Monthly Archives: février 2017

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Cuba Chap 20 ( on va faire une pause.)

Dans deux jours on était à Cuba.

Chap plus loin ( 19 ?) One more time.

Une fois j’avais
Un petit jeu
J’aimais rouler
dans mon cerveau.

Ok, je ne traduis plus, je suis nul, à ce jeu.

Once I had a little game
I liked to crawl back in my brain
I think you know the game I mean
I mean the game called ‘Go Insane’
Now you should try this little game
Just close your eyes, forget your name
Forget the world, forget the people
And we’ll erect a different steeple
This little game is fun to do
Just close your eyes, no way to lose
And I’m right there, I’m going too
Release control, we’re breaking through

Release control, on va passer. Les portes de le perception Huxley non ?

Le ciel se remettait a briller, et Cecilia a rêvasser. 195°.Elle tenait le cap, ses seins explosait sous le pull.
Je suis retourné dans l’armoire. Il y avait des jumelles. Il me fallait un capteur,pour le phare sinon, ou s’échouerait n’importe ou, au mieux.
Radiobalise, j’ai trouvé en bas.
J’ai visé au jugé, mon estime n’était pas si mal.
J’ai rebranché le tel sur la batterie portable ( encore un vol mais bon), et compté.
Compté chaque seconde. On ne devais pas être loin de Key West.
Elle s’est rapproché. J’ai dit que je ne le dirais pas. Je ne le dirais pas nom plus.
Il me restait encore de la coke, et les milliards de Van Gogh
« Trouve un truc, sur ce bateau je suis perdu. »
Le Lsd disparaissait a peine., j’ai sorti un des A de ma poche, et j’en ai mangé un autre?
Tu en veux ?
« Non, ses seins fonce.
I had a little game
I liked to crawl back in my brain
I think you know the game I mean
I mean the game called ‘Go Insane’
Now you should try this little game
Just close your eyes, forget your name
Forget the world, forget the people
And we’ll erect a different steeple
This little game is fun to do
Just close your eyes, no way to lose
And I’m right there, I’m going too
Release control, we’re breaking througholaients.
Mes yeux, elle cherchait vraiment.
Pas moyen de lui faire comprendre.
« C’est Julia ma nana! merde!
Tu veux baiser, ou tu veux écrire ? »

« Les deux »
« On a déjà baisé, écrit maintenant ».

Cuba chap 18

La nuit tombait
Et Cécilia laissait tomber ses fringues.
En mer, on est mieux nu, et elle n’avait pas de pudeur.
Julia se peignait, dans la cabine du fond.
J’avais le cap, le port de Miami était loin, encore 2 miles et on serait hors des eaux territoriales
Il fallait aller à Key West, et puis au sud encore.
Key west cap 195°.
Après, la Havane 170°.
Sans compter les courants.
Et l’estime.
J’ai coupé le moteur.
J’ai hissé la grand voile.

Et j’ai tourné les yeux, Cécilia à se prélasser nue sur le pont du Catalina, j’avais pas envie de voir.
J’ai sorti le grand foc.
J’ai accroché, tiré.
c’est con, il y avait un enrouleur mais il était cassé.
La voile a claqué dans le début de vent.

« Cécilia ?
Mets une culotte, et vient m’aider, je ne peux pas barrer et faire le reste »
Elle a minaudé.
« Mets une culotte merde.
Prends la barre, et regarde le compas : reste à 195 »
Elle s’est retourné, et a cesser de me foutre son cul dans les yeux.
Elle est descendue dans la cabine, et elle est revenu, habillée.
« La barre ? c’est ce truc ? »
« Oui. Tu la bouge doucement, et tu regarde cet autre « truc », la, l’aiguille doit rester à 195, au moins 15 heures. Je viendrais te remplacer, mais là, ils y a des choses plus importantes, à moins que ça soit les requins qui t’importent »

Elle a fait la moue, et elle a poussé la barre a font.
La grand voile a dégagé. Le Catalina s’est couché. J’ai baissé la tête. J’ai gueulé.
« Arrête tes conneries ».
J’ai repris la barre, remis le Catalina grand large, J’ai pris Cécilia, sa main, sur la barre.
« Tu fais ça, et tu arrêtes tes conneries. »
Elle s’est collée : Même habillée, elle me cherchait.
« Comme ça ? ».
« Oui
Non, en bas il y a Julia, je l’aime. Toi aussi je t’aime, mais juste pour écrire, avec moi, à Cuba, rien d’autre, sinon fallait rester en Irlande. »
« 195:pigé ? Je vais voir ce qu’on peut manger. »
Jamais je n’aurais du l’attendre.
Je suis descendu
Les réservoirs d’eau étaient rempli.
Il y avait des boites de conserves : crabe, haricots, de la semoule. Pâtes, riz…
Le gaz marchait. Assez de vaisselle pour huit : un Catalina, 42 pieds, forcément.
J’ai trouvé du riz, une casserole, du sel, un briquet.
Du ketchup. Ça ne serait pas du homard ce soir, mais on mangerait
Je suis remonté.
Cécilia ne bougeait pas, Le cap était bon: dans 15 heures Key West.
Je suis redescendu, j’ai pris son pull, et je suis revenu lui poser sur le dos.
« Donne la barre, et enfile ce truc, tu as la chair de poule. »
Ma Julia se reposait: pas étonnant, deux mois sans dormir. Je l’ai recouverte de la couverture sous le lit de la cabine.
Et je suis remonté.
Je me suis collé contre Cécilia : Elle a frémit
« Donne la barre, ça s’appelle un quart »
Elle m’a pris la main, j’ai enlevé doucement.
« J’ai dit la barre, pas ta main. 
On va écrire c’est tout. »
« … »
« C’est tout », le reste on l’a déjà fait bien avant.
Elle a baissé les yeux et enfilé son pull.
« Va surveiller l’eau, quand ça bout tu mets le riz:2 verres. 15 minutes»

Le bleu s’assombrissait. Moi aussi dans mon tee shirt j’avais froid.
J’ai regardé derrière, à 0 degré. La polaire était déjà là.
J’ai coincé la barre.
Dans le salon, il y avait une armoire, et dans l’armoire, un sextant.
Ma montre, elle est calé sur une horloge atomique.
J’ai pris le sextant.
Je me suis assis sur le toit du Catalina, j’ai réglé.
Latitude : facile 25,10
Longitude, j’ai sorti le tel, l’heure. Et la calculatrice. Polaris disait -80 à peut près
On était a Key Largo, d’après mes calculs et la carte du salon.
Un quart du trajet. Ça allait plus vite que prévu.

