Monthly Archives: août 2017

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NY 7

Mon tel a sonné.
Pas de nom, c’était bizarre, même pas : »Bob », ni aucun des contacts autres, juste un numéro.
– Oui qui?
– Alexandra.
– Vous avez eu ce numéro comment ?
– Vous m’avez appelé ce matin, de chez ma mère.
Merde, j’avais pris le portable au lieu du fixe de mamie.
– Je voulais vous remercier, ma maman est à l’hôpital, aux urgences : avec la loi Obama, ça passe, même sans fric, sauf que sans vous…
– Vous savez moi, je n’ai fait que la raccompagner chez elle, j’y connais rien, c’est un gamin qui m’a dit qu’en attendant le 911, coke et thé, ça la tiendrait debout.
– Oui mais c’est vous qui l’avez fait, alors…
– Vous auriez fait quoi à ma place ?
– Pleuré, mais pas de thé, je suis nulle, et pour la… coke, encore plus,
Vous l’avez sauvé ma maman, avec vos trucs.
– C’est l’hôpital qui l’a sauvé votre maman, moi, je l’ai juste tenu vivante jusqu’à ce qu’ils arrivent, et à mon avis, c’est surtout les baffes qui l’ont tenu vivante.
– Dites pas de conneries, si vous n’aviez pas été la, elle serait morte avant l’arrivée des secours.
– Elle m’avait proposé en rendez vous chez elle avec vous, le lendemain, c’est a dire aujourd’hui.
Je ne sais pas pourquoi j ‘ai dis ça, mais maniaque, juste une voix de femme, ça vous torture, et de bête, vous passez à carrément con. J’aurais du raccrocher poliment, et laisser cette histoire derrière.
– Ben j’aimerai bien vous rencontrer.
– Je ne suis pas fréquentable vous savez.
– J’ai quand même envie de vous rencontrer.
Des gens comme vous, j’ai connais pas des dizaines.
J’ai regardé mon frère, et lui ai dit de freiner son bolide.
– Vous savez ou je suis la ?
Dans la voiture de mon frère, en direction de chez mon père, que je ne supporte pas, pour enterrer ma mère. c’est pas très simple.
Mon frère écoutait.
– L’enterrement de maman c’est demain, je te pose ou tu veux, et je reprendrais te prendre pour la cérémonie : de toute façon papa n’a pas plus envie de te voir que toi.

– Bon ok, quand vous voulez, ou vous voulez dans la journée, pas avant une heure.
Je compliquais, mais j’ai l’habitude, de compliquer les choses.
Ma chérie.
Helsein et ses seins de fers.
Alexandra,
Un enterrement.
Un père.
Plus un dollar sauf ceux de mon frère.
– Alexandra, quand vous voulez, ou vous voulez, j’ai répété, comme un somnambule.
– Dès que vous pouvez, alors, chez ma mère : vous savez ou c’est, je vous attends, votre poudre magique et le reste aussi, vous en avez laissé, et le thé, c’est pas ce qui manque.
Le thé, je m’en foutait, mais c’est vrai que j’étais parti si vite que j’avais tout laissé en plan, heureusement que les secours n’inspectent pas tout.
J’ai dit à mon frère: ramène moi d’où je viens, je serais la pour la cérémonie.
Et j’ai pas envie de voir papa.
– 2 heures de route encore ? En sens inverse ?
– Hé ho, ton bolide, tu l’adore, alors fait le cracher et puis ça fait qu’une heure.
– Ok.
Ca l’a presque fait jouir, en fait, de voir que j’étais sensible a la puissance de son V8.
Il a fait demi tour, et on est rentré pas loin d’où on venait.
Une heure après, j’étais devant chez la mamie, il avait roulé vite.
A peine descendu, mon frère avait déjà filé dans un nuage de poussière et de graviers.
J’ai sonné.
Elle a ouverte : dans une robe si transparente et décolletée qu’on aurait dit une nuisette. Encore une fille fine. Mais des yeux qui explosaient.
Dur pour un maniaco dépressif qui peins et qui écrit, de supporter tant de lumière.
Elle m’a fait rentrer.
Elle m’a dit :
– Votre sac de poudre est la, je ne suis pas sure, mais c’est sûrement ce qui l’a sauvé, ma mère, enfin, avant de partir des les choux, dans l’ambulance, elle a parlé d’un putain de réveil, ho pardon pour le gros mot,
et le thé je le fais, installez vous.
Oui, j’ai jeté un œil dans la cuisine : j’avais tout laissé chez la mamie, même le whisky ou ce qu’il en restait, elle avait raison, et l’oeil.
Alexandra, elle était mince ok , mais belle comme un Modigliani, première époque
Je l’ai regardé partir de dos.
J’avale tout (avec les yeux surtout) : j’ai besoin pour peindre ou pour écrire.
Une fois le feu sous la casserole allumé, elle est revenue dans le salon, et s’est posé tout contre moi. Je me suis un peu poussé, puis levé, et je suis allé prendre sur la table mon sac et j’ai presque terminé la bouteille au goulot : j’avais pas envie qu’elle se fasse d’illusions sur mon grand cœur
– C’est quoi, le nom de ta mère ? Je te dis tu : le vous, ça va bien cinq minutes.
– Suzanna.
– Elle est est où :
– St Marc :
128ème, sous respirateur, tu l’a sauvé. Tu l’as sauvé elle a répété, avec les yeux humides.
– Déjà dit, j’ai fait juste ce que je savais faire, et j’ai trouvé ton numéro de tel.
Quelle heure il est ?
J’ai repris le plateau d’argent, et je me suis refait un rail.
Ca a rexplosé.
Et j’ai repris une gorgée de whisky.
-Tu veux de ça? J’ai montré la bouteille vide comme un con, ou de ça ?
– Non, ni l’un ni l’autre.
Elle est repassé dans sa cuisine, et a ouvert une bouteille de vin blanc, un Lacryma Christi, à l’oeuil.
Elle a sorti deux verres magnifiques du buffet de sa mère, s’est servie et m’a tendu la bouteille.
-C’est moins fort que votre…ton truc, mais ça a meilleur goût.
– On va voir ta mère, ou on va dîner ?
Je ne savais plus trop ce que je racontais, j’avais pas envie de voir la mamie dans une cage d’acier, j’avais pas faim, juste envie de partir. Et de rester à la fois, à la regarder encore et encore.
– On va dîner.
Elle à dit ça d’un air décidé, en se relevant, et en remettant une mèche en place.
Ca se compliquait vraiment.
J’avais pas le numéro de ma chérie de tête.
Hesltein m’obsédait.
Alexandra, ça commençait aussi.
Dans sa nuisette elle ondulait, mais qu’est-ce qu’elle faisait en nuisette à cette heure bon dieu !
– Je m’habille, j’en ai pour une seconde.
Et elle a disparu.
Une seconde chez les filles c’est vingt minutes mini : fond de teint rimmel rouge à lèvre, déodorant, parfum, et après, un quart d’heure à fouiller dans une garde robe.

