Cuba Chap12 ( ou comment s’éloigner du sujet)

Je me suis relevé. J’ai repris le livre, remis tous les dessins dans l’enveloppe. Au fond du garage, il y avait l’escalier pour retourner dans le pavillon.

Je suis monté.

« Martha !»
Pas de réponse.
« Martha ! »
Elle est arrivé, toujours en sourire.
« Tiens, cache ce truc. Un Van Gogh, chez Christie, c’est 80 millions de dollars le tableau. C’est des croquis, et c’est de lui. Alors soit tu enlève un zéro parce que c’est petit, sans couleurs, soit tu en rajoute un parce que c’est inconnu. Après, tu multiplie par 65 , ça fait plus de 5 milliards».

Elle a pris l’enveloppe, elle a ouvert, et regardé.
« Tu veux faire quoi ? »
« Tu as de la ficelle ? ». Elle a ouvert un tiroir, et m’a tendu une pelote.
J’ai bricolé une laisse.
Tout vibrait trop vite. J’ai enveloppé soigneusement dans la ficelle de coton Diego, enroulé trois fois le reste sur mon poignet valide, j‘ai tâché de siffler, histoire de faire le maître, et je suis sorti. Pas besoin de tirer, c’est lui qui galopait.
La cloche du pavillon a fait « ding ».

Après un mile, une fille m’a accosté. Blafarde, anorexique même, les yeux rouges, mal cernées par trop de marscara.
« Tu viens chérie ? »
« Non, je ne viens pas, je vais à Cuba, mais avant, je promène le chien
Tu veux quoi ? »
« Te donner du plaisir mon chou »
« Bon, t’as ta dope ? Tu veux une seringue ? »
« J’ai rien, viens mon chou »
«Mon chou mon cul ! Bouge pas : tu entends ! Bouge pas, je reviens »
Je ne lui ai pas laissé Diego, les junkies faut rien leur laisser.
J’ai pris le chien dans mes bras, et je suis entré dans la station Shell, à dix pieds.
« Bonjour madame ».
La caissière a levé l’œil, trop bleu.
« Je cherche une pharmacie, et un sandwich »
« Les sandwich, c’est là, mais… » Elle a baissé les yeux et la voix. « Ils sont dégeulasses »
« Ca Madame, je m’en doute, mais je ne vais pas la laisser crever
Vous pouvez me garder mon chien dix minutes ? »
Elle m’a souri, son bleu en a dégouliné encore un peu plus, mais finalement, ça cachait ses pattes d’oie.
Je lui ai passé Diego, frétillant, par dessus le comptoir. Elle l’a caressé, et mis entre ses jambes, sous la caisse.
« La pharmacie ? »
« Au bout d’Amelia street, à gauche »
J’ai mis la main dans mon dos : plus de petit français, Franck l’avait « détruit » comme il dit. Il faudrait faire autrement.

Dehors, il y avait la lune, et Vénus. En regardant mieux, Jupiter se couchait, et mars était invisible, mais je savais qu’il était là.
Il faisait déjà trop jour pour en voir plus, des étoiles. J’ai récité leurs noms.
Trops d’alcool, plus de mémoire, je connaissais 120 noms, et presque autant d’histoires. Il ne m’en restait qu’une 30aine.

On a marché, le long d’ Amélia Street.
Tous les 10 mètres, Diego pissait, il n’avait pas voulu rester avec la caissière. Les chiens marquent leur territoire, il paraît.
Tous les 3 mètres, je regardais le ciel : Et je retombais en souvenir dans mes mythes. Arctcurus, le Bouvier, ses chiens de chasse, pour protéger sa mère contre Hercule, derrière. Cassiopée, qui ne branlait rien, sauf à viser Mirach, encadrée par Almaak et Alpheratz. A un doigt à droite, Andromède. Bref, j’étais autant dans les étoiles que diego a lever la patte sur chaque arbre.
L’air était frais. Tant mieux, pas de fontaine pour plonger la tête dans l’eau.

Je suis arrivé devant la pharmacie sans idées.
J’ai fait le tour des rayons. Il y avait deux caméras, ça risquait d’être chaud.
La pharmacienne comptait de petits papiers verts.
« Bonjour madame, mon chien est malade, je dois lui faire une injection par jour, mais j’ai cassé la seringue, une petite vous voyez, genre pour diabétique »
Elle a entassé ses papiers verts, et m’a dit « je vais vous chercher ça monsieur ».
Elle s’est levé lentement, et direction l’arrière boutique.
J’ai contourné le comptoir.
Les pharmacie, je connais. Des rayons, des rayons, des rayons. Par ordre alphabétique.
A, B, C… O : Oxycontin, j’ai ouvert le tiroir, pris les 7 boites de 30 mg, et je suis retourné devant le comptoir.
« Voila » elle a dit en revenant avec sa boite de seringues, « C’est 2 dollars. »
J’ai fait semblant de fouiller dans ma poche.
« Zut, j’ai oublié mon porte feuille,je suis très pressé, mon chien va mal, je vous laisse mon passeport ? Je repasse demain.»

Franck m’en avait donné 5, des passeports : celui là serait pour la bonne cause.
Elle l’a pris, et m’a donné les seringues.

J’ai remonté Amélia Street.

La fille était vautrée la ou je l’avais laissé.
« C’est bon. Ne bouge pas »
Je suis re-rentré dans la station Shell.
Diego a sauté par dessus le comptoir, aboyé. Ça a réveillé la blonde au bleu.
« Merci madame, il me faudrait aussi un briquet, et un café »
« La machine est là, et les briquet, à gauche. »
« Il me faut un vrai café, avec une tasse en porcelaine, et une cuillère, je sucre, vos trucs plastique, c’est imbuvable »
Elle a soupiré, s’est levé, est passé dans la salle adjacente. Je me suis assis sur le seul canapé sky propre. J’ai attendu.

Elle est revenu avec un café brulant. J’avais volé le briquet, et pris la cuillère acier.
« Ou sont les toilettes ? »
« Au fond, à droite. »
Je me suis levé. Le temps qu’elle retourne à son comptoir, je suis sorti avec Diego, et ma cuillère.

« Tu t’appelles comment »
« Mon chou… »
« Tu t’appelles comment, merde, j’ai tout »
« Cécilia »
Je l’ai soulevé par les aisselles, elle sentait l’aigre et la mort, et elle ne pesait rien.
Il y avait une ruelle.
Je l’ai posé contre une poubelle.
Oxycontin, eau d’une flaque, cuillère, briquet, ça bouillonnait. Pas très hygiénique, mais au point ou elle en était.
Seringue.
Pas de ceinture.
« Vire ton soutien gorge »
« Mon chou »
« Ta geule mon chou, donne moi ce soutien gorge ! »
Elle a enlevé son tee shirt des Ramones, et j’ai dégrafé.
Je lui ai fait un garrot de fortune, en nouant les bonnets.
« Serre le poing.
Serre.»
Il n’y avait presque plus de veines, j’ai massé, j’ai trouvé, j’ai piqué, elle a respiré.
Diego attendait.
J’ai embrassé Cécilia sur le front, prié pour elle un dieu qui n’existe pas, et on est rentré.

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