« c’est cuit »
J’ai recoincé la barre, rangé le sextant, et suis allé réveillé mon bébé.
Cécilia faisait la gueule.
Pas dis quelle n’était venu que pour écrire.
Je lui ai fait une bise dans le cou.
A coté du sextant, dans l’armoire, il y avait d’autres cartes, avec les déclinaisons, et un ampli pour ipod.
Mais pas d’ipod. J’ai fouillé.
Sous la table, il avait glissé.
J’ai cherché des piles.
J’ai trouvé. Les gens sont tous pareils, ils cachent leurs objets juste la ou on les cherche, il n’y a que Poe, et mon Aston, pour déroger.
J’ai remis en marche le truc. Connard : sur l’ipod : Madonna, Rhianna, Loana, des femmes en « A ».
J’ai mis Madonna, je déteste mais son ex est un génie alors.
« Like a virgin »
Like, c’est sûr. Virgin…
Julia est venu s’installer. Ça faisait longtemps que je n’avais pas vu de regard de haine aussi 7.62.
On (j’ai) servi le riz.
Il y avait une bouteille de vin français, dans le mini frigo
Pas d’ouvre bouteille.
Je suis ressorti, regardé les autres étoiles, j’ai cassé net le goulot sur l’accastillage du Catalina.
On a bu.
Et mangé le riz au ketchup.
Après, j’ai recollé Ceci lia à la barre : « toujours 195, à l’œil, c’est huit heure avant Key West »

A Key West, quelques années avant, j’y ai vu le plus beau concert de ma vie. Clapton, avec Derek and the Dominos: Le morceau : « Keys to the highway ». Comment prendre le large sur une île grande comme un petit doigt ? Il n’y a pas de highway, rien. Flagger avenue, c’est tout, comme la « diagonal » à Barcelone.
Deux trois bars, un marchant d’article de pèche, un starbuck, une supérette : la fille était belle, endormie sur sa caisse.
Mais le concert…
Winter l’a fait, « key to the highway » les Stones aussi, ça ne m’étonnerait pas que les Guns s’y soient amusés. Little Big Bronzy, Keith Ritchards, robert Cray, Jeff Beck….
Le concert, de la magie.
c’est con de ne plus avoir que Key West comme balise pour changer de cap.

I got the key to the highway,
Billed out and bound to go.
I’m gonna leave here running;
Walking is most too slow.

I’m going back to the border
Woman, where I’m better known.
You know you haven’t done nothing,
Drove a good man away from home.

When the moon peeks over the mountains
I’ll be on my way.
I’m gonna roam this old highway
Until the break of day.

Oh give me one, one more kiss mama
Just before I go,
‘Cause when I leave this time you know I,
I won’t be back no more.

Key West, tout compris, en long, ça fait 4 miles. Avec l’Aston, j’ai fait trois fois le tour avant la fin de la chanson.

J’ai récité.
J’étais seul, à la barre, les filles traînaient en bas.

J’ai repris le sextant.
24,80°
Longitude pas moyen d’être plus précis toujours -80, et j’en avait marre des calculs, des sinus, des équations
Islamadora, à l’oeuil . Bon dieu qu’il allait vite le Catalina.
Je suis redescendu. Les filles étaient enlacées, dans Thésée.
J’ai ressorti le sac de coke, et me suis fait un rail : Rien.
Alors, j’ai pris une des seringues, me suis fait mon mix, et j’ai piqué. Ça a explosé la. Je pouvais garder le bateau.
J’ai tourné la tête, en gardant le cap.
Alderamin, Errai.
J’ai quitté Cephée, pour le Cygne.
Le cygne c’est une merveille.
La tète, c’est Deneb ( la queue donc) puis Giena, et au fond Albireo. Et la voie lactée.
En mer le ciel est clair.
Pourquoi la tête c’est la queue ?
J’ai boogé encore un peu : Altair, juste en dessous. L’aigle
Les trois belles de l’été. Tu parles. Ca dépend où et quand, on est. 24,80°. J’ai refais les mesures, on descendait encore. Après Key West, il fallait changer de cap, sinon le pacifique à mourir.
La coke ne suffisait plus.
Je suis allé chercher Cecilia.
« Tu as compris le quart, c’est ton tour, moi je me couche »
« Tu veux pas te coucher avec moi ? »
« Merde non ! On écrira, c’est tout »
Elle s’est frottée, je l’ai poussé
« Va la haut et garde le cap : 195, il ne reste que quelque heures, après on tourne »
Elle s’est frotté plus fort
« Me fait pas chier, jamais j’aurai du t’attendre »
« Tu viens écrire, ou coucher ? »
Elle s’est relevé.
« Les deux mec, les deux ».
« ben je t’ai dit 
Je te prends pour écrire, je suis amoureux, tu pige ça ? 
Elle dort à coté, j’y tiens

« Avant tu n’étais pas comme ça ».
« Je ne suis pas différend »
J’ai pas envie de faire du mal c’est tout »
Elle s’est relevé, elle a posé son pull, son soutien gorge, baissé son jean, et tombé sa culotte. Elle m’a embrassé. Elle m’a caressé. Je n’ai plus su quoi faire.
J’ai laissé mes mains courir sur elle.
Putain d’ipod avec du Madonna.
J’ai invoqué hendrix
De toute façon, j’étais juste en descente, l’acide, c’est bien douze heures, ça faisait six
Elles s’est posée sur moi.
On était au dessus du sol.
On volait, on respirait le bleu noir de la nuit, et chaque étoile entrait et faisait tout exploser.
J’ai pas envie de raconter la suite.
J’ai repris le cap.
On avait bougé, 190, je n’avais plus la longitude.
Des années avant, un jour en mer, j’ai attrapé mon amante, dans la petite mer d’Europe le « maditairané », je pense. Cabine avant, vagues, câlin. Quand on est ressorti, la fille du skipper sifflait une chanson française «  Elle préfère l’amour en mer ».
J’ai pris de la crème anti soleil, et je lui ai dessiné un lapin sur le dos, à la gamine.
Le lendemain, elle avait des coup de soleil partout, sauf sur le lapin.
Et on était coincé. L’ancre était indécrochable, aux « balarbe », je ne sais pas le dire des îles la bas, dans la petite mer.
J’ai pris un masque, et j’ai plongé, en suivant la chaîne.
8 mètres, 10 mètres, 12 mètres, 15 mètres, 18 mètres, 20 mètres, 22 mètres, 25.
Plus de souffle rien mais l’ancre était la, bloquée. J’ai tiré : rien. Alors, j’ai doucement manipulé, elle s’est décoincé des roches, Et je suis remonté. Pas mort. Le skipper a rembobiné. On est parti.
Je ne sais pas quand je vais mourir, mais ça, c’est limite.

J’ai repris le sextant, et mon téléphone.
Plantation key
Encore un peut au sud, et toujours vers -80 en longitude.
Pas de lune. Ciel de plus en plus noir. Tant mieux, elle arrivait mes copines
Sheliat et Sulafat
Alkaid, Alioth, Mizar Merek…
J’aime bien que la première étoile de la grande ourse s’appelle Alkaid.