J’ai rebu un verre, puis deux , de son blanc cette fois. Le Lacryma Chisti, c’est à la fois poétique, mystique, et délicieux loin de cette gnôle du fin fond du Texas, marqué pur malt.
J’ai patienté en regardant par la fenêtre et en essayant de reprendre la main parce que là, je naviguais au jugé, dans un wagon d’idées brumeuses et contradictoires.
Le soleil se couchait, mais ça brillait encore plus : j’ai fermé les yeux.
Elle a fini par sortir du dressing.
Je l’ai pris par la main : elle s’y est serré, enlacé mes doigts, et on est sorti et descendu le perron.
Sur le trottoir, pas de Bob, rien pour me repérer un peu, que des bruits de grosses américaines qui passaient, et des cris de gosses se chamaillant.
– On va où ? j’ai demandé.
C’était pas mon quartier du tout, j’étais là qu’a cause d’Helsein et de ses ascenseurs et 8 heures avant, je m’étais juré de me jamais y revenir. Il ne faut jamais jurer, surtout moi, ivre et en mode maniaque.
– Dans moins de 100 pieds, il y a un italien. Pizza, ou pâtes, et le même vin.
Depuis que je tenais sa main, elle commençais sérieusement à m’exciter. Trop douce, trop tendre, difficile de ne pas réagir.
On est arrivé devant une terrasse vide, avec un store multicolore, et une enseigne clignotante : « Perso tino ». elle m’a tiré et fait entrer. Bar sale, deux trois piliers accoudés au comptoir, mais pas de table. Tout de suite à droite il y avait un escalier en colimaçon, la salle principale devait être en sous-sol en sous sol. En bas de l’escalier, une caisse et une jeune derrière, le nez fourré dans le tiroir. J’ai reconnu le patron : il tenait un autre restaurant avant, à trois pas d’un appartement que je louais quand j’étais plus en forme question fric. On a plaisanté, il m’a dit :
– C’est plutôt mon père que vous deviez connaître, j’ai rien répondu, ils se ressemblaient tellement, ça m’a foutu un coup de vieux.
On a demandé a une serveuse de nous placer.
Bougies sur les tables.
Il y avait encore quelques places pour deux personnes.
On a pris une table. La fille nous a a mené la carte.
– Apéritif ?
– Non, juste du Lacrima Christi, et puis non en fait, le chianti là, et une quatre saisons pour moi.
Le dernière quatre saison que j’ai mangé, c’était à Palerme, il faisait beau, mais l’artichaut, je n’aime pas trop. J’ai choisi un truc avec des anchois, et beaucoup de sauce épicée.
– Pour moi, Bellini.
Je lui ai repris la main. Elle était douce et accueillante. Et si je serrais, elle serrait aussi.
J’ai sorti un stylo : sur les nappes papier, je dessine toujours, ou j’écris.
Alexandra, elle est belle. Elle sourit, ses yeux sont perçants, bleus cernés comme sa mère, elle regarde aussi un peu tout, et elle me tenait la main surtout.
Juste du Chianti.
Au fond de la salle, il y avait un jukebox, un truc moderne, pas des 45 tours. Je me suis levé, je suis allé au comptoir, et j’ai demandé de la monnaie sur un de mes billets de 50 dollars. Le serveur n’avait pas assez de monnaie. J’ai fouillé dans ma poche, et j’ai trouvé moins, mon frère m’avait fourgué aussi des petites coupures.
Elle m ‘a donné des pièces.
Sur le jukebox, il y avait des trucs complètement inconnus, mais de vieilles chansons. J’ai cherché.
Patti Smith – Horses numéro 85
J’ai mis mes pièces : Pas assez.
Je suis retourné voir Alexandra.
– Je sors, il me faut un peu d’argent liquide.
– Tu vas trouver ça où ?
– : En face :ils me feront la monnaie, et les pizzas ne sont pas la encore, j’en ai pour 30 secondes.
En face, il y avait un tabac.
J’ai demandé un paquet de clope, et j’ai filé un billet de 50 dollars.
– Monsieur, on ne prends pas tant de dollars m’a répondu le serveur avec une accent français, mais il y a un drugstore encore ouvert à cent mètres qui vous fera la monnaie, juste la, à côté.
Il indiquait la gauche avec une main ou on voyait dépasser la tête d’une salamandre tatouée.
C’est quoi cent mètres, en pieds ?
Je suis sorti et j’ai filé, en regardant les façades.
Oui, il y avait un drugstore, avec un store encore plus coloré que celui de chez « Perso Tino ».
Je suis rentré, avec mon billet.
J’ai repris une bouteille, au cas ou. Le cas ou, c’était dans trois minutes, et fait la queue: Alexandra devrait attendre un peu.
J’ai fini par arriver à la caisse, j’ai expliqué que j’avais besoin de monnaie. La fille était sympa, elle a compté la bouteille, et changé en 10 dollars et en pièces.
Je suis retourné chez « Perso tino ».
Au jukebox j ‘ai mis la monnaie. Et j’ai envoyé Patty Smith.
Et je me suis rassis devant Alexandra.
Les pizza n’étaient pas arrivées, Elle avait juste enlevé son gilet de laine et le Chianti, elle ne s’était pas privée.
Je ne suis servi un verre de ce qui restait, et je lui ai repris la main. Elle avait toujours la main aussi tendre et aussi douce.
« Horses » c’était peut être pas un bon choix. De toute façon, je me suis relevé, et je suis allé voir autre chose sur le jukebox. Il fallait que ça soit plus doux, ou plus violent . j’ai choisis plus violent « Surfing bird » N° 72
J’ai mis les pièces, et je suis revenu.
Le son est parti.
Alexandra m’as dit :
– Mange
Ca venait d’arriver, sa Bellini, avec la mienne, aux anchois
J’ai rebu un verre, et vu l’état de la bouteille, j’ai levé le bras : la serveuse est arrivé, et je lui en ai demandé une autre.
– C’est un truc dans « full metal jacket» non, ta musique ?
– Si, mais ça date de bien avant 1956 je crois
Je l’ai regardé un peu mieux.
Corsage blanc, jeans, chaussure de sport, et vraiment belle
J’ai déjà dit mais en dix secondes, je déshabille.

