Cuba 24 ( c’est encore pair, il va falloir attendre 27 pour un nouveau premier)

Je suis sorti des souvenirs.
J’ai posé le Walkman, et j’ai repris Julia dans mes bras.
Le Catalina ne vibrait pas. Cecilia devait faire du bon job.
Je me suis allongé.
Je me suis relevé.
Je suis passé dans le salon.
Je suis remonté.
Effectivement Cecilia gardait l’œil rivé sur le compas, et c’était bien 170°.
J’ai fouillé dans ma poche, retrouvé le sac de coke. Il n’y en avait plus beaucoup.
J’ai ouvert les tiroirs, trouvé un couteau.
Je me suis refait un rail.
Je tiendrais debout jusqu’à Cuba.
La poudre est montée.
Moi aussi.
« Cecilia ?
Je te remplace ?»
« Va t’occuper de ta femme, j’ai rien à faire qu’à tenir ce bout de bois »
« Tu veux ? »
« Rien, je pense, ça suffit »
« Tu penses ? A quoi ?»
« A Cuba, j’arrive d’Irlande, tu me baise, je barre tu es amoureux on va écrire, à la Havane, tu crois que c’est facile ? »
J’ai baissé les yeux, et je suis redescendu dans le Catalina.
J’ai aligné ce qui restait de coke, et j’ai tout aspiré.
J’ai rejoint la cabine ou Julia dormait.
Je me suis collé contre elle.
Je l’ai enlacé.
Elle ne bougeait pas. Rien.
Décidément, la fatigue, ça plombe.

Je me suis collé au plus prêt.
Et j’ai récité.
Doucement. Pas doucement, en silence.
A. rien.
B. non plus.
C. Chopin, le cadeau 1 de Franck.
J’ai sauté à M.
Et je suis revenu à elle.
Le coeur de ma Julia battait sous ma paume, lentement.
J’ai compté : 65 max.
Elle était chaude. Je me suis collé encore plus, mais dormir et la coke, c’est plutôt incompatible.
Alors je n’ai plus bougé, et j’ai continué de compter.
E.
F.
G.
H. « En marge » : c’était parti.
J’avais rencontré Harrison quelques années avant, avec Julia.
Un drôle de ranch, dans le Minnesota. Mais je l’avais tout lu ce type, et il me fascinait.
On a frappé, il est arrivé, lentement.
« Vous voulez quoi ?»
« Parler »
« La véranda est par là, j’arrive »
On s’est posé avec Julia, au soleil.
Elle était si belle dans sa robe à fleur, et vu l’heure et la chaleur ; l’odeur devenait intéressante.
Jim est revenu, en traînant dans ses pantoufles.
« Tu veux parler de quoi .T’es journaliste ? »
« Non, lecteur, c’est tout »
Je lui ai récité le début d’un beau jour pour mourir.
Il a cligné des yeux.
Il a regardé le décolleté de Julia.
Il s’est relevé, et parti puis revenu avec du bourbon et trois verres.
« On parlera quand tu auras bu un verre, et elle aussi »
Il s’est servi, a but au goulot, et a rempli les deux autres verres.
« Julia, c’est pas son truc tu sais »
« Ben foutez le camp alors »
Julia a croisé les jambes, très haut.
Elle a pris le verre, décroisé les jambes.
Harrison regardait ailleurs du coup.
Elle a posée le verre, et recroisé les jambes.
J’ai pris le mien, j’ai cogné celui de Jim. On a avalé ensemble.
« Bon, tu veux parler de quoi ? »
« Comment tu écris ? »
« Je me pose la, et je regarde
Et je bois
Et j’ai une Underwood. Je mets les feuilles,je tape, ça sort tout seul. »

« Dalva aussi ? »
« Tout mec, tout, juste du bourbon et un couché de soleil »
Il s’est resservi, m’a resservi. Julia croisait et décroisait les jambes, son verre était sur la table.
Il s’est levé, a traîné à nouveau ses pantoufles.
Derrière, sur son buffet, il y avait une platine. Il s’est baissé. 2 minutes après il sortait un lp. Il l’a posé sur la platine, s’est rebaissé pour allumer une multiprise.
La platine a démarrée.
Chet baker.
Même Julia a sursauté.
Il a monté le son. La trompette devenait trop forte, mais d’une telle douceur.
Il s’est rassit.
« Tu connais d’où ?»
« De toujours, tes livres je ne les prête plus, je les vole et je les offre »
« Connard ».
Il a fini son deuxième bourbon.
J’ai fait pareil.
De toute façon pour parler, il en faudrait bien quatre.
J’ai tapé au hasard :
« Héraclite ?
C’est quoi la vitesse du temps ?
« Prend garde ô voyageur, la route aussi marche. » Rilke.
Ça l’a scotché le Jim, que je lui sorte ça.

Ben oui, je le connaissais par cœur.

« Tu connais Klein ? »
« Je l’ai lu, c’est tout.»
Il s’est resservit un verre.
J’ai continué.
« Rien n’est moins intéressant, sinon pour les exégètes futurs, qu’un écrivain en pleine période créatrice ».
Il s’est resservi encore un autre verre. Et a allumé une clope.
La: plus besoin d’alcool, il allait me parler.
Julia a décroisé les jambes. Il ne regardait plus.
La fumée embrumait sa véranda.
« Le temps, la moindre des choses, c’est d’être sans cesse au présent : avant c’est intouchable, après ça n’existe pas. »
Il a écrasé sa clope.
« La courbe du temps ?
Pourquoi tu parles de ça ?»
J’ai continué.
« Je vais me suicider ou mourir en essayant, pensa Walter au bord de la Tamise-à marée basse et très féminine.»
Et j’ai arrêté.
Il a repris une clope. Un autre verre ( putain, il allait vraiment plus vite que moi)
Et il a raconté.
« Ou suis-je ? Dans un canyon glacé… »
Julia, s’est collé contre moi.
« T’es où dans ce monde ? »
« Nulle part, j’invoque des symétries implicites 
Tu connais Dirac ?
Ma poésie, c’est des maths mais il ne faut pas le dire. Dirac, il a dit l’équation est belle, donc elle est juste »
« Oui, mais Dalva, j’ai rien vu de ça ? »
«Tu n’avais qu’a mieux lire 
le temps est subjectif, la chronologie aussi.
Dalva, c’est juste une poésie sur des équations».
J’ai pris la main de Julia.
J’ai dit, au hasard « 6,626 10^-34″

Il a sourit.
Il a dit « Planck, prend plutôt la réduite ; 1,054 1°^-34″. Il s’est resservit un verre.
Il m’a dit « causalité ».
Je l’ai levé ma chérie, j’ai admiré sa robe.
J’ai embrassé Jim sur le front.
Et on est parti.

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