Cuba chap16 (yeah yeah one more time)

Julia resplendissait
Martha savais.
Faire.
Il ne fallait qu’attendre Cécilia,15 heures, et les reproches.
Je suis redescendu dans le garage. L’Aston brillait sous les halogènes.
J’ai ouvert le coffre
Vide, ça tombait bien.

Et ça a mal fini.
Pour elle : Cecilia 1
L’oxycontin, c’est plein de merde : ca bouche les veines, même si tu filtre, et même si tu fait très attention. Du talc dans des vaisseaux minuscules, ça bouche.
Et tu es paralysé.
Ces cons le font exprès.
Plus de doigts.
Plus de sensations.
Juste un shoot, encore, encore, et encore.
Jusqu’à disparaitre.
Je suis naïf.

Tous les jours, au bar, à menton ( oui, j’avais fait un détour) je regardais descendre Lise.
Enfin, je l’appelais Lise. Du soleil, et un ange qui illuminait la route chaque jour,en robe blanche, à 10 heures
Avec John ( ça ne s’invente pas John Dupont) le barman.
On jouais.
Un jour, je me suis levé, j’ai posé la bière, et je suis allé voir cette fille, dans le chemin.
J’ai traversé la route. Je lui ai pris la main, je lui ai dit « Ich libe dich, Y love ou, Shalom, je sais pas, je t’aime  kisivem»
Ses yeux m’ont fait presque tomber. Mais j’ai serré sa main. Elle était plus chaude et douce que tout ce que j’avais pus rêver.
John, au fond, était perplexe. Il est fou lui aussi.

Elle a souri et accepté une invitation, pour le soir même, sur la plage.
Pour le soir, c’était loin.
En fait, c’était surtout mon herbe qui l’intéressait.
Pas moi.
Dans l’AM, je suis allé boire un verre, dans le centre ville.
Je me suis retrouvé à 2 mètre d’une femme, âgée ( forcément 50 quand tu à 20…), avec trois amies(?)
J’ai rapproché mon fauteuil.
Elle a congédié ses amies.
On a parlé.
Elle n’a donné son adresse, et un rendez vous, pour le soir.
Le soir, j’y étais.
Lise m’attendait (enfin, mon herbe, encore que son cul….)
On a parlé ( j’ai les lettres dans ma chambre)
Mari barré, impuissant.
Elle me draguait.
J’étais con.
Elle a sorti une boite d’acajou.
« Mon Boulot, c’est courtière en pierre précieuses. Ca vient de Ceylan »
Imagine.
1 heure du mat.
Des centaines de pierres bleu.
Elle offre.
Ses yeux disaient « reste ».
J’aurais du rester.
Elle m’a donné une bague en or.
Plus désirante que ça, tu meurt.
Elle m’a pris la main.
Et elle m’a dit « investi dans l’or ».
Et elle a raconté », des dizaines de turquoise sur son bureau. Ceylan, les courtiers, la moitié poli et taillé, l’autre brute.
J’avais pas un radis.
Le lingot en septembre 49 000 francs
Plus tard, « j’y reviendrai », je suis rentré, j’ai dit à ma mère « achète de l’or »
Elle m’a ri au nez. Pas d’argent.
Septembre 49 000 $
Noel 105 000 $
J’ai trop vécu.
Je suis épuisé.
De ces hauts et bas, que j’amplifie avec l’alcool.
Au entre de traitement des addictions du Texas
Sur les bancs, tout le monde fume : ce n’est pas comme ailleurs.
Et fume…
Ou c’est des shoot.
Caché les seringues et la coke, dans les faux plafond.

John, il m’a logé, à l’époque.
Sa fille, une hollandaise magnifique, l’a quitté.
Elle m’a écrit un ans après
D’Amsterdam : modèle
Et puis plus rien.
Je pleure ok, mais il y a des raisons
L’année d’après,
Je suis allé a paris.
Et j’ai retrouvé le gars de la plage de Menton: serveur
Il n’avait pas le temps de parler.Café, café café rosé…
Je suis sorti.
J’ai acheté un flask au magasin français d’en face. j’en ai volé un autre.
Je suis revenu.
Paris brillait, je n’étais venu que pour lui.
Mon café était encore chaud.
Je lui ai demandé les toilettes.
J’y ai tout bu.
Et je suis parti, en pleurant, encore.
Des jours je me demande en quantité, s’il y a plus de larmes que d’alcool.

Je veux juste aller à la havane, et écrire des poèmes, et boire de Mojitos.
La je me perd.
Ca va vraiment trop vite.
« One more time. »
J’ai encore invoqué.

Yeah, keep your eyes on the road, your hand upon the wheel
Keep your eyes on the road, your hands upon the wheel
Yeah, we’re goin’ to the Roadhouse
We’re gonna have a real
Good time

Non. C’était « give me a women »
Give me a witness, darling, I need a witness, babe
I got the poontang blues, yeah
I got the poontang blues, yeah
Top of my head down to the bottom of my cowboy shoes, alright
Perdu c’était pas le bon.
J’ai réinvoqué

Build me a woman, make her ten feet tall
You got to build me a woman, make her ten feet tall
Don’t make her worthless
Don’t make her small, right, oh, come on
You got to build me a woman, make her ten feet tall
Build me a woman, make her ten feet tall
Don’t make her worthless, don’t make her small
Build me someone I can ball all night long

Quand j’invoque, ça vient, toujours.

Cuba chap15

Bleu.
Par dessus la crasse, le soleil donnait du bleu.
J’ai bougé doucement, et j’ai laché l’épaule de Julia.
Elle a grogné, s’est retournée.
Je me suis levé, et j’ai remis mes fringues sales. Pas de peignoir à ma taille, pas de peignoir du tout d’ailleurs.
Je suis passé dans la cuisine, fouillé. J’ai trouvé une casserole, et de l’earl gray : jolie boite.
J’ai fouillé encore : des biscottes suédoises.
Dans le réfrigérateur, du beurre, et dessus, du miel.
L’eau bouillait.
J’ai fait des tartines.