Il y a 15 ans, aux cours du soir, j’ai dessiné, comme trois fois par semaines, une fille qui posait pour les cours de nus.
C’est comme ça que j’ai appris à déshabiller les gens.
J’ai flashé ce jour là.
Je l’ai accosté, le modèle, quand on est sorti.
– Vous voulez prendre un verre ?
Elle a hésité, puis dit
– Pourquoi pas ?
On s’est posé dans un bar, pas loin de l’université.
On a pris deux cafés.
Et on a fait connaissance.
Deux heures après, elle m’a invité chez elle.
Et on s’est embrassé.
Je l’ai pris dans mes bras ,doucement.
A l’époque, j’étais timide, mais c’est elle qui s’est déshabillée.
J’ai encore flashé : trois heures avant, je la dessinais nue, et pourtant la, je découvrais.
C’est elle qui m’a déshabillé.
Après, on a passé la nuit ensemble, moitié dans les bras, moitié à lire des poèmes, et du Gide. Je lisais mal le français, alors elle traduisait :  « Nourritures terrestres », c’était.
Petit, j’avais lu une traduction de « La porte étroite », mais j’avais rien compris. La dans ses bras, c’était limpide, Gide.
Et du Borges, mais une version bilingue, je comprenait rien à la page de gauche mais sa voix chantait. Après, elle traduisait.
Le matin, je suis reparti dans ma soupente.
Après…
On s’est revu un peu. Et puis plus. Et puis encore plus, On lisait toujours des poèmes. Et puis un jour, elle m’a dit
– Je suis à la colle avec quelqu’un d’autre. Il est jaloux, alors salut.
Elle m’a lâché la main, je l’ai regardé partir, j’ai pleuré, et puis rien.
Alors, les femmes, j’ai un peu peur de souffrir depuis.
Helsein, ma chérie, c’était pas loin en vrai, mais loin dans ma tête.

J’ai pris sur moi, et la main d’Alexandra. Toujours aussi douce : les maniaques , ça se répète dans les pensées, ou ils voient que la vie se répète. Elle l’a laissé dans la mienne.
J’ai resservi nos verres.
On a retrinqué, et fini nos pizzas.
Surfin bird, c’était fini, tu parles, ça dure 2 minutes.
Je me suis relevé pour mettre un truc encore plus hard, mais quelqu’un avait déjà mis autre chose, alors je suis me suis rassis.
De toute façon, elle me tenait la main si fort, qu’il aurait fallu être brutal pour partir encore, et ça, j’aime pas.
Je l’ai encore regardé.
Elle a souri, et s’est penché en avant.
Ca valait le coup d’oeuil.
– J’ai ma chérie qui doit m’attendre, tu sais.
– Les chéries, on en change. c’est qui ta chérie maintenant ?
Décidément, cette fille, elle n’était pas comme moi.
– Vous voulez un dessert ?
La serveuse était revenu.
– Pas moi non.
– Un tiramisu, si vous avez ?
– Et après, tu veux du café ?
– Jamais à cette heure.
– Alors juste un café pour moi.
La serveuse est partie, puis revenu avec nos commandes.
Elle a mangé son dessert, et moi bu mon café.
– Tu a laissé des choses chez moi, enfin, chez Suzanne, je te ramène, après tu va la voir ta « chérie ».
Jolie litote : des choses.
– Je te ramène, et tu repars la voir, elle a répété.
On a partagé l’addition, et on est sorti.
Elle a repris ma main, et on a remonté l’avenue.
On est rentré (non :elle est rentré, je ne l’ai pas accompagné) chez sa mère.
Elle a pris un sac et mis dedans mon bordel, elle est ressorti, et m’a tendu le sac papier.
– Tu es sûr de ne pas rentrer ?
Un silence.
– Si, je rentre.
J’en sais rien, elle dors mon bébé, et elle s’en fout : et elle aussi, elle était à Woodstock, alors.
– Il dors ton bébé, tu veux pas boire un dernier verre ?
J’ai l’habitude d’être saoul, ça commençait.
Celle aussi d’être tout tendresse. Elle a mis sa main droite sur mon épaule, et serré l’autre comme pour me tirer.
J’ai dis « ok », et monté les deux marches.
Elle a fermé sa porte, Suzanne était à l’hôpital, l’appartement était vide, elle était un peu saoule aussi, et elle avait envie de cette tendresse justement.
Je l’ai serré dans mes bras : du coup, elle a lâché ma main.
L’appartement était vide, mais elle m’a dit :
– En haut, il y a une chambre.
On a pris, enfin, elle, ma main de nouveau, et les escaliers, ensemble.
Il y avait des tapisseries partout sur les murs.
Et des marionnettes au plafond.
Et des cadres de papillons exotiques sur touts les murs de l’escalier.
J’avais rien vu de ça, la veille.
La veille, j’étais dans la cuisine.
Alexandra avait une sacré détermination : elle serrait aussi fort que deux heures avant.
En haut, il y avait un couloir, et des centaines de livres poussiéreux.
Poe
Chandlers
Bierce
Miller
Fitzguerald
Faulkner
Hemingway

Les noms volaient sous mes yeux
J’ai regardé tout
J’ai sorti Ezra Pound , Les Cantos, et j’ai ouvert au hasard.
« Le paradis d’un homme est sa bonne nature ».
Il y a des jours ou j’avais l’impression d’être en enfer.
Elle tirait ma main encore. J’ai suivi.
On c’est retrouvé dans une chambre, une vieille chambre: deux placards et ça sentait de l’antimite.
Elle m’a pris l’autre main, et s’est couché sur le lit, en tirant fort contre elle.
Je suis tombé.
On était collé, et je ne pouvais plus bouger.
– Reste la.
Elle m’a poussé sur le coté, et a dit :
– Je reviens.
J’ai pas bougé, je suis resté allongé, j’ai respiré, et j’ai compté.
Trois minutes après, j’ai entendu ses pas dans l’escalier de bois, ça crissait.
Elle est rentré, a bougé, je ne voyais rien dans le noir.
Puis si : il y avais mon sac, deux bougies, et le plateau de sa mère
Sur le plateau plus de coke, mais du champagne, ouvert, c’était ça le plop que j’avais entendu il y a Deux minutes
Les bougies, ça suffisait pour voir
Mon whisky, elle l’avais laissé, mais elle avait emmené ce champagne, et le reste de coke. Si, il était juste caché derrière la bouteille et ses verres
– J ‘ai jamais goûté de la coke, elle a dit
Elle a versé le champagne dans deux coupes de cristal
Elle avait viré ses habits et remis sa nuisette
Elle était aussi belle que j’avais imaginé.
– Explique moi comment tu as sauvé ma mère ?
– Rien, du thé et ce truc la, pour que son cœur bouge. Après je t’ai appelé.
J’ai bu une gorgée, c’était chaud, et le goût était comme dans mes souvenirs.

