais j’ai fermé ma gueule, il me fallait ce boulot. Critiquer le bureau d’une DRH devant elle, ça commençait les idées tordues. Déjà, en matant comme ça la secrétaire, et le plan votre prénom, j’aurais du m’en douter, voir venir.
– Asseyiez vous.
J’ai posé mon cul devant son immense bureau, sur un fauteuil ridicule.
Le sol en moquette bleu pale.
Son bureau, chêne encore, un téléphone.
Un cendrier presque empli de mégots, et un paquet de cigarettes.
A gauche, un briquet de luxe,
Des dossier bien empilés, à sa gauche aussi.
Juste quelques feuille qui traînaient, manifestement Mme Helsein était ordonnée et tabagique.
Derrière, du son, sur un Sony : je n’ai pas reconnu : un classique, style 1700, mais qui ? De toute façon, le son n’était pas fort.
Et un bar. J’ai louché dessus. Ca continuait de commencer.
J’ai relevé ma tête, bien droit, et les épaules, pour avoir l’air a la hauteur de la tache que je lui demandait, et paraître un gars fiable, honnête, travailleur. Un pote en hp m’avait donné un cour de maintien devant une DRH, c’est tout ce que j’avais.

Helstein était belle et monstrueuse d’arrogance et de pouvoir.
Belle oui : une brune, parfaitement maquillée, dans un tailleur de quelqu’un de Paris, mais je ne connais pas leur nom aux tailleurs de Paris, ou à peine.
J’ai regardé son chemisier, c’était brûlant : il me cramait les yeux, mais j’étais pas la pour ça. « Cramer les yeux » : ça continuait de continuer de commencer.

– Donc, vous voulez laver nos putains d’ascenseurs ?
« Putain ? » Ca augmentait encore l’angoisse, son ton, son regard, et son juron, mais j’avais besoin de ce boulot.
– Madame oui.
Et plus rien, le vide.
J’aurais pu lui raconter que si je ne payais pas mes deux semaines de retard de loyer, je me ferait foutre dehors.
J’aurais pu lui raconter que j’avais déjà lavé des vitres sur des grattes ciel.
J’aurais pu…
Je n’ai rien dit. Je l’ai juste regardé.
Même pas en face, j’avais déjà rebaissé la tête et mes yeux fouinaient.
Le bureau, ses seins, le bar, le téléphone, la pile de papier pour savoir si c’était d’autres candidatures.
Mes yeux sont remontés.
Sur ses yeux à elle, de fer, gris et perçants.
Je suis remonté encore doucement.
J’ai tout vu.
Quand on a dessiné des nues des heures, on déshabille quelqu’un en 10 secondes.
– Vous avez des références ?
-J’ai lavé des vitres, un peu partout à NY.
Et j’ai bossé 3 ans pour une banque, ou je faisais tout le nettoyage.
– Quelle banque ?
– Je vous donnerai un cv demain si vous voulez : une succursale de Goldmans Sach : huitième avenue, juste à coté du Washington square, il y a un japonais excellent.
J’ai toujours été doué pour inventer n’importe quoi.
– C’est aujourd’hui qu’il fallait l’emmener le CV.
Bon, je vous prends, dès demain, parce que j’ai trop de commandes et pas assez de monde. Mais à l’essai seulement. Si dans une semaine les clients sont contents, je vous garde, sinon un chèque et bye, vous irez voir ailleurs.
Vous venez demain, 8 heures, pile, c’est ici : voyez la secrétaire, elle vous donnera les instructions et le matériel.

– Merci madame.
Je me suis levé, lui ai jeté un dernier regard, en captant le maximum de ce que je pouvais capter, et je suis sorti de son bureau pendant qu’elle allumait une autre cigarette : l’odeur de la précédente était encore présente.

Je suis reparti, j’ai descendu les escaliers, et, après un sourire à la secrétaire qui n’a pas daignée y répondre, une fois sorti, dès la première poubelle, la cravate, je l’ai défaite et jetée.

Un commentaire sur “NY 2

  1. ça continue de continuer d’être bien…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Post Navigation

Clef two-factor authentication