Cuba chap5 ( je ne dis plus rien)

Drôle d’odeur. Ca me disait quelque chose.

Thé vert de chine.
Franck n’a jamais fait les choses à moitié.
Un regard circulaire. Julia dormait encore.
Le four chauffait, je le sentais, pas loin. Sûrement des madeleines.
Petit, Franck et moi on lisait Proust : Tout à jeter, sauf les madeleines. Alors on jouait à les cuisiner. On a fini par y arriver.

Le ciel bleu ne me donnait pas l’heure. Mais au moins, c’était passé, la nuit.
Franck est arrivé. Enfin, disons qu’un immense sourire est arrivé.

Il a passé sa main sur la joue de mon bébé. Elle à rosie. S’est doucement réveillée.

« Allez les jeunes ! A table ! »

Il l’a aidé à se relever, et posée sur une chaise, dans sa cuisine.
Il lui a servi le thé et donné du sucre. Elle ne prends pas de sucre, mais ce serait peut-être utile, ce jour.

Et il est venu me voir.
« C’est quoi ce flingue ? »
Je me suis rassis.
« Rien, t’occupe ».
« Mais ça va pas ! 
C’est un flingue. Même ici, si on le trouve, c’est pas Cuba, c’est la tôle.
Tu me fatigue, avec tes conneries.
Tu veux aller à Atlanta, chez les flics, avec ça ?
J’ai des menottes ici, ça sera plus rapide.
On en reparle, viens déjeuner. »

Première fois de ma vie que j’avais mal au crâne.
Je me suis levé, je me suis assis. Thé, madeleine, et Julia.

Je lui ai demandé une autre clope. Au point ou j’en étais, j’arrêterais une autre fois.
Il a mis un autre disque sur sa platine.
Allman Brothers. Un live. Unplugged. Los Angeles. Come on in my kitchen.
Et il est revenu se servir son thé.

« Tu ferais mieux de venir dans ma cuisine »: on y était dans sa cuisine.

Mais les Allman. Un jour, à Pensacola, j’avais acheté des places de concert. Juste après leur meilleur album. Ils sont venus. On attendait. Leurs camions ne rentrait pas. Ils sont repartis. Pas de concert.
Alors un live unplugged, et un morceau de Robert Johnson, je ne crache plus dessus. Je fais moins la fine bouche.

Après la dernière madeleine, Franck m’a pris par la main, et posé sur son canapé. Julia se rendormait doucement, avec l’earl gray dans son nez.

« Ton flingue, je l’ai détruit.
T’es encore plus con que con.
J’ai regardé.
Il y a un bus pour Atlanta ».
« J’ai pas les dollards ».
« Moi je les ai, et t’es mon ami , alors tu y va,
Et tu reste propre
De toute façon, j’ai déjà pris les billets.
Après ; ton chapeau et tes dollars, et Miami.
Et ton bateau, tu te démerde : vous y arrivez.

Écrire : c’est chiant:l’orthographe au moins : il me parle, il me dis « tu ». Faut un « s » à l’impératif » ?
Julia reprenait vie, et le seul ami que j’ai jamais eu avait réglé la plupart de mes soucis, et évité les autres.

« Ne regarde pas le frigo. Il n’y a rien dedans.
Et Sinon, d’Atlanta, si tu es perdu, j’ai une amie à Orlando, c’est juste avant Miami : j’ai appelé : elle vous logera ».
Il ma donné une feuille de papier, avec un nom, et un téléphone, griffonné.
Il a proposé la salle de bain à Julia.
Elle s’est rafraîchit.
J’ai décliné la même offre : de toute façon, j’étais sale partout, un peu d’eau n’y aurait rien changé.

Il nous a indiqué la direction.
A pied encore, jusqu’au terminal de bus.
J’avais les billets. On est monté dans le 608. On s’est collé l’un contre l’autre, et on a dormi.
A un moment, on se détache. Plus de flingue, pas d’alcool, juste cette fille contre moi, et le bruit du moteur. J’aurais préféré un train. C’est régulier, le clac des rails, tous les 144 mètres : ça berce.

Ca a sonné dans les amplis : on était à Orlando.
J’avais encore tout merdé. Tant pis pour mon chapeau, et mes 250$. Atlanta, je n’irai plus: quand on rate un arrêt, on rate un arrêt.