Julia, elle ne mange rien le matin, sauf si je lui fait des tartines ou que je vais acheter un Bagel.
J’ai fouillé encore plus : un plateau. Et une théière. J’ai fait le thé.
Pas de Martha : de toute façon, à 15 heures, on serait parti. Pas de diego non plus:ils devaient prendre l’air.
J’ai tout installé sur le plateau, et je suis revenu dans la chambre.
Un baiser, un autre, ses yeux me sont tombé dessus comme un tsunami.
Je n’ai pas laissé tomber le plateau. Je l’ai posé, et je lui ai mis tous les coussins derrière. Dieu qu’elle était belle.
Je l’ai relevé, et lui ai mis le plateau sur le ventre.
Ses yeux me sont retombé dessus
J’ai pleuré
Elle a sourit
Elle a dit merci
Elle a bu son thé
Mangé ses tartines
Elle mangeait, je la dévorais
Je suis allé chercher un bol pour moi, et j’ai partagé le thé
Le bleu montait
Ma Julia, elle était vivante
Le soleil a fini par s’encadrer dans la fenètre
Je suis sorti de la chambre pour retrouver mes lunettes de soleil.
Je suis revenu
Elle était nue, sous la couverture ses seins son ventre son sexe me racontaient l’histoire du monde
Le bleu montait encore, et j’ai pleuré encore
« On se barre à 15 heures »
Elle a sourit
« Comme tu veux mon amour ».
« On attends Cécilia, et on dégage. »
« C’est qui ? Cecilia ? »
« Une ex, elle veut venir écrire »
« A cuba, mais vous êtes malades ? »
« Elle s’en fout, elle ira ou je vais 
Tu a lu Frankenstein ?»
« ??? »
« Je te ferais lire à Cuba »
« Mais cette fille ? »
« Ma femme c’est toi, t’occupe pas de mes anciennes, il faudrait des années. Tu es la, c’est le présent, je ne la lacherais pas, mais c’est toi que j’aime »
Elle a posé son bol, elle a levé ses yeux, m’a regardé. Ca disait tout ce que tu veux, c’était tellement délavé que ça ne pouvait pas être un mensonge. Elle s’est redressé, ses seins on bougés, à peine. J’ai repleuré.
Je suis reparti dans la cuisine.
Martha était en silence, sans le « dring », rentrée, avec diego. Sourire encore.
Onze heure. Encore Quatre a attendre.
Un autre sonnet
Un cookie
Un rail
Martha m’a pris la main
« Tu es un vieil homme. Et ce qui t’attend, c’est la mer »
Tout était dit, voila ce que j’allais faire à Cuba.

Cuba chap14

Je suis revenu au présent.
Diego galopait, on rentrait, il suffisait de suivre Amélia Street, et d’oublier les Cécilia.
Pavillon. Dring.
On est entré. J’ai posé diego.
J’ai doucement dit « Martha ? »
Elle est arrivé, toujours en sourire.
« Ta femme est debout, je l’ai retapé,
Il faut partir là, sinon tu va avoir des ennuis, et moi aussi. »
« Mais il y a une fille qui veux écrire, elle est en Irlande, je l’attends ? »
Je suis passé dans le salon. Julia resplendissait : Elle enfilait des escarpins. On pouvait partir d’Orlando, mais j’attendais Cécilia.
J’ai rappelé.
« Tu veux écrire ? Je t’attends deux jours, après faudra chercher »
« Je veux écrire, attends, je prens un vol, je serai où es tu ? »
« Orlando, mais ça finira mal, après deux jours, sinon Cuba. C’est la que je vais »
« Attends moi s’il te plait »
J’ai expliqué à Martha le plan. Elle a encore sourit, et elle m’a dit « Ne bouge plus, vous partirez tous les trois, mais ne bouge plus ».
Je me suis collé contre Julia.
Et je n’ai plus bougé.

J’ai écrit dans ma tête.
Un autre sonnet.
C’est facile.
Ca ne vaut rien.
Ca passe le temps, j’avais deux jours.
Je me suis doucement relevé, embrassé mon coeur, et je suis aller chercher au fond du salon le reste de porto. Putain, il me fallait de la coke.
« Martha ? »
Un autre sourire, sorti direct de la cuisine.
« T’as pas un dealer ? »
« « J’ai dis, tu ne bouges pas »
« Oui, moi non, mais…. »
« Si, mais tu ne bouge pas »
Elle est sorti, encore ce « dring »
Je suis retourné au canapé.
J’ai enlevé les escarpins rouges de Julia
J’ai posé mes mains sur elle.
Je l’ai soulevé.
Je l’ai posé dans la chambre de Martha.
J’ai ouvert la fenètre, ça sentait le ranci
Et je me suis posé contre elle.
Enlacé.
Collé.
Teléphone, encore.
« J’ai un vol, je suis a Orlando demain 14h 50 »
« Je ne bouge pas, on écrira ensemble »
Il me restait six boites d’oxycontin.
Dans la cuisine, il y avait un pilon : le lp, faut le briser.
J’ai écrasé 3 comprimés
Pilé, citron.
J’ai cherché une cuillère.
J’ai chauffé
Et je me suis piqué : C’était l’opposé de ce que je voulais, mais Martha n’était pas revenue, alors.
C’est quand j’ai plongé dans les rèves du dragon, quelle est rentrée
« Tiens connard »
Je me suis relevé des songes.
Elle m’a donné son petit sac.
J’ai ouvert.
J’ai titubé vers la cuisine, et pris un couteau
J’ai vidé un gramme
Je l’ai aligné
« T’as une paille ? »
« T’es vraiment con mec »
Elle m’a donné une paille de jus d‘orange, neuve.
J’ai pris le rail.
Ca explose.
Je me suis retrouvé réveillé, et plus saoul.
Je suis sorti sur le balcon, il y avait encore du porto.
« Cecilia arrive demain ».
« Tu me l’a déjà dit ».
« Je ne bouge pas promis »
J’ai fait un autre rail.
Et puis, j’ai repris une seringue, et je me suis envoyé la coke direct dans le cerveau.
Martha m’a pris la main.
« Faut arreter tout ça mec, tu veux écrire, c’est pas comme ça que tu y arrivera. Prends ta femme, ton amour, je ne sais pas. Attends l’autre, une ancienne je parie. Va à Miami, vole ton bateau, file a cuba. Et écrit, écrivez. »
La coke, en shoot, ça monte vite, très vite.
J’avais dix romans dans la tête.
Et trop de mémoire.
La Cécilia des poubelles, elle devenait quoi ? Je sais doser, mais ce genre de truc, c’est pas fiable.
J’avais promis de ne pas bouger, mais cette fille derrière une poubelle, comment ne pas s’en inquiter, et quoi faire ?

Speedball. Ah sûr, j’étais bien barré. J’ai embrassé Martha, refermé le sachet de coke. Et je me suis recollé contre mon amour. Coke : plus question de dormir, Julia, trop épuisée pour avoir envie de faire l’amour.
J’ai compté.
C’est un truc con
Tu compte
« 1 » : des que tu pense à autre chose :
« 2 » : des que tu pense à autre chose :
« 3 »
Etc.

