Cuba chap4 (Plus sûr de rien).

J’ai bougé un peu.
Par l’arrière de l’Escalade, on pouvait ouvrir le coffre (enfin, un coup de pied, et dégagée la tôle).
Dans le coffre : deux bidons d’essence, quelques tube à essais. Et un vison.
C’est nul de tuer pour de la fourrure, mais j’ai pris quand même : Julia aurait chaud, et il fallait encore régler.
– Alcool
– Trajet
– Argent
Et piquer un bateau.

J’ai enveloppé Julia dans le vison, et je suis ressorti.
Encore trois étages à remonter.
Et plus rien dans le ventre.

Dehors, le soleil avait éclaboussé ce bled de merde, c’était illuminant et jaunasse.
J’ai refouillé dans ma poche, c’est con, depuis la veille, je savais qu’on m’avait tout volé, mais j’ai fouillé quand même.
J’ai baissé mes lunettes de soleil, c’est con aussi : juste un réflexe, je n’en avait pas non plus de lunettes, depuis les quatre derniers mois.
J’ai remonté mon jean : à force de ne pas manger, on change de taille.
Et j’ai regardé.

Le fbi et les flics étaient parti.
Juste la bande fluo tremblait dans le soleil.
Partout, le même gris.

J’ai marché dans cette fausse lumière.
En rêvant.

J’ai pas besoin de walkman.
Autrefois ou « naguère », comme ils disent, peut-être, en France.
La musique est toute dans ma tête.
J’invoque, juste, et c’est là. Vingt sept milles œuvres (estimation basse) ,ça tient dans la mémoire).

La station Shell était juste en face. J’ai continué, j’ai même accéléré.
Mal aux jambes.
Porte.
Rayon de chips, M&M’s, tampons, merde en boite pour les chiens, et : dernier rayon, mon truc.
J’ai pris, encore, du Old n°7. Et des noix de cajou pour ma miss, et deux tacos pour ne pas crever.

La caissière était une superbe, de caissière : rien dans les yeux mais du noir tout autour, et je ne dis rien du reste, d’ailleurs, qui dirait « reste ».
Le reste, c’était tout ces seins qui tremblaient, et pas un pour la même raison.

La file n’avançait pas, et je tremblais, toujours plus. J’ai posé le caddy, et invité poliment la vieille dame, avec juste son sachet de saumon, à passer devant.
Cinq jours de bateau devant, je n’étais pas à une minute.
Et je préférais largement son sourire, à ces putains de cinq minutes.
Julia était au chaud, j’avais de l’alcool. En sortant j’ai volé un téléphone prépayé pour la coke, de l’herbe, des sorties .
Rien de grave. Sauf : « Cuba ».

Cuba, c’était tout de même plus complexe.

Plus rien, 14 heures. Encore une pizza, les trois quart pour Julia. Elle avait de petits yeux. Je voulais juste dormir. J’avais fait ma part.
Téléphone : maman :« L’espion est mort ». Rien de mieux pour vous réveiller, que de perdre une icône.
J’étais déjà dégagé.
J’ai continué.

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. »

« Julien, c’est moi ».

J’ai dis « je délire », alors Flaubert ou Stendhal…

J’ai fini par me réveiller.
Flaubert, Stendhal, l’espion, ça faisait trop pour rester immobile, à rêver, contre Julia, dans ce parking de merde.

C’est à cet instant que j’ai envisagé la taille du cadeau de « Sound Texas RNB ».

Dans le walkman, il y avait MC5. Ok, mon bébé pouvait dormir.
Mais il avait dit «et un plus : elle découvrira elle même. ».

C’est moi qui ai découvert.
J’ai doucement enlevé les écouteurs des oreilles de Julia.
J’ai cherché.
Stop MC5. Avance rapide. Au bout de la bande.

Chopin. Une nocturne, enfin. Une ‘héroïque ‘.
Enfin.
Le type était honnête, et le cadeau, c’était un vrai cadeau. Chopin , Vlado Perlemuter : un concert entier.

