Cuba chap6.

« Hello, les cookies sont prêts, arrivez quand vous voulez ».

Franck était encore plus fort que prévu.
« C’est bien»
J’ai déchiffré la suite de son papier.
« Au 612? On est vers la gare. A gauche, à droite, j’ai oublié » 

Orlando c’est pas grand, mais quand tu es tout petit, tout devient grand.
J’ai fermé le téléphone, et encore refouillé mes poches. Il n’y avait rien de moins qu’hier. Et j’ai remonté mes lunettes de soleils, qui n’étaient toujours pas la.

J’ai attendu encore.

« J’éteins le four, et j’arrive, monsieur ».
Elle avait une voix toute en aigu. Genre la reine du la nuit, avec un la à 445. Mais c’était chaud, brulant même. Je n’aimes pas « torride », mais ça pourrait convenir.
Au hasard, j’ai dis «  ça sent bon chez vous ». Avant de capter, elle m’a dit merci. Puis raccroché.

J’ai encore attendu.

Elle allait arriver, obligé.
Je pleurais : pas moyen de lire son nom sur le papier.
Merthe Marte Marthe ?

Je n’aime pas attendre. Alors j’ai pris ma bouteille, puis je l’ai posé.
J’ai regardé Julia.
Et j’ai composé.
Un sonnet : pour rire.

Autrefois, avec Franck, on passait les journées à parler, mais il y avait des règles.
Un jour en décasyllabe.
Un jour en octosyllabe.
Un jour en alexandrin.

Pas le droit de s’échapper.

Il avait volé un livre. A 17 ans : en stage pour l’armée, à South Indian Lake.
Je n’ai jamais compris pourquoi les stage de guerre, c’était au Canada. Lui non plus, mais il volait des livres, alors.

« Traité de poésie ». Entre quelques bières et ses copines, on avait lu. Les putes, ce n’était pas mon truc, alors j’avais du temps.
On connaissait les mots. Le temps nous a donné la suite.

Alors voilà : quand je n’ai qu’a attendre, je fais un sonnet.
4 4 3 3.
Alexandrins.
Les rimes : abba abba ccd eed
c’est Marotique ( c’était écrit dans le livre), j’ai regardé les autres mais franchement, pour improviser, c’est celui là le plus simple.
Je n’ai jamais lu Marot. Il n’est pas traduit ici, mais on me l’a récité, et il en reste des bribes.
Enfin, on s’amusait bien.
Et aujourd’hui, je m’amuse encore.

J’en était au premier tercet : Rien de bien intéressant. Le téléphone a sonné.
« Allo : c’est Martha, je suis en face ».
Je ne suis levé, j’ai pris la main de Julia, on a traversé la 315. Devant, une Ford ou une Lincoln, je voyais mal, clignotait.
Martha a ouvert la porte avant. J’ai ouvert la porte arrière et j’ai posé ma chérie.
Je suis monté.
« Ceinture s’il te plait. ».
Elle a doucement roulé jusque devant son pavillon.
Martha, une black ( j’ai regardé) mais pas le même format que celle du squat, de loin. Opulente. Et souriante. (Il faudra que je révise ma théorie sur les sourires)
Elle s’est garé, a cliqué sur un bout de plastic qui a mis de la lumière partout, et ouvert la porte.
On est entré.
Dès l’entrée, on repérait la cuisine, à l’odeur des cookies.
On s’est installé, et elle est sortie, puis revenue avec une bouteille de porto. Julia dormait encore, mais moi, j’ai pris volontiers son verre. Le porto, c’est à peine moins beau que les turquoises.

Grenat. Un jour, ma mère m’a donné une boucle d’oreille en or, avec un rubis. Celle la, elle n’a jamais cassé.
« j’ai fait du thé
Alors ? Franck m’a raconté, un peu : c’est quoi votre plan » ?

Je lui ai tout redis. A peu près.

Elle n’a pas compris, mais elle n’a pas posé de question.

« On verra demain ».

Elle s’est levé de son divan pas très frais, a virevolté dans sa robe en coton imprimé, regardé doucement ma nana qui dormait encore, a demandé si je voulais autre chose.

« On verra demain ». C’est ok.

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