Cuba chap13

Avant la Sicile et Julia, j’avais quelques dollars d’héritage. Une cousine, qui ne m’avait pas oublié.
Cancer du colon. Elle suivait un protocole. Le genre de truc qui te tue en te faisant croire que tu vis.
Elle le savait, qu’elle allait crever, alors elle avait dispatché ses actions, ses options. J’aime les gens qui, avant de mourir, ouvrent un tableur, mettents les noms, leur affection, des pourcentages, et arrivent à des nombres.
Moi, ça faisait 47 222 dollars (c’est ce que le courrier disait), largement de quoi quitter mon squat, mon appart. En fait j’aime les gens tout court, et je donne, mais la, c’était bienvenue ce fric. Mais à quel nom ? Le mien était grillé , j’avais largué un passeport pour la junkie : je n’en avais plus que quatre. Et aucun d’hautentique.
Le téléphone a vibré.
Impossible, un prépayé, personne n’avait le numéro.
J’ai décroché.
« Salut, je suis une amie de Franck ».
« ??? »
« Cecilia. »
« Cecilia ? »
C’est revenu .

Un « Canon » comme on disait au MIT. Les vendredis, des pipes, à tours de lèvres. Je n’ai jamais joué a ce truc. Mais je l’aimais bien Cécilia. Et pas ma queue. Son front, et un baiser.
Blonde vraie, j’ai vérifié, douce et perdue.
« Quoi ? »
« J’en ai marre, je veux écrire »
« Ben on est deux mais la, je promène un chien , je suis amoureux, et je ne taille pas de pipes. Enfin, pas encore. Tu es où ? »
Elle a raccroché.
Bon dieu Miami s ‘éloignait, et Cuba encore plus.
Le chien.
Cécilia en vrac.
L’autre Cécilia pire.
La femme de ma vie.
Les caissières.
Le chien l’Aston Martin avec 5 milliards, un bateau à voler.
J’ai recomposé le numéro.
« Cécilia ? Je suis en bas d’Amélia street, viens. »
« T’es con ? Je suis à Kilkenny, au fond de l’Irlande, je ne risque pas d’être la dans les 5 minutes »
« On t’attends : tu veux écrire, tu viens. 
Mais j’ai ma nana, et je suis amoureux, pas de plan foireux. »
« Même… » « NON ! Pas de même, tu viens écrire, c’est tout ! »
J’ai raccroché.
J’ai respiré.

Sur Amélia street, j’avais bousculé un gros riche, et piqué son porte feuille. Tout à la poubelle sauf les dollars.

J’ai trainé mon Diego, et je suis allé dans un bar, Wi-fi.
J’ai rechargé le tel. En fait, je suis allé un mile plus loin, et j’ai baratiné, et volé un tel haut de gamme. Carte sim, google. Ca roulait.

Petit, je sifflais dans les téléphones. Ils y croyaient les téléphones.: bonne fréquence, et je ne payais pas mes appels.Blue box après.

J’ai relu le courrier qui trainait dans ma poche. Il fallait monter à Topeka, au nord.

Avant Julia , au lieu de travailler, je me promenais.

J’avais pris un billet, avec un passeport Joe Down, pour l’Europe. Arrêt à Copenhague
Du fric. Un hôtel 3 étoiles.
Et des histoires. Nikita, ou Zoé.
J’ai traversé la France à pieds
Pour Barcelone.
3 mois.

A Barcelone, je suis allé dans un bar à putes, Madre levito.
Je n’aime pas l’idée de « putes » ( et quand je dis « je n’aime pas », c’est pour rester poli), mais c’est dans ce genre de bar que personne, un fois bu ton verre, ne t’emmerde.
J’ai pris une bière. C’était du Tarantino (de la pisse quoi) J’ai raconté l’histoire au barman. Il n’a pas rit.
J’ai fini la 86.
Je me suis levé.
Diego a compris qu’on partait, il m’a sauté dessus.
On a traîné en descendant les Ramblas.
Dans les oreilles, Jean Leloup, le Canadien.
Nul. Il pas trouvé les ecstasy : c’était si simple : la troisième à gauche : en face du mercato de la Boqueria.
Je n’ai pas pris la troisième à gauche.
Je suis rentré dans le marché.

Enfin, j’ai essayé.

C’est devenu un lipogramme. Sans « Je ».
Le marché était plein, ça sentait la viande, le poisson, les fleurs, les épices, et la sueur.
Tout les vendeurs criaient.
C’était humide et chaud, par endroit étouffant.
Les clients s’excusaient de se cogner.
Le safran brillait.
Les thons aussi, les bonites, et la viande, entre les poivrons, les aubergines, les courgettes, les haricots les pois chiche le
Lambrusco ( pourquoi du Lambrusco en Espagne?)

Cuba Chap12 ( ou comment s’éloigner du sujet)

Je me suis relevé. J’ai repris le livre, remis tous les dessins dans l’enveloppe. Au fond du garage, il y avait l’escalier pour retourner dans le pavillon.

Je suis monté.

« Martha !»
Pas de réponse.
« Martha ! »
Elle est arrivé, toujours en sourire.
« Tiens, cache ce truc. Un Van Gogh, chez Christie, c’est 80 millions de dollars le tableau. C’est des croquis, et c’est de lui. Alors soit tu enlève un zéro parce que c’est petit, sans couleurs, soit tu en rajoute un parce que c’est inconnu. Après, tu multiplie par 65 , ça fait plus de 5 milliards».

Elle a pris l’enveloppe, elle a ouvert, et regardé.
« Tu veux faire quoi ? »
« Tu as de la ficelle ? ». Elle a ouvert un tiroir, et m’a tendu une pelote.
J’ai bricolé une laisse.
Tout vibrait trop vite. J’ai enveloppé soigneusement dans la ficelle de coton Diego, enroulé trois fois le reste sur mon poignet valide, j‘ai tâché de siffler, histoire de faire le maître, et je suis sorti. Pas besoin de tirer, c’est lui qui galopait.
La cloche du pavillon a fait « ding ».

Après un mile, une fille m’a accosté. Blafarde, anorexique même, les yeux rouges, mal cernées par trop de marscara.
« Tu viens chérie ? »
« Non, je ne viens pas, je vais à Cuba, mais avant, je promène le chien
Tu veux quoi ? »
« Te donner du plaisir mon chou »
« Bon, t’as ta dope ? Tu veux une seringue ? »
« J’ai rien, viens mon chou »
«Mon chou mon cul ! Bouge pas : tu entends ! Bouge pas, je reviens »
Je ne lui ai pas laissé Diego, les junkies faut rien leur laisser.
J’ai pris le chien dans mes bras, et je suis entré dans la station Shell, à dix pieds.
« Bonjour madame ».
La caissière a levé l’œil, trop bleu.
« Je cherche une pharmacie, et un sandwich »
« Les sandwich, c’est là, mais… » Elle a baissé les yeux et la voix. « Ils sont dégeulasses »
« Ca Madame, je m’en doute, mais je ne vais pas la laisser crever
Vous pouvez me garder mon chien dix minutes ? »
Elle m’a souri, son bleu en a dégouliné encore un peu plus, mais finalement, ça cachait ses pattes d’oie.
Je lui ai passé Diego, frétillant, par dessus le comptoir. Elle l’a caressé, et mis entre ses jambes, sous la caisse.
« La pharmacie ? »
« Au bout d’Amelia street, à gauche »
J’ai mis la main dans mon dos : plus de petit français, Franck l’avait « détruit » comme il dit. Il faudrait faire autrement.