NY 6

J’ai fait 1 mile pour éviter l’autre bus, et j’ai repris le même en sens inverse, l’arrêt retour était plus loin.
Merde, c’était la même folle au volant.
Je me suis collé au fond, et j’ai attendu la fin de la ligne. Et j’ai tout posé, et juste allumé mes oreilles avec le casque qui pendait de l’iphone. J’ai mis le son à fond. Vraiment à fond parce que derrière, il y avait du bruit. J’aime bien ça : à fond.
Dans me tête, le son, c’est parfois doux, mais la, je ne savais plus, alors, j’ai monté encore le volume, mais ça ne montait plus ; putain de blocage des constructeurs.
J’ai cherché avec la touche de la musique digne de ce nom, pas longtemps, le volé avait du goût.
Radiohead.
Avoir sa propre musique toujours dans la tête c’est bien, mais en plus le volume, même bloqué, c’est mieux.
La fin de la ligne, elle arrive en face de chez moi, mais c’est dans Harlem, et quand on est blanc, Harlem, c’est pas si simple. Je me suis faufilé tète baissé, et j’ai fini par arriver devant l’entrée de mon immeuble. J’ai composé le code j’ai poussé la porte, et je suis rentré.
Dans l’escalier, il y a des graffitis partout, il y a des zones ou ça sent vraiment mauvais. Au rez de chaussé, ça hurle toute le temps, normal pour un bar. Au premier, ça sent l’herbe. J’ai fini par arriver chez ma chérie et moi.
Je suis rentré : mon bébé, était debout :
– Ton père a téléphoné.
Je déteste mon père, il a emmerdé ma mère toute sa vie avec ses ordres, son arrogance, son mépris et ses manies.
– C’est pour l’enterrement : c’est demain.
– Et mon frère, le petit je veux dire, il peut me prendre ?
– Oui, mais juste maintenant, il faudra passer une nuit dans la maison de tes vieux.
J’allais pas rater l’enterrement de ma mère, mais passer la nuit avec deux cons, ça allait être dur.
Mon père et mon petit frère passent leur temps a s’engueuler sur le Vietnam, pendant que pense à Woodstook.
Mon père est un vieux con réactionnaire, mon frère une jeune con réactionnaire, forcément ils s’engueulent en buvant du porto.
– D’ailleurs, ton frère a dit qu’il passait cet après midi. Tu l’aidera pour virer les affaires que ton père ne veux plus voir. Elle a pas dit « comme toi d’ailleurs » mais ça s’est presque entendu quand même.
– Mon père, je l’emmerde, et il se démerdera.
– J’ai pas dis ton père, j’ai dit toi.
Ils auraient du régler la situation sans moi. Ils savent bien qu’en général je passe plus de temps a régler ma situation en hp que celle des autres en ville.
Mon petit frère a une vieille chevrolet, et il en est fier, et il ne pense pas. Il conduit comme un pied mais il adore faire rugir le V8 et crisser les pneus.
Et il a un vieux bouledogue qui pue.
Derrière, dans sa chevrolet, ça sent aussi la pisse de ses gamins, et parfois, à côté de lui, il y a sa femme, plus con tu meurs.
Je suis allé prendre une douche, et j’ai mis dans un sac des vêtements adaptés à un enterrement.
Enfin : adapté ? J’ai mis ce que j’avais de plus propre. Je me suis posé, avec le sac, sur le canapé. Et j’ai attendu.
10 ans avant, j’avais une corvette : le bruit du moteur est le même, alors je ne risquais pas de ne rien entendre, surtout que mon frère ne roule pas vite, mais qu’il fait le fait hurler, son moteur.
Mon bébé était sous la douche à son tour. Elle est revenu, juste dans une serviette. Elle m’a embrassé.
Elle a dit :
– Flippe pas comme ça,
La mort, c’est normal.
Ton père tu le supportera bien, t’as qu’a changer de pièce.
Et ton frère est con, mais tu n’y peux rien.
Et tu sens le parfum.
Et l’alcool.
T’as recommencé alors?
T’as baisé ?
– La mort de ma mère, je ne supporte pas.
Mon père, je ne vais pas supporter non plus.
Et mon frère, s’il dit un mot, je le tape.
Et si son chien pète, je le jette par la fenêtre.
Elle m’a ré-embrassé.
– Calme, calme.
Les filles je m’en fous tu sais, mais quand même, appelle Irène, et calme.

Dans la rue, des pneus ont hurlés.
Puis un coup de frein brutal. Çà a hurlé encore plus fort.
Il était la, mon connard de frère, enfin l’autre, pas celui de mon chemin vers le supermarket. Un frère con, l’autre autiste, moi alcoolo maniaco-dépressif, un mari sadique, elle avait bien eu raison, ma mère de prendre le large au ciel, il n’y avait pas quoi d’être fière sur terre, et la haut, elle serait plus près du bon dieu pour prier. J’ai entendu la porte claquer, des pas dans l’escalier. Çà a sonné, j’ai ouvert.
Le petit con est entré, nickel, en alpaga, l’air arrogant.
On aurait dit qu’il venait d’avoir une promotion, pas qu’il allait enterrer sa mère.
– Bon, on y va ?
J’ai faillit lui foutre une tarte.
Je me suis levé, j’ai pris mon sac.
– On y va ?
Je l’ai suivi, dans la pisse et les graffitis, envoyé une bise à ma chérie et j’ai descendu les deux étages.
Je me suis collé dans sa chevrolet : ça puait : le parfum de sa femme, la pisse du gamin, et le chien. Rien ne change.
Il a mis la radio.
C’était un vieux rock genre Elvis, ce que je déteste le plus.
J’ai ouvert la fenêtre.
– J‘ai froid : tu ferme s’il te plaît.
– Ca pue trop.
Arrète toi la : il y avait une station service drugstore, et forcément de quoi boire.
Arrète toi merde, et prête moi 100 dollars.
Il a grogné.
– Ca marche pas mieux ta poésie de merde, apparemment.
La j’ai vraiment failli la lui coller, sa tarte, mais comme il sortait son portefeuille, j’ai rien dit
J’ai enfin eu des réserves et donc de quoi acheter à boire sans être obligé de voler à nouveau. Il a pris à droite, dans l’allée du parking.
il a pilé: les pneus on hurlé, mais il a laissé ronfler son V8.
– Magne toi, je me gare pas !
Je suis sorti.
Dans la station, j’ai fait les rayons, et j’ai trouvé : du correct, enfin, du à 40%
Je suis passé à la caisse, et pour faire bien, j’ai acheté de la bouffe à chien.
La caissière n’a pas levé les yeux de son scanner électronique.
J’ai payé, cette fois en flippant, avec une carte de crédit, pas trop à moi, volé dans la poche arrière d’un jeune con. D’ici deux jours elle finirait, déchirée, à la poubelle, le liquide de mon frère, çe serai pour le petit, et pour nourrir ma chérie.
Je suis retourné dans la chevrolet de mon frère, avec mon sac. Je lui ai donné la boite pour son chien, j’ai sorti mon couteau, découpé la capsule, et j’ai bu 5 ou 6 gorgées de ce whisky de merde, et puis j’ai posé le sac papier au fond de la voiture. Ce serai pour demain.
5 minutes après, pendant qu’il continuait de faire joujou avec son bolide, ça allait mieux
On était encore à une heure de chez mon père.
– Elle devient quoi ? Miranda ?
-Je sais pas, je l’ai pas revu depuis le lycée.
Trop con mon frère : c’était la plus agréable fille, et elle l’aimait.
Il s’était tiré, par peur, et il s’était collé avec une brave fille, maman maintenant, mais sans rien d’autre que son ménage ses gosses et ses âneries.

