Cuba Chap11

C’est idiot, dès que je rentre dans une librairie, tout revient.
Je suis retourné au roadster, avec mes sept livres.
Diego a remué la queue.

Les livres: un polar, deux compilations de Yeat, fripées, l’intégrale d’Ezra Pound, et deux inconnues. Inconnues enfin, c’est toujours des inconnues : Sylvia Plath, « Collected Poems ». Suicidée.
Le dernier je n’ai pas regardé. Quand on pleure, on ne voit rien.
Si, en fait, j’ai regardé, c’est celui qui sentait le plus fort: Salammbô. Et je me retrouvais 3 jours en arrière avec Matho, dans les faubourgs de Carthage.
En fait, j’avais pris aussi des poèmes de Lalla Romano. Ça faisait huit.
Incompréhensible. Une page en Italien, en face, une traduction. Même pas doué : ça ne collait pas.

Alors, j’ai reculé.
Ma tête, c’est un magnétoscope. Marche, arrêt, pause, avance rapide, retour au début.
Mode recul rapide.

Le V8 tournait. J’ai fait caler la Virage. Son ronron calibré me donnait le tournis.
Silence. Enfin, pas au fond de mon crane.
J’ai invoqué : j’ai composé.

Il fallait arrêter les conneries, filer cher Martha, mettre Julia dans l’Austin, Prendre un truc pour Diego, et filer à Miami, avant le soir.

J’ai redémarré l’Aston, façon Franck, deux fils, une étincelle.
Regardé les plaques bleues, à chaque carrefour, et suis redescendu jusque chez Martha.
Ce roadster, j’étais de moins en moins sûr que le plan « La lettre volée » était une bonne idée.

J’ai même fini par trouver que c’était une très mauvaise idée.

A 500 mètres de chez Martha, j’ai viré à droite, dans une impasse incolore.
Je suis descendu de la Virage. J’ai sifflé. Diego a levé une oreille, puis est descendu aussi.
Il m’a suivi, a pied, jusqu’au pavillon.

« Alors, cette voiture ?»
Martha avait ouvert la porte avant même que je sonne.
« C’est qui lui ? ».
« Diego, je l’emmène ».
« Ok, il pue. »
« La voiture, j’ai merdé je pense. Mais elle est toujours la, à côté »
« Entre ».
« Donne moi à b… ».
« Non ! ».
Le salon était encore empli de la senteur ocre des cookies.
Entre sauver les gens, et cuisiner des gâteaux, elle ne devait pas se reposer.
Le son était trop fort. Je me suis assis, en premier. J’ai tourné la tête pour repérer d’où ça venait. C’était surtout ma tête qui tournait : la télé, elle était en face.

J’ai respiré, doucement, comme j’ai appris à l’hôpital.
Je me suis enfoncé dans le canapé, et j’ai posé les mains de chaque coté de mes cuisses.
« Eh monsieur ? Dessine moi une chèvre ».
Fox News Channel venait de faire un break d’infos.
Le gamin à l’écran, de la pub, et du St Exupéry.
Sauf que c’est un mouton, dans St Exupéry.

Franck m’a toujours filé plein de disques. J’ai invoqué. Pas St Ex : une copie. Un français. C’est revenu : juste avant de « C’est le Concorde ».

La pub a finit. Fox New Channel a reprit ses infos.

Mes mains n’étaient pas au même niveau. La gauche surtout.

J’ai tourné les yeux, la tête, les épaules.
Forcément : à gauche, Julia était presque contre moi. Entre une cuisse et un divan, il y a tout de même bien 8 pouces.

Elle souriait, réparée par la grande Martha.
Remaquillés, ses yeux donnaient le noir de l’enfer. J’ai sombré. Enfin, j’ai chaviré avant de sombrer.

Elle m’a enlacé, j’ai viré mes mains, elle m’a embrassé, j’ai remis mes mains.
« Bébé ? On y va ? La ou c’est ton truc».
« On y va. Dans quatre heures on sera sur le bateau».

J’ai cherché la télécommande, je ne l’ai pas trouvé, alors j’ai laissé Fox News Channel débiter.