Dehors, il y avait la lune, et Vénus. En regardant mieux, Jupiter se couchait, et mars était invisible, mais je savais qu’il était là.
Il faisait déjà trop jour pour en voir plus, des étoiles. J’ai récité leurs noms.
Trops d’alcool, plus de mémoire, je connaissais 120 noms, et presque autant d’histoires. Il ne m’en restait qu’une 30aine.

On a marché, le long d’ Amélia Street.
Tous les 10 mètres, Diego pissait, il n’avait pas voulu rester avec la caissière. Les chiens marquent leur territoire, il paraît.
Tous les 3 mètres, je regardais le ciel : Et je retombais en souvenir dans mes mythes. Arctcurus, le Bouvier, ses chiens de chasse, pour protéger sa mère contre Hercule, derrière. Cassiopée, qui ne branlait rien, sauf à viser Mirach, encadrée par Almaak et Alpheratz. A un doigt à droite, Andromède. Bref, j’étais autant dans les étoiles que diego a lever la patte sur chaque arbre.
L’air était frais. Tant mieux, pas de fontaine pour plonger la tête dans l’eau.

Je suis arrivé devant la pharmacie sans idées.
J’ai fait le tour des rayons. Il y avait deux caméras, ça risquait d’être chaud.
La pharmacienne comptait de petits papiers verts.
« Bonjour madame, mon chien est malade, je dois lui faire une injection par jour, mais j’ai cassé la seringue, une petite vous voyez, genre pour diabétique »
Elle a entassé ses papiers verts, et m’a dit « je vais vous chercher ça monsieur ».
Elle s’est levé lentement, et direction l’arrière boutique.
J’ai contourné le comptoir.
Les pharmacie, je connais. Des rayons, des rayons, des rayons. Par ordre alphabétique.
A, B, C… O : Oxycontin, j’ai ouvert le tiroir, pris les 7 boites de 30 mg, et je suis retourné devant le comptoir.
« Voila » elle a dit en revenant avec sa boite de seringues, « C’est 2 dollars. »
J’ai fait semblant de fouiller dans ma poche.
« Zut, j’ai oublié mon porte feuille,je suis très pressé, mon chien va mal, je vous laisse mon passeport ? Je repasse demain.»

Franck m’en avait donné 5, des passeports : celui là serait pour la bonne cause.
Elle l’a pris, et m’a donné les seringues.

J’ai remonté Amélia Street.

La fille était vautrée la ou je l’avais laissé.
« C’est bon. Ne bouge pas »
Je suis re-rentré dans la station Shell.
Diego a sauté par dessus le comptoir, aboyé. Ça a réveillé la blonde au bleu.
« Merci madame, il me faudrait aussi un briquet, et un café »
« La machine est là, et les briquet, à gauche. »
« Il me faut un vrai café, avec une tasse en porcelaine, et une cuillère, je sucre, vos trucs plastique, c’est imbuvable »
Elle a soupiré, s’est levé, est passé dans la salle adjacente. Je me suis assis sur le seul canapé sky propre. J’ai attendu.

Elle est revenu avec un café brulant. J’avais volé le briquet, et pris la cuillère acier.
« Ou sont les toilettes ? »
« Au fond, à droite. »
Je me suis levé. Le temps qu’elle retourne à son comptoir, je suis sorti avec Diego, et ma cuillère.

« Tu t’appelles comment »
« Mon chou… »
« Tu t’appelles comment, merde, j’ai tout »
« Cécilia »
Je l’ai soulevé par les aisselles, elle sentait l’aigre et la mort, et elle ne pesait rien.
Il y avait une ruelle.
Je l’ai posé contre une poubelle.
Oxycontin, eau d’une flaque, cuillère, briquet, ça bouillonnait. Pas très hygiénique, mais au point ou elle en était.
Seringue.
Pas de ceinture.
« Vire ton soutien gorge »
« Mon chou »
« Ta geule mon chou, donne moi ce soutien gorge ! »
Elle a enlevé son tee shirt des Ramones, et j’ai dégrafé.
Je lui ai fait un garrot de fortune, en nouant les bonnets.
« Serre le poing.
Serre.»
Il n’y avait presque plus de veines, j’ai massé, j’ai trouvé, j’ai piqué, elle a respiré.
Diego attendait.
J’ai embrassé Cécilia sur le front, prié pour elle un dieu qui n’existe pas, et on est rentré.

Cuba Chap11

C’est idiot, dès que je rentre dans une librairie, tout revient.
Je suis retourné au roadster, avec mes sept livres.
Diego a remué la queue.

Les livres: un polar, deux compilations de Yeat, fripées, l’intégrale d’Ezra Pound, et deux inconnues. Inconnues enfin, c’est toujours des inconnues : Sylvia Plath, « Collected Poems ». Suicidée.
Le dernier je n’ai pas regardé. Quand on pleure, on ne voit rien.
Si, en fait, j’ai regardé, c’est celui qui sentait le plus fort: Salammbô. Et je me retrouvais 3 jours en arrière avec Matho, dans les faubourgs de Carthage.
En fait, j’avais pris aussi des poèmes de Lalla Romano. Ça faisait huit.
Incompréhensible. Une page en Italien, en face, une traduction. Même pas doué : ça ne collait pas.

Alors, j’ai reculé.
Ma tête, c’est un magnétoscope. Marche, arrêt, pause, avance rapide, retour au début.
Mode recul rapide.

Le V8 tournait. J’ai fait caler la Virage. Son ronron calibré me donnait le tournis.
Silence. Enfin, pas au fond de mon crane.
J’ai invoqué : j’ai composé.

Il fallait arrêter les conneries, filer cher Martha, mettre Julia dans l’Austin, Prendre un truc pour Diego, et filer à Miami, avant le soir.

J’ai redémarré l’Aston, façon Franck, deux fils, une étincelle.
Regardé les plaques bleues, à chaque carrefour, et suis redescendu jusque chez Martha.
Ce roadster, j’étais de moins en moins sûr que le plan « La lettre volée » était une bonne idée.

J’ai même fini par trouver que c’était une très mauvaise idée.