NY 5

Bus 809 attrapé en courant : à huit heure j’y étais, à MCE. La poubelle avait déjà été vidée, alors exit la cravate, mais la, c’était pas la DRH, c’était les seaux, et les seaux, ils s’en foutent des cravates.
3 étages, deux par deux les marches, la routine quoi, mais c’était pas la routine, j’ai pas osé aller chez Helstein direct comme mon cerveau disait, elle m’avait donné des consignes. La fille de l’accueil était aussi fatigué que la veille, mais elle au moins, elle avait changé de chemisier et d’escarpins.
– Je fais quoi la, enfin maintenant je veux dire ?
Elle m’a sourit.
Je lui ai fait un clin d’oeil que cette fois, j’aurais voulu décisif. Elle n’a pas bronché, mais elle m’a soutenu le regard et bombé la poitrine.
Elle a dit en me tendant un papier cartonné : voila vos consignes pour ce jour.
J’aurais préféré voir Helsein, mais j’avais juste un bout de carton jaune avec des listes d’adresses.
Des ascenseurs, il y en avait plein sur sa fiche.
– Le matériel est au troisième aussi, mais la première porte à droite.
prenez ce qu’il vous faut, vous savez faire non ?
Au troisième, la première porte à droite, c’était une sorte de réduit, rempli de seaux, balais, éponges, raclettes, liquides variés imbuvables. L’attirail complet, même un bleu.
Je suis redescendu avec son seau, son balai, et le reste, et j’ai pris à nouveau le 809. Direct à la 111ème, premier arrêt. Enfin direct non, il fallait changer de bus, mais c’était bien indiqué. Donc, de la 108 à la 111, j’ai pris le 805, et j’ai attendu d’arriver au 809.
Dans le 805, on aurait dit « speed »: la conductrice roulait comme une folle.
Elle s’est posée, enfin, elle a arrêté son bus devant la plaque. « Arrêt demandé » elle n’avait pas le choix mais ça risquait d’amocher sa moyenne. Elle m’a posé, enfin, je suis descendu, en tenant la main d’une mamie un peu perdue, avec dans l’autre mon balai, ma serpillière, et le reste.
J’ai serré sa main, à la mémé, parce qu’elle vacillait, lui ai demandé son adresse, et je l’ai ramené chez elle : elle l’avait son adresse, plus dans sa tête mais dans son portefeuille, enfin, à coté, sur des découpages de papiers. Bien 75 ans au compteur, mais elle était belle comme une fleur de printemps ; j’étais de plus en plus maniaque, « up », dans leur jargon de psychiatres plus space encore que les patients.
– Merci monsieur, vous voulez entrer ?
– Pas le temps, je dois bosser ce matin.
– Un autre jours alors : tenez, demain ma fille vient, on prendra un thé ?
J’ai dis « ma fois, je risque bien de repasser alors. ». J’ai regretté le « alors ».
J’ai fermé sa porte et je suis retourné dans la rue.
J’ai levé la tête. Je n’avais pas de lunettes de soleil et le ciel pour un maniaco-depressif, « up », c’est trop éblouissant, tout est trop éblouissant, même le noir.
J’ai regardé la première adresse, sur la fiche jaune.
J’étais juste en face. 805, 809: bof, ils avaient le même arrêt, et j’y étais.
J’avais les seins d’Helsein dans les yeux, et ma chérie encore dans les bras.
J’ai sonné à la porte de l’immeuble, le premier de la liste.
On m’ a ouvert, un grand black, dans un superbe costume, il faisait bien une tête de plus que moi.
Il m’a regardé, scruté même, et, a près 5 secondes il a dit :
– C’est vous la boite de lavage ?
J’ai faillit lui mettre mon poing sur la gueule : je ne suis pas une boite merde !
J’ai juste baissé la tête.
Il a vu en suivant mon regard, le seau, et le balai, et le reste, et a arrêté les questions cons.
– Bon, il faut faire tous les ascenseurs : il y en a quatre.
Faites dans l’ordre que vous voulez mais faites les quatre, avant midi, le patron attend du monde, ce serait mieux que ça soit propre, nickel je dirais plutôt.
– Oui monsieur.
Il est reparti, dans son costume gris, trop petit pour sa carrure.
J’ai regardé les ascenseurs.
J’ai posé le seau et le balai, et la sauce pour faire propre.
Jamais je ne pourrais faire ce travail, je me suis dis, je suis pas fait pour laver.
Je ferais mieux de retourner chez Hampson. Hampson, il me plaisait moins qu’Helsein, mais lui, on se connaissait du lycée.
J’ai tout posé, je me suis mis devant la porte : elle s’est ouverte, bizarre : pour entrer il fallait sonner, pour sortir, c’était automatique, et je suis reparti en laissant tout sur place.
Je suis retourné vers chez la mamie, c’était pas loin, et entre ma chérie, les seins d’Helsein, et ceux de sa secrétaire, j’étais pas obligé d’attendre sa fille le lendemain.
J’ai sonné chez elle. Rien. J’ai re-sonné. Rien.
La porte était ouverte, j’ai poussé. Ça s’est ouvert.
J’ai refermé et je suis allé sur le trottoir d’en face. Je me suis assis par terre et j’ai pris la tête dans mes mains.
Il y avait un petit vendeur. Il est passé sur la route, et il m’a tiré la veste, et m’a demandé
– Tu veux quelque chose man ?
– Oui  mec, oui. Il me faut un truc pour une mémé.
– Et pour toi ?
– Moi, on verra.
– Elle a quoi ta mémé ?
– Je sais pas elle est juste vieille et fatiguée. Mais elle ne réponds plus.
– Alors, c’est le 911 ou de la coke, avec du thé.
– J’ai pas de tel, il me reste juste à peine 40 dollars, j’ose pas retourner chez elle comme ça, et j’ai soif.
– Ben man, en face tu aura des bières, ou du vin ou ce que tu veux.
Après, t’achète ma coke, et tu la réveille ta mamie. Un téléphone, je t’en ramène un, si tu me donne 20 dollars de plus. Je suis devant l’immeuble dans dix minutes si tu veux ? Il y a un supermarket en face.
– Ca marche pour tes plans mais j’ai que 40 dollars, rappelle toi.
– Bon le tel, tiens. Mais tu es la quand je reviens mec?
Il a sorti un iphone qui marchait lui, volé sûrement 1/2 heure avant, et qu’il n’avait pas pu refourguer encore: donc à moi les emmerdes de repérage, faudrait le jeter vite.
Et il est parti sur son skate.
J’ai traversé la rue.
Tout a stoppé. Je suis entré dans le supermarket : c’était bourré de monde. Un vigile black endormi ne regardait ni les gens entrer, ni sortir.
J’ai cherché le rayon alcool. Les bouteilles de Jack Daniels étaient protégées par un système d’alarme, sauf une, je l’ai pris, et j’ai traversé tranquillement la queue de caisse avec, comme si je venait de payer. Je suis sorti. Le vigile dormait toujours, et le fric, je le gardais pour la coke du petit.
Salut Irène, la, vraiment, à la prochaine.
Dans la rue les gens étaient tous avec leur téléphone.
J’ai pensé à maman.
J’ai ouvert la bouteille, et j’ai bu une grande rasade. Ce coup, j’ai même pas regardé autour, j’étais pas rasé, sale, presque un clodo, les clodos tout le monde s’en fout.
C’était chaud et bon. Plus sucré que l’Écossais de la veille et plus du coin.
Et je me suis mis à penser.
C’est con, mais a force d’écrire sur un clavier, la nuit, quand je pense, j’écris avec les mains
Quand je bois c’est pareil, si je m’affale.
Je tape sur de l’imaginaire, sur mon mon ventre ou en l’air.
