Cuba chap8.

« Enfin faim ». C’est ce mot que Franck m’avait donné : paronymie.

Martha est retournée dans sa cuisine. Je suis resté dans son salon.

Mais je ne sais plus ou est l’important.

Julia ?
Cuba ?

Le dernier truc que je faisais, avant de me faire virer, de mon appartement, pour défaut de paiment : un tryptique.
A la Jérôme Bosch. Sans le talent.
J’ai pas la tête d’un primitif flamand.

Mais :
– Olga.
– Volga.
– Vodka.

– Olga, je lui ai laissé mon lit. J’ai dormi à côté.
A l’époque, j’avais pris des photos. Pour peindre. Elles se déshabillait, couche par couche, , j’appuyais sur le déclencheur.
– Vodka, je connais, avec Franck on en avait même fabriqué.

Avec un bidon, trois tuyaux, du gaz et de la glace.

-Volga, ce n’est qu’un rêve.

4 ans avant de draguer Julia : devant une pizza.

Julia, l’histoire :

J’étais entre Palerme et Cefalù.
L’avions nous avait posé à Catane, et le bus faisait sa pause.
Catane c’est noir. On dirait une vieille française.
Juste à coté du belvédère Termini Imerese.
« Quattro stagione ?»
« Si »
« Chianti » ? 
« No : vino verde ».

Elle est arrivée. A l’oeuil, d’Espagne, genre Ibiza.
Elle s’est posée : raide bourrée de ces trucs que je ne connais pas.

J’ai respiré, tiré ma chaise, et suis allé à sa table, avec le vino verde.

« Bonjour ?
Buonjiorno ?
Hello ?
Good Morning ?
Zdravo ?

Elle a ouvert les yeux, elle n’a rien répondu, elle a souri. Pas sûr que c’est à moi qu’elle à souri.
En Sicile, il fait souvent chaud, et ce mois de juin était particulier.
Donc :
Elle a ouvert les yeux, et je les ai regardé, elle a souri, et je l’ai regardé.
Et toute la Sicile s’est embrasée.

“Quattro stagione ? E possibile de me la doubler ?”

La serveuse n’a pas compris.
J’ai parlé avec les mains.

“J’ai changé de table”. Elle a compris.
“Je suis avec elle”. Elle a compris.

“La pizza : 2 pizzas, les mêmes. Une pour elle, et la mienne.
Et le Vino verde pareil.”

Elle a compris et elle à compris. Elle s’est retounée direction les cuisines.

Julia était déjà repartie dans ses rèves. Et je la regardais toujours.

La fille, sûrement pas un sicilienne, trop grande, trop blonde, trop maquillée, trop pâle, est revenue, dans son tablier, avec le deuxième vino verde.

J’avais son sourire, le vin, et devant, mon cœur battait si fort, que c’était sûrement la fille de ma vie.

J’ai pris la première bouteille, et je nous ai servi.
J’ai tendu la main.
Je lui ai effleuré la joue.
Elle a rouvert les yeux.
Et la Sicile embrasée a explosé.

Elle a pris son verre, il est tombé sur le carrelage noir, des éclats partout, et le vin qui enchantait la lumière.

J’ai pris sa main.

“Sir, la pizza sarà Prete in dieci minuti”.
“Grazie… enfin thank”.
Elle n’était définitivement pas Sicilienne. Allemande, ou Hollandaise, Danoise : du Nord de l’Europe en tout cas. Inutile de s’empétrer dans nos mauvais Italiens, j’ai repris l’américain.

“Vous faites hôtel”?
“Non”
“Et” ?
“En face, chez Polani, ils ont des chambres”
Elle à rosi, l’allemande.
“C’est pas pour vous Mademoiselle”.
“Mademoiselle”, je l’ai dit en Français.
Elle a rosi un peu plus.
“Je vais vous chercher les pizzas, mais je dois mettre propre avant”.
Elle avait déjà sa pelle, sa balayette, et sa serpillère.
Elle s’est agenouillée.
J’ai baissé les yeux: devant j’avais un cul. Son cul, et pas des pires. J’ai relevé les yeux, serré un peu la main de Julia que je n’avais pas laché. Elle s’est réveillée, et là, c’était pas un cul, c’était le feu.
On a attendu les pizzas, sans rien dire, l’allemande partie, avec son tissus taché, et les éclats de verres.

C’est comme ça que ça a commencé.

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