On est sorti dans le soleil. J’ai pris la feuille de Franck. J’ai appelé. Enfin…

J’ai rien appelé. Le téléphone prépayé était trempé : Eau, thé, bière ( Franck s’en était envoyé une ?) alcool ?

Plus de tél. Il allait falloir recommencer, ou se débrouiller.

« Julia ? »
« Oui mon amour. »
« Tu tiens debout ? »
« J’ai mal, mais je tiens debout » 
« Mal où ? »
« Mes jambes. »
« Tu es fatiguée
Demain, les 5 jours de câlins dans le bateau. »

J’ai avancé sur la Armway center.
Franck avait dit juste à gauche.
« Pas du côté du lac ? » Non , enfin, non »: le petit lac «  Eola », pas le grand., tu vas à gauche :
« A gauche tu viens de me le dire ».
« Armway station, et puis
Pine street. »
« Pine ?
T’es vraiment trop con. Pine ? T’es encore perdu dans Apollinaire ?
Arrête ça, ou tu n’arrivera pas. »
J’avais tout en mémoire.
Et le numéro.

« Viens.
Pose toi là ».

J’ai mis Julia devant une poubelle, et je lui ai demandé si elle pouvait geindre.

J’aime Julia parce que quand on fait l’amour, elle donne tout, mais elle est simple.
Il suffit d’écouter : au pire de demander. Mais « feindre », c’est comme moi, mot banni.

Elle m’a regardé, puis elle a commencé à avoir mal, pour de faux.
Ca a fait du bruit. Un putain de bruit.

Le patrons du Starbuck est sorti. Celui du Mc Do aussi.
Tel 112. J’avais trois minutes pour braquer les deux.

Dedans direct. Au milieu des sandwichs, au fond, mon Jack, et en sortant, un autre téléphone. J’ai mon mot de passe : je retrouve tout, il suffit de commander un café ou il y a du Wifi, et du Wifi, il y en a presque partout.

La police est arrivé ( évidemment : le 112).
J’ai tout planqué.
« Pas de soucis, elle est diabétique, je viens de lui donner ce qu’il fallait. »
Soupçonneux, ils ont noté nos noms, prénom adresse, tel. Et ils sont repartit.

J’avais de quoi avancer.
Sauf la coke. Mais je n’étais pas sûr que cela soit nécessaire.
Ni l’herbe.
Ni le Whisky.

Je l’ai repris, ma Julia, dans mes bras, je l’ai tiré. On s’est posé contre un talus.
Vert.
Plus vert que vert. Genre Véronèse.
Dans les bras. J’ai fait attention à ce qu’on n’ait l’air que de touristes égarés, et pas de clochards . ( Orlando c’est plus le Texas, mais ils sont aussi cons).
Je me suis posé contre elle. Et encore, j’ai laissé faire ma tête. Ca déboulait dans tous les coins. Des français en plus : c’est difficile. Pierre Mc Orlans, ou des connards de philosophes, et les allemands, et , et, et : j’ai fermé les yeux, respiré.
Je n’aime pas les philosophe. Enfin, pas après 400 après J.C.
Ou alors St augustin. Ou Descartes.
Même Descartes, c’est que des conneries : « Cogito ergo sum » : tout ça pour crever dans les bras d’une princesse, au fin fond d’un monde que je n’ai pas envie de voir, mais ou il est allé ?
J’étais mieux dans les bras de Julia. Pas de « cogito », pas de « ergo », et pas de « sum »
Que de la tendresse.
Je suis un vieil alcoolique bipolaire, et ma psy me le dis régulièrement, et gentiment.

Mais si je lui prends la main ? Je compte : je ne veux pas la mettre dans l’embarras : 5 secondes : ça suffit pour tout avoir. Elle entend, elle laisse faire. Elle sait bien que c’est le plus important.
On était plus très loin du bateau. Juste une nuit à passer chez la copine de Franck, Encore 100 miles, un bateau à braquer, et Cuba.

Le téléphone prépayé, j’ai tapé le numéro. Julia ne geignait plus.
Sonnerie.
Je suis encore tombé dans un rêve.
« Excusez moi, je dois sortir mes cookies du four. Je suis à vous dans une seconde. »
A moi ?
Des cookies?
On aurait dit « Matrix ».

J’ai attendu.

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