Julia s’est collé sur mon épaule.
On est resté un moment immobile.

Une porte a grincé. J’ai ouvert un œil.
Martha était devant moi, dans son tablier de coton fleuri.

« Mec, j’ai ouvert le garage, et sorti ma Ford. Il y a de la place.
Va chercher ton bolide, rentre le. Je fermerais, on ne le verra plus. Vous partirez plus tard. »

Je me suis levé. Julia s’est allongé dans le chaud de ma place, Diego à ses pieds. C’est vrai qu’il puait.

Je suis passé dans la salle de bain, pour me rafraichir. Lavabo. Eau froide sur la nuque. Pas de serviette, ça sècherait seul.
Je suis sorti.
Et je suis retourné à la Virage.

J’ai refais le plan Franck. Deux fils, une étincelle, un ronronnement. Le V8 m’a ramené devant le pavillon.

Une fois rentré, j’ai cherché la fermeture du garage.
« UP, down », j’ai pris Down.
Le portail s’est mit en marche. Fermé.

Le jaune de l’Aston ne serait plus dans les yeux de passants curieux.

Au fond du garage, il y avait un établi, des outils, et trois vieux essuie glaces .

J’ai allumé l’autoradio. Dedans, un CD de Nina Hagen. J’ai monté le son, et j’ai cliqué jusqu’à arriver à « Naturträne ».

Je suis retourné à l’établi, la voix de Nina repeignait la pièce en ultraviolet.

Avec une pince, j’ai coupé un essuie glace. J’ai arraché le caoutchouc. Avec une lime, j’ai affuté la lame de métal.

J’aurai mieux fait de remonter, et de reprendre ma Julia, et un cookie, mais la curiosité.

Deux morceaux d’acier, mes mains : le coffre de l’Aston n’a pas tenu 15 secondes.

Un sac noir, un sac à main, un livre, et une grande enveloppe.
Le sac noir, je n’ai pas regardé. Le sac à main: Un permis de conduire avec une jolie blonde, une carte de résident(e), des photos d’enfants, Et 36 dollars. Le livre : Vincent Van Gogh : Le brouillard d’Arles Carnet retrouvé.

J’ai ouvert l’enveloppe de kraft.

Dedans, des feuilles de compte jaune. Et des dessins.
J’ai déchiffré une feuille.
Le Français, je ne vais pas vite.

Café de la gare de Soulé Arles.
20 mai 1890
Madame Duchary demande si
illisible.

Putain ! Arles ! 1890 !

J’ai posé la feuille et pris un dessin.
Je me suis accroché à la portière, j’ai monté le son, puis assis pour ne pas tomber.
Il n’y a que Van Gogh qui pouvait faire ça.
Sauf qu’il n’existe pas de croquis de Van Gogh.
J’ai vidé l’enveloppe : mis de côté les notes, et compté les images. 65. Signées, en bas à droite « vincent » en minuscules tremblées.
J’ai repris le livre, et feuilleté.

J’ai repris les images.

Le livre parlait des images. Il faut être con pour ne pas piger plus vite: Carnet retrouvés.

Je suis resté par terre un moment, à reprendre mon souffle.
J’ai rouvert les yeux, et vérifié.
A mon avis, j’avais dans les mains 65 trésors.
C’est pas une Aston que j’avais volé, c’était un musée.

4 Commentaires sur “Cuba Chap11

  1. Merci.
    Je vais continuer alors.

  2. Vraiment sympa, c’est ce que je n’arrête pas de dire: un ton, une ambiance, des personnages attachants, et un chien en plus!! Que demander de plus?

  3. Que demander de plus ?
    1 : un correcteur ( Je n’ai pas le gout de le faire ( en fait, je m’en moque, si c’est lisible)les histoires de points avant ou après, les à ou a, les « ez » au lieu de « er », ou de « é »
    2 :Et l’histoire : cohérente. Elle suit ma vie. Je me lève, mais c’est quelle heure ? Je sors le chien a midi, il y a des étoiles comme à 6 heure, je braque un truc à 22 heures. Il va falloir mettre de l’ordre.

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