A 500 mètres de chez Martha, j’ai viré à droite, dans une impasse incolore.
Je suis descendu de la Virage. J’ai sifflé. Diego a levé une oreille, puis est descendu aussi.
Il m’a suivi, a pied, jusqu’au pavillon.

« Alors, cette voiture ?»
Martha avait ouvert la porte avant même que je sonne.
« C’est qui lui ? ».
« Diego, je l’emmène ».
« Ok, il pue. »
« La voiture, j’ai merdé je pense. Mais elle est toujours la, à côté »
« Entre ».
« Donne moi à b… ».
« Non ! ».
Le salon était encore empli de la senteur ocre des cookies.
Entre sauver les gens, et cuisiner des gâteaux, elle ne devait pas se reposer.
Le son était trop fort. Je me suis assis, en premier. J’ai tourné la tête pour repérer d’où ça venait. C’était surtout ma tête qui tournait : la télé, elle était en face.

J’ai respiré, doucement, comme j’ai appris à l’hôpital.
Je me suis enfoncé dans le canapé, et j’ai posé les mains de chaque coté de mes cuisses.
« Eh monsieur ? Dessine moi une chèvre ».
Fox News Channel venait de faire un break d’infos.
Le gamin à l’écran, de la pub, et du St Exupéry.
Sauf que c’est un mouton, dans St Exupéry.

Franck m’a toujours filé plein de disques. J’ai invoqué. Pas St Ex : une copie. Un français. C’est revenu : juste avant de « C’est le Concorde ».

La pub a finit. Fox New Channel a reprit ses infos.

Mes mains n’étaient pas au même niveau. La gauche surtout.

J’ai tourné les yeux, la tête, les épaules.
Forcément : à gauche, Julia était presque contre moi. Entre une cuisse et un divan, il y a tout de même bien 8 pouces.

Elle souriait, réparée par la grande Martha.
Remaquillés, ses yeux donnaient le noir de l’enfer. J’ai sombré. Enfin, j’ai chaviré avant de sombrer.

Elle m’a enlacé, j’ai viré mes mains, elle m’a embrassé, j’ai remis mes mains.
« Bébé ? On y va ? La ou c’est ton truc».
« On y va. Dans quatre heures on sera sur le bateau».

J’ai cherché la télécommande, je ne l’ai pas trouvé, alors j’ai laissé Fox News Channel débiter.

Julia s’est collé sur mon épaule.
On est resté un moment immobile.

Une porte a grincé. J’ai ouvert un œil.
Martha était devant moi, dans son tablier de coton fleuri.

« Mec, j’ai ouvert le garage, et sorti ma Ford. Il y a de la place.
Va chercher ton bolide, rentre le. Je fermerais, on ne le verra plus. Vous partirez plus tard. »

Je me suis levé. Julia s’est allongé dans le chaud de ma place, Diego à ses pieds. C’est vrai qu’il puait.

Je suis passé dans la salle de bain, pour me rafraichir. Lavabo. Eau froide sur la nuque. Pas de serviette, ça sècherait seul.
Je suis sorti.
Et je suis retourné à la Virage.

J’ai refais le plan Franck. Deux fils, une étincelle, un ronronnement. Le V8 m’a ramené devant le pavillon.

Une fois rentré, j’ai cherché la fermeture du garage.
« UP, down », j’ai pris Down.
Le portail s’est mit en marche. Fermé.

Le jaune de l’Aston ne serait plus dans les yeux de passants curieux.

Au fond du garage, il y avait un établi, des outils, et trois vieux essuie glaces .

J’ai allumé l’autoradio. Dedans, un CD de Nina Hagen. J’ai monté le son, et j’ai cliqué jusqu’à arriver à « Naturträne ».

Je suis retourné à l’établi, la voix de Nina repeignait la pièce en ultraviolet.

Avec une pince, j’ai coupé un essuie glace. J’ai arraché le caoutchouc. Avec une lime, j’ai affuté la lame de métal.

J’aurai mieux fait de remonter, et de reprendre ma Julia, et un cookie, mais la curiosité.

Deux morceaux d’acier, mes mains : le coffre de l’Aston n’a pas tenu 15 secondes.

Un sac noir, un sac à main, un livre, et une grande enveloppe.
Le sac noir, je n’ai pas regardé. Le sac à main: Un permis de conduire avec une jolie blonde, une carte de résident(e), des photos d’enfants, Et 36 dollars. Le livre : Vincent Van Gogh : Le brouillard d’Arles Carnet retrouvé.

J’ai ouvert l’enveloppe de kraft.

Dedans, des feuilles de compte jaune. Et des dessins.
J’ai déchiffré une feuille.
Le Français, je ne vais pas vite.

Café de la gare de Soulé Arles.
20 mai 1890
Madame Duchary demande si
illisible.

Putain ! Arles ! 1890 !

J’ai posé la feuille et pris un dessin.
Je me suis accroché à la portière, j’ai monté le son, puis assis pour ne pas tomber.
Il n’y a que Van Gogh qui pouvait faire ça.
Sauf qu’il n’existe pas de croquis de Van Gogh.
J’ai vidé l’enveloppe : mis de côté les notes, et compté les images. 65. Signées, en bas à droite « vincent » en minuscules tremblées.
J’ai repris le livre, et feuilleté.

J’ai repris les images.

Le livre parlait des images. Il faut être con pour ne pas piger plus vite: Carnet retrouvés.

Je suis resté par terre un moment, à reprendre mon souffle.
J’ai rouvert les yeux, et vérifié.
A mon avis, j’avais dans les mains 65 trésors.
C’est pas une Aston que j’avais volé, c’était un musée.

Cuba chap10.

J’avais dépassé Lake Eola. Trop au nord pour chez Martha. J’ai fais demi-tour.
Sur Ridgewood street, un starbuck, et une librairie.
Les starbucks, c’est pas mon truc, mais les librairies si.
J’ai garé la Virage.
J’ai dit “Diego, pas bouger !”.
Il a levé la tête, et s’est recouché.
Je suis sorti du métal chrome, pour du goudron, puis une porte verre et acier, une sonnerie à l’ancienne, et le sourire étriqué d’une gamine, que sa mère avait du poser, en remplacement, comme caissière.
Dans les librairies, ça sent le papier.
Et le papier,ça sent bon.
Je n’y vais jamais, trop cher. Tout est trop cher quand on a zéro vrais dollars.
Mais il y avait un rayon “Sold”.
J’ai reniflé.
Sonnerie. Personne. Sonnerie. Personne. J’ai volé 6 livres, mais j’étais de nouveau dans mes souvenirs.

Et les souvenirs.

Quand Julia s’est réveillée l’allemande était partie, plus son cul mais l’adresse.
Je l’ai pris par la main, Julia.
Je l’ai trainé chez Polani.
Sonnerie à l’ancienne aussi.

Les sonneries, c’est des remonte-souvenirs.