Après, j’ai fait comme j’ai pu.
Encore John Lee Hooker.
Je suis retourné au dernier endroit au j’avais posé mes bottes.

Ma maison. Enfin:le dernier endroit ou j’avais logé correctement.
Juste après deux verres, j’avais promis, à un ami, de l’accompagner, pour voir une dernière fois, un mourant. Le tabac ça fait des dégâts : 1 poumon poubelle.

Alors, chance, j’avais de quoi rester éveillé ( en fait un peu de coke au fond ‘une poche trouée)

J’ai bougé ( Julia, elle était au chaud dans son vison).
J’ai « piqué » un truc plus moderne, et une carte Sandisk.
Juste à coté de l’hôtel  .

Merde l’hôtel.
A peine sorti, il fallait retrouver une place.
Téléphone encore : j’ai appelé Franck.
« C’est quoi ? Tu veux quoi ? »
« Rien mec : une chambre pour ma nana, de la coke, de l’herbe ? Enfin:ça fait beaucoup.
Alors moins vite : une chambre pour ma nana, et de quoi tenir. j’ai plus un dollars. Mais je ferais tout pour elle, tu m’aide ? Juste elle au chaud. Et moi dans les nuages. »

« T’est con mec: les nuages, sûrement que c’est tes bras : alors l’herbe, la coke, et tes conneries …
Viens dormir la : je te loge».

Franck est vraiment un mec cool.

Je suis redescendu au parking.
J’ai pris Julia.
Jeté le vison.
Et on est allé chez Franck. A pied.

Il l’a posé doucement dans un fauteuil.
Je me suis posé par terre, avec mon sac plastique, le Jack Daniel et le petit français
Il a regardé ma tête :
« Bof».
Il a sorti un vieux truc qu’il a posé sur sa platine, Et réglé le son : assez pour nous, pas trop pour mon bébé.
Allumé une cigarette.
Et on a parlé.

« T’es con ou quoi ? »
« Je suis con, et tu l’as déjà dit.
Elle va bien ? »
« J’ai l’impression. De toute façon, je m’en occupe.
Tu fait quoi tu veux quoi ? »
« CUBA ».
« Quoi Cuba ? »

« J’y vais . Non : on y va».

Franck s’est levé doucement. Il est allé changer le 33 tours, a jeté un oeuil sur Julia, a pris son paquet de clopes, est revenu, en a rallumé une, et m’en a proposé une autre. Normalement,j’ai arrête de fumer. Comme rien n’allait « normalement », j’ai accepté.

« Doucement ».
« Doucement quoi ? »
« Je vais reprendre .
A coté t’as Julia
En face t’as moi »

J’ai toussé, plus l’habitude du tabac.

« T’as pas un rail, que je continue ? »
« Ca fait dix ans que j’ai pas pris de coke… T’as vraiment plus rien dans le crane ! »

« Ok, je continue sans alors.

Donc je veux aller à La Havane, et je veux y aller avec elle. »

« Mais pourquoi faire » ?

« Ecrire ».

« T’avais tout ce qu’il fallait, ici ? »

« J’ai plus rien : volé, brulé : laisse faire : ce serait long à raconter.

Attends : je continue : on a essayé de prendre un avion : mauvais plan.
Après un squat : mauvais plan aussi.
Après un parking mauvais plan encore.

Alors on est là.

Faut qu’on aille à Atlanta, j’y ai un chapeau et 250$, mais chez les poulets.
Après Miami.
Après je pique un bateau.
5 jours.
Et Cuba. »

« Mais pourquoi tu veux aller écrire à La Havane ? T’es pas bien là. »

« Non » je lui ai dit, et j’ai pleuré.

« On se calme ».
Il m’a pris dans ses bras.
« Tu iras ou tu veux, et avec elle promis.
Je m’en occupe. »

J’étais assis par terre, tant mieux, comme ça je ne suis pas tombé de haut.

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