Un jour sur mon ordinateur , j’ai vérifié, les yeux fermé. J’ai juste pris le clavier bien en face, je l’ai regardé cinq secondes j’ai fermé les yeux, et j’ai tapé : un poème : 50 touches de lettres et chiffres à peu près, un clavier quoi.
C’était correct, ce que j’ai tapé, à quelques touches près.
J’écris en aveugle, de toute façon, ce n’est pas moi qui vais aux touches, c’est elles qui obéissent. Les nuits, quand mon baby dort et que je n’y arrive pas, je me pousse pour ne pas la réveiller et je compose. Et je pense et je tape, nulle part, ou plutôt dans le ciel.
Et ça bouge vite.
Ma psy m’a dit :
– Dans ces cas la respirez.
Ce cas la, c’était juste un autre poème.
Je me suis re-assis sur le trottoir, j’ai repris une rasade et j’ai attendu le petit.
Elsein, franchement, je kiffais. Pourquoi Elsein elle revenait sans arrêt ? La secrétaire, la joggeuse, les filles, du vent, mais Elsein, toujours à me crever les yeux. Et je venais de me griller au premier ascenseur à laver.
J’ai reprit une autre rasade, ça faisait trois.
Et j’ai tapoté des haikus sur mon ventre, juste pour elle. Mais quoi ? On drague une future déjà ex patronne ? Alors j’ai arrêté de pensé et juste respiré, comme elle dit la psy, sur ce trottoir doucement, en fermant les yeux, la main serré sur le sac de ma bouteille.
Le gamin est revenu. Il m’a tapé sur l’épaule.
Je lui ai filé les quatre billets de dix : il m’a filé un gramme de coke dans un sachet.
– La mémé, tu ne lui en donne pas trop, de coke, et tu appelle le 911 si tu vois qu’elle flanche. Allez, salut, je rode toujours pars la, mets mon numéro dans ton tel. Il me l’a donné mais je l’ai laissé faire, les iphones j’y comprends rien.
– J’ai mis Bob, c’est pas mon nom, et demain ça marchera plus mais au milieu du merdier de ce petit con, tu me retrouvera d’ici la si tu as besoin. Le tel est plein de contacts : d’ici qu’il sonne…
Il est parti, avec sa casquette à l’envers, sur son skate.
Je me suis relevé : le sachet dans une poche, un tel dans l’autre, le sac kraft à la main et je suis retourné chez la mamie. La porte était restée ouverte, j’avais du mal refermer.
Elsein me hantait à nouveau : plus de respiration, de l’excitation, donc elle revenait.
Et mon bébé qui dormais sûrement encore.
Je suis rentré.
Elle étais dégagé sur son canapé la vieille, souffle court yeux fermés, narines exorbitées, verte. J’ai pris le tel, et j’ai fait le 911. J’ai raccroché de suite. J’ai cherché la cuisine, trouvé, trouvé tout. Casserole pour l’eau, théière, thé en sachets dans le buffet, sucre, j’avais la coke. J’ai allumé la cuisinière, mis l’eau dans la casserole, et j’ai laissé chauffer.
Je suis retourné dans le salon.
Ma mamie respirait toujours, maintenant couché en vrac sur son canapé.
Il me fallait encore quelques minutes.
J’ai mis les sachets lipton dans la théière et j’ai laissé infuser.
Je suis retourné voir dans le salon : ma mamie respirait encore, mais moins fort, moins vite, un souffle juste. Ma mamie… Je me sentais investi du pouvoir divin de lui redonner vie, comme Jésus avec Lazare. J’ai repris mon sac et une gorgée. Il buvais Jésus ? Oui sûrement, avec le coup des noces, il avait pas transformé du vin en eau, aux dernières.
J’ai trouvé 2 bols, et un plateau d’argent sur le vieux buffet louis 11. J’ai pris la coke et j’ai fait 2 rails sur le plateau. J’ai attendu que les sachets infusent et j’ai servi le thé.
Puis je lui ai foutu une claque.
– Réveille toi !
Une autre claque.
On (je) ne mets pas de gifle à des mamies, sauf si elle sont en train de disparaître.
– Réveille toi merde !
Elle a ouvert les yeux.
Elle a ouvert les yeux encore, s’est relevée doucement du fond de son canapé.
Elle s’est assit, doucement encore.
Je lui ai servi le thé, et j’ai amené le plateau.
– Du sucre avec ton thé ?
– Non merci.
Sur le plateau, les rails, ils étaient superbes, après quelques verres, je ne tremble plus.
– Respire, enfin, aspire ce truc par le nez, ça ira plus vite pour te mettre d’aplomb.
Ta fille a laissé des pailles pour le coca dans la cuisine, ou c’est toi, je ne sais pas, sinon mets cette poudre dans le thé, mais ça ira moins vite. Après tu fais le 911, et ils prendrons soin de toi, moi, je n’irais pas plus loin, je me tire.
Elle avait des yeux magnifiques : verts cernés de bleu foncé.
Mais effarés, perdus.
Alors je lui ai dit :
– Tu fais ça :
J’ai pris une paille et je lui ai montré.
Ca a pété dans ma tête.
J’ai dis :
– Fait pareil : c’est simple, tu aspires fort.
Elle a fini son thé. Elle m’a regardé comme pour dire « vous êtes sûr ? », et puis elle s’est penché, a pris l’autre paille, et a fait comme moi. Elle a eu un gros frisson et ça l’a remis debout sérieux.
– Bon maintenant, tu fais le 911.
– J’ai pas l’argent pour l’hôpital.
Ses yeux brillaient maintenant.
– J’en ai pas non plus, et ça, la poudre magique, c’était déjà mes derniers 40 dollars alors.
Elle s’est levé. J’ai cherché un peignoir, il était juste la, sur une patère. Je l’ai couverte.
– Tu vas te démerder ?
– Oui jeune homme.
Mais revenez donc demain, pour ma fille.
– Je vais plutôt…
Et puis, j’ai pas osé: elle tenait presque debout, le reste de la coke, ça l’aurai tué.
J’ai demandé le teléphone de sa fille.
Elle m’a dit :
– C’est dans le carnet, la.
Je suis allé à coté.
Sur son bureau il y avais bien un agenda, j’ai cherché et puis je me suis dit qu’il valait mieux directement demander le prénom de la fille, et son téléphone. Je suis revenu .
– C’est quoi son prénom ?
– Alexandra.
Elle s’est a nouveau affalé.
J’ai cherché.
A, A, A
Alexandra:, j’ai supposé que c’était le bon. J’ai gueulé « Alexandra ?
– Oui
Ok, un numéro et une adresse. Je suis revenu dans la chambre. J’ai remis du thé dans la tasse de la mamie, elle était restée assise mais elle vacillait. Une gifle de plus. Comment vous vous appelez ? Buvez !
Elle s’est relevé, et a pris la tasse : manifestement, la coke, c’était pas un bon plan, mais le 911, moi, j’étais pas capable.
Je me suis refait un rail et j’ai allumé la dernière clope qui me restait.
Après, je sais plus.
Je suis retourné dans l’entrée, ou il y avait le téléphone. J’ai tapé le numéro de l’agenda. J’ai appelé.
– Allo ?
– Allo ?
– Bonjour Alexandra, je suis chez votre mère, il faut faire quelque chose, j’ai fait ce que j’ai pu mais la, je ne sais plus, alors bougez vous le cul, si vous y tenez. La mienne de mère elle est morte hier. Appelez le 911. Moi je me tire, c’est trop dur, je l’ai ramené, je l’ai soigné à ma façon, ça ne suffira pas.
– Vous êtes qui ?
– Personne, j’ai juste pris soin de votre maman, maintenant, faites le, vous. Et j’ai raccroché, et je suis reparti, sans rien, chez moi.
J’ai claqué la porte quand même cette fois. J’ai marché. Le 805, j’en voulais plus, trop speed. Alors j’ai marché longtemps.
Helsein, je l’aurais bien revu, mais c’était mal barré, elle m’aurait jeté.
J’étais sûr d’être viré, et je n’aurai pas de deuxième chance. Alors encore des annonces et un rendez vous ailleurs, pour ma chérie , c’était tout de même ma chérie.