J’ai tapé sur le carillon, j’aime le son.
Julia tenais juste contre moi.
Je voulais la poser sur un édredon, un truc rouge, genre Van Gogh, et l’embrasser.

Un sicilien pur race est arrivé , pour le coup, au comptoir.

“Che volete ?”
“Una stanza.”

“E ‘al primo piano, 113.
Qui sono le chiavi.
Mi paghi subito 5000 lires”

Perdu. Son italien était aussi mauvais que le mien. Encore un qui arrivait d’ailleurs.

J’ai sorti quelques billets, posé sur le comptoir, et pris la clé.

On, enfin je, est monté.

Je l’ai posé, ma chérie. C’était loin de la chambre de vincent, à Arles. Pas l’édredon prévu, juste une couverture mal lavée., une chaise, et un lit simple. Et pas de bar.
Je suis redescendu, j’ai re-sonné le faux italien.
“C’est crade : vous avez une femme de ménage, ou un balai ?”
“No domestica prima di domani
La scopa, lo è.”
Il est repassé dans son arrière salon, puis revenu avec une balayette, et une pelle.

“Tiens Monsieur”.
Décidément, il était Sicilien comme moi Grec.

Je suis remonté avec sa balayette.
J’ai tout posé dans l’entrée.
J’ai glissé un fauteuil jusque devant le lit.
Je me suis assis.
Je l’ai regardé, Julia.

Son coeur palpitait doucement. Ca faisait tout vibrer.
20 ans avant, je jouais de la guitare. Une Gibson, l’ampli: un Peavey, à lampe, à fond, je cassais les vitres. Mais la Juste elle, ça cassait les vitres.
Je me suis décidé. J’ai posé mes lèvres sur son frond. Je suis descendu doucement. J’ai remis une main sur sa joue.
Je l’ai embrassé, j’ai poussé un peu son chemisier, et mis la main sous son soutien gorge.
Décalqué.
Pour le coup, la Sicile était rayée de la carte.

Cuba chap9.

“Pour Miami, c’est presque 4 heures de route.”
J’ai sursauté.
Martha avait les mains douces, mais ma tête était si sensible que juste sa main sur mon front, cétait déjà trop.
Je me suis redressé. J’ai pris cette main, qui m’avait réveillé. Je l’ai serré, et ouvert les yeux.

“Cool, mec, cool. Faut juste que vous trouviez une voiture”.
Je suis sorti de mes rêves.
“J’ai lavé les fringues de ta nana, c’est sec. Elle, je l’ai mise dans mon lit. Rhabille la. Après ?”
Je me suis levé du canapé.
J’ai massé mes tempes.
“Il y a encore du Porto” ?
“C’est pas comme ça que tu va… C’est comme ça que tu n’arrivera jamais ou tu veux”.
Elle est allé sur son balcon. Elle est revenu, avec sa bouteille, me l’a tendu. Le porto n’attendait que de me donnner les idées. J’ai bu chichement. Les idées étaient là, il ne fallait que ne pas trop trembler pour ouvrir une portière, et pas trop avoir peur pour le faire.

Elle m’a accompagné dans sa chambre.
J’ai sorti mon bébé du lit.
Martha m’a donné ses fringues.
Je l’ai doucement caressé, ma Julia, puis je lui ai enfilé ses dessous, ses dessus.
Ca a fini par la réveiller, et arrivé au jean, elle était assise, baillait, mais elle tendait ses jambes.

Les filles, c’est compliqué. Rien que pour les habiller, il en faut des tonnes, de tissus.
Mais c’est si doux, de remettre de la fausse peau sur qui on aime.

Martha regardait. Elle souriait.

“Tu descends la rue. Jusqu’au Women center. Tu tourne à gauche: Winnie Palmer Hospital.
Après il n’y a que des hopitaux, des junkies, et un paquet de belles américaines. Tu trouveras. Je vais lui faire du thé. Pas de souci.”

“Je reviens”.

J’ai encore resserré d’un cran ma ceinture. Et je suis sorti du pavillon, en évitant de faire trop de bruit.

“Martha” ?
“Oui”
“Je t’aime”.

“Sûrement, mais celle que tu aime vraiment, elle est à côté, je m’en occupe. Avance. Tu as déjà oublié” ?

Plus d’infos. C’etait le jour, la nuit ?
Ciel gris, lumière: le jour alors.

J’ai marché entre les poubelles, direction le sud ( c’est ma montre qui me l’a dit) en cherchant “Women center”.

La lumière montait. Un gros immeuble s’est imprimé dans le décor. Donc, il fallait tourner à gauche.

Une gamine passait, avec des bouteilles de lait vide.
“Bonjour : je cherche Winny Palmer: l’hopital” ?
“La bas monsieur”.
J’ai encore marché, et encore entre des poubelles.
Orlando, c’est pire qu’ailleurs. Le soleil ne passe pas le mur de crasse. Mon jaunasse, c’est une litote.

J’ai trébuché sur un clochard. Pas moyen de faire, dans cet état. J’ai marché lentement, en respirant, et en comptant mes pas.
C’est revenu.
Sérénité.

Colombia street : une Aston Martin Virage. Ça détonnait dans le décor. Edgar Poe a défilé dans ma tête : la lettre volée. La seule voiture qu’on voyait, c’était forcément la bonne.
Portière ouverte. De toute façon, un coupé ouvert ou pas. J’ai arraché l’alarme. J’ai arraché le démarreur. Et j’ai fait ce que Franck m’avait apprit. Dix secondes, et le V8 ronronnait.
Le réservoir était plein, pour Miami c’était ok, et s’il n’y avait pas eu de flics, à 280, ce n’était pas à 4 heures.
J’ai mis ma ceinture, et doucement, remonté la rue.
Un V8, une Aston, tu composes juste avec l’accélérateur.
Au premier feu, un chien traversait, pas sur le passage, miteux, petit, crins longs et sales, truffe grise, poils blancs, yeux gris, oreilles à l’envers.
J’ai ouvert la portière de droite avec un claquement de langue et un clin d’œil : il relevé le museau, accéléré, sauté dans le roadster, m’a léché le nez, et s’est lové sur le cuir fauve. Bon : on serait trois alors.
J’aime les chiens : tu leurs dis n’importe quoi, juste au ton de la voix leur queue est au rythme de ton désir.

On est remonté tous les deux chez Martha.

J’ai encore ralenti. La Virage était tellement jaune que rouler vite était le meilleur moyen d’être contrôlé, et ce n’était pas le moment.

Le feu devant était rouge. J’ai fermé les yeux en arrêtant le bolide.
Le feu, les miens aussi passaient au rouge.

– Amoureux.
– Amoureux de Franck.
– Amoureux de Martha.
– Amoureux du chien.

J’aimais Julia.
Et