Cuba chap9.

“Pour Miami, c’est presque 4 heures de route.”
J’ai sursauté.
Martha avait les mains douces, mais ma tête était si sensible que juste sa main sur mon front, cétait déjà trop.
Je me suis redressé. J’ai pris cette main, qui m’avait réveillé. Je l’ai serré, et ouvert les yeux.

“Cool, mec, cool. Faut juste que vous trouviez une voiture”.
Je suis sorti de mes rêves.
“J’ai lavé les fringues de ta nana, c’est sec. Elle, je l’ai mise dans mon lit. Rhabille la. Après ?”
Je me suis levé du canapé.
J’ai massé mes tempes.
“Il y a encore du Porto” ?
“C’est pas comme ça que tu va… C’est comme ça que tu n’arrivera jamais ou tu veux”.
Elle est allé sur son balcon. Elle est revenu, avec sa bouteille, me l’a tendu. Le porto n’attendait que de me donnner les idées. J’ai bu chichement. Les idées étaient là, il ne fallait que ne pas trop trembler pour ouvrir une portière, et pas trop avoir peur pour le faire.

Elle m’a accompagné dans sa chambre.
J’ai sorti mon bébé du lit.
Martha m’a donné ses fringues.
Je l’ai doucement caressé, ma Julia, puis je lui ai enfilé ses dessous, ses dessus.
Ca a fini par la réveiller, et arrivé au jean, elle était assise, baillait, mais elle tendait ses jambes.

Les filles, c’est compliqué. Rien que pour les habiller, il en faut des tonnes, de tissus.
Mais c’est si doux, de remettre de la fausse peau sur qui on aime.

Martha regardait. Elle souriait.

“Tu descends la rue. Jusqu’au Women center. Tu tourne à gauche: Winnie Palmer Hospital.
Après il n’y a que des hopitaux, des junkies, et un paquet de belles américaines. Tu trouveras. Je vais lui faire du thé. Pas de souci.”

“Je reviens”.

J’ai encore resserré d’un cran ma ceinture. Et je suis sorti du pavillon, en évitant de faire trop de bruit.

“Martha” ?
“Oui”
“Je t’aime”.

“Sûrement, mais celle que tu aime vraiment, elle est à côté, je m’en occupe. Avance. Tu as déjà oublié” ?

Plus d’infos. C’etait le jour, la nuit ?
Ciel gris, lumière: le jour alors.

J’ai marché entre les poubelles, direction le sud ( c’est ma montre qui me l’a dit) en cherchant “Women center”.

La lumière montait. Un gros immeuble s’est imprimé dans le décor. Donc, il fallait tourner à gauche.

Une gamine passait, avec des bouteilles de lait vide.
“Bonjour : je cherche Winny Palmer: l’hopital” ?
“La bas monsieur”.
J’ai encore marché, et encore entre des poubelles.
Orlando, c’est pire qu’ailleurs. Le soleil ne passe pas le mur de crasse. Mon jaunasse, c’est une litote.

J’ai trébuché sur un clochard. Pas moyen de faire, dans cet état. J’ai marché lentement, en respirant, et en comptant mes pas.
C’est revenu.
Sérénité.

Colombia street : une Aston Martin Virage. Ça détonnait dans le décor. Edgar Poe a défilé dans ma tête : la lettre volée. La seule voiture qu’on voyait, c’était forcément la bonne.
Portière ouverte. De toute façon, un coupé ouvert ou pas. J’ai arraché l’alarme. J’ai arraché le démarreur. Et j’ai fait ce que Franck m’avait apprit. Dix secondes, et le V8 ronronnait.
Le réservoir était plein, pour Miami c’était ok, et s’il n’y avait pas eu de flics, à 280, ce n’était pas à 4 heures.
J’ai mis ma ceinture, et doucement, remonté la rue.
Un V8, une Aston, tu composes juste avec l’accélérateur.
Au premier feu, un chien traversait, pas sur le passage, miteux, petit, crins longs et sales, truffe grise, poils blancs, yeux gris, oreilles à l’envers.
J’ai ouvert la portière de droite avec un claquement de langue et un clin d’œil : il relevé le museau, accéléré, sauté dans le roadster, m’a léché le nez, et s’est lové sur le cuir fauve. Bon : on serait trois alors.
J’aime les chiens : tu leurs dis n’importe quoi, juste au ton de la voix leur queue est au rythme de ton désir.

On est remonté tous les deux chez Martha.

J’ai encore ralenti. La Virage était tellement jaune que rouler vite était le meilleur moyen d’être contrôlé, et ce n’était pas le moment.

Le feu devant était rouge. J’ai fermé les yeux en arrêtant le bolide.
Le feu, les miens aussi passaient au rouge.

– Amoureux.
– Amoureux de Franck.
– Amoureux de Martha.
– Amoureux du chien.

J’aimais Julia.
Et je voulais Cuba.

Il allait falloir combiner tout ça.

J’ai caressé le clébard, et je lui ai donné un nom, pour que ce ne soit plus juste une boule de poil.

Quand je cherche un nom, je récite l’alphabet. 26 lettres. A chacune, il y a du monde.
A: Corset velu de mouches. Non.
B: Brigitte. Oui et non.
C: Catherine. Plus jamais, mais il y avait aussi Colorado, Cathéter, Cosmétique, Cuisine, Carton, Crème…
D: Diego.

J’ai regardé le chien. J’ai dit “Diego”. Il a tourné la tête.
On ferait la route avec Diego.

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