NY 4

Vite par se rabattre sur les despés, ou le vin, de l’écossais, il n’y en aurait plus.
Il y avait des chants d’oiseaux partout et je croisais de jolie filles presque toute avec leur mobile collé à l’oreille, et des couples de vieux a peu près tous avec des caddies traînant au bout de leurs bras vieux et fatigués. Si, une joggeuse au cul de pomme, m’a doublé, j’ai admiré.
J’avais oublié mes lunettes de soleil, le monde était brillant et taillé à la serpe.
Le mode maniaque, ça commence comme ça, comme le décolleté d’Helsein et de sa secrétaire, comme le cul de pomme, comme pas dormir aussi. Demain, sûr que je frôlerai les filles dans mon chemin, pour le supermarket, c’est l’inverse de celui de mon frère ainé quand il rentre a midi pour déjeuner. On est chacun à un angle de la Martin luther King Street, mais lui, c’est côté Adam Clayton PowellJr, et moi Malcom X.
Résultat, vu l’heure, on s’est croisé.
– Maman est morte.
– Je sais, je m’en occupe.
– Tu veux venir boire un café ?
– Pas le temps.
Mon frère n’a jamais le temps.
D’ailleurs il ne s’occupe de rien non plus, c’est l’autre, le con, qui avait du se charger des emmerdes.
Il a repris sa route, moi aussi. J’ai refait le coup des trois gorgées. Mes amis imaginaires finiraient la rue et la joggeuse, je ferai semblant de tenir son rythme et lui sourirai, histoire qu’elle enlève son walkman des oreilles et qu’elle me parle.

J’ai encore ressorti la bouteille. Déjà du coté à moitié vide.
J’ai fait demi tour.
La porte automatique du supermarcket s’est ouverte trop lentement, maintenant, je devenais speed, putain de manie. J’ai faillis lui envoyer un coup de poing.
Je suis rentré, et j’ai refait un sourire au vigile et posé mon premier sac dans une consigne, sans mettre de fric, j’avais pas de monnaie, et pas l’envie de passer par l’autre entrée pour avoir un jeton. Speed. Tant pis si on me fauchait mes premières courses, je commençais a délirer un peu.
Le vigile jouait avec un gosse, il ne m’a pas redit bonjour, occupé à faire semblant d’engueuler un petit pour une histoire de tétine sale qu’il ne fallait pas reprendre, et la mamie en garde du chiard gloussait. Il m’a adressé un sourire gêné en même temps, et a regardé vite fait mon caddie histoire de ne pas se faire engueuler par le patron.
Je suis allé direct au fond du supermarcket et j’ai pris du jus d’orange, un sirop « mojitos » et je suis remonté coté viande et plats cuisinés. L’allée, c’était celle des produits de beauté, j’ai acheté du lubrifiant, à tout hasard et pour que mon caddie ne soit pas vide, parce qu’après ça tournait : et encore 200 mètres dans le rayon alcool.
J’ai regardé, ca brillait encore plus que toute à l’heure et j’ai pensé « merde à Irène , merde aux A.A. », vive Hemingway
J’ai repris de l’alcool pour mon seul vrai ami : moi. Une bouteille de rhum, et du Lambrusco. Tout à l’heure ma chérie goûterai, elle aimerai sûrement: du rouge italien qui fait des bulles ?
Je suis ressorti et rentré avec mes deux sacs, dans ma Malcom X street

Baby dormais encore.
J’ai refais du thé. Je l’ai embrassé, fait cuire des pâtes, fabriqué de la sauce carbonara :c’est l’avantage d’être allé en Italie, d’être doué en cuisine et de lire, et d’être speed, et aussi de savoir taxer en douce des sachets de parmesan.
La table était mise. Le soin contrastait avec la vaisselle ébréchée. Tout aligné parfaitement, et des serviettes papier en origami de papillon.

10 minutes après, elle est sortie de la chambre, nue.
Je lui ai servi un thé et lui ai dit : « dans trois minutes on mange, deux, magne ».

Elle a fait la moue, a posé le thé, s’est tournée, a tortillé les fesses, puis est reparti dans la chambre. Dommage, j’aurai bien profité du spectacle plus longtemps et même tout le repas.

J’en ai profité pour réfléchir, en réalignant encore ce qui semblait de travers.

Une page par jour, ça doit être possible, vraiment maniaque, c’est 5 chapitres, alors.
Enfin, je travaillais tous les soirs et la, je sentais que je montais en pression.
Après, j’essaierai un autre éditeur, et encore s’il fallait.
J’avais juste pas envie de laver des ascenseurs, en fait.
Juste de faire des poèmes et des romans.
Et de donner tout ce que je pouvais à ma chérie.
Mais ce job, il fallait que j’y aille, j’avais vraiment besoin de dollars.

Ma chérie est enfin revenu habillée, enfin, avec un peignoir.
Dans la cuisine, ça sentait bon.
J’ai servi les pâtes, et mis la sauce.
J’ai ouvert le Lambrusco et nous ai servi tous les deux.
J’ai pensé « Salut Irène, ce coup, c’est vraiment bye ». Le nombre de fois que j’ai dit Bye aux A.A. Ce coup c’était comme les autres un »bye » provisoire, quelqu’un un jour me forcerait bien à y retourner, mais ça ne préparerait qu’un autre « bye » provisoire.
Mon bébé n’a même pas remarqué que mon verre était rouge.
On a trinqué.
55 jours : fini. La, c’était devant témoin : fini quoi.
Le problème quand tu passe en mode maniaque, c’est aussi que tu oublie tes bonnes résolutions, mais avec mon bébé, j’avais jamais rien caché, et celle la de bonne résolution, je la gardait. Sauf que l’honnêteté a deux tranchants, plus besoin de trouver des astuces pour mentir, de chewing gum à la menthe ou autres conneries qui ne font pas illusions longtemps, mais une barrière de moins.
On s’est resservi, les pâtes étaient trop chaude, puis encore. J’ai ouvert la deuxième bouteille de Lambrusco, là, ma chérie m’a vue faire. Elle a capté, m’a regardé, et ses yeux se sont mis à pétiller et à pleurer en même temps.
J’allais lui faire l’amour sans cesse, et des conneries aussi, elle était sûre. Elle avait vu le lubrifiant jeté négligemment dans la chambre. Les conneries, ça avait déjà commencé.

– Je veux sortir, elle a dit.
-Ben sors ?
– J’ai pas d’argent, et je veux acheter.
– Quoi ?
– Je ne sais pas, juste acheter.
– La semaine prochaine, j’aurai un salaire, mais la, on a rien baby.
Les pâtes finies, je l’ai pris dans mes bras, et j’ai viré son peignoir.
C’était chaud, c’était doux : Elle était chaude, elle était douce. Ok elle est trop maigre, mais c’est mon bébé. Et les gens qu’on aime, ils sont toujours beau.
J’avais encore trop de musique dans la tête.
Je l’ai posé dans le lit.
J’ai ouvert ma boite d’herbe.
Je suis allé chercher une clope.
Je ne fume plus depuis plus de deux ans, mais l’herbe, il faut la couper, alors il me faut du tabac, l’herbe pure c’est chaud, et les conneries, ça le devenait.
Je suis allé dans le salon, j’ai remis le pick up en marche, avec un autre disque, Lou Reed je crois, non, Babylon Bus de Marley et j’ai monté le son. Lou reed, c’est quand ça redescend, quand ça monte, c’est toujours Babylon Bus. J’ai rempli la pipe.
J’ai cherché un briquet et mis le feu, et ma chérie a pris une taffe.
Après, ça été une fin de journée d’enfer.
Après Marley, j’ai mis un disque français, en attendant le temps du Velvet : Je ne comprenais pas les paroles, juste le son.
J’ai laissé tomber.
Ma chérie était la. J’admirais.
Même trop fine, elle était belle.

Elle dormait doucement, couchée sur le coté, les cheveux en vrac, épuisée.
Je l’ai écouté respirer doucement et j’ai fini de planer en composant jusqu’à m’assoupir : l’herbe est un bon calmant, meilleur que les saloperies des hp
J’ai sursauté.
J’avais rendez vous le lendemain. Le réveil me disait qu’on y était au lendemain, j’avais du dormir et j’étais encore raide et saoul.
Helsein. MCE.
Je suis sorti du lit.
Je me suis lavé la figure, et après j’ai mis de la crème sur les yeux gonflés.
Et je me suis habillé, avec des fringues sales, la machine ne tournait plus : encore une raison de trouver de l’argent.

J’ai embrassé mon bébé, j’ai mis des chaussures, et je suis parti.

Expérimentation médicale improvisée

J’ai sauvé en la sortant avec un stylo improvisé en radeau une sorte de mouche rayée de mon mojitos.
Sur ma table elle zigzaguait fortement.
Mais elle s’est dirigée vaille que vaille vers des flacons de nicotine, les a escaladé, suçoté, puis s’est envolé.

apophtegme 2

Le temps efface tout, c’est dommage de le laisser faire à notre place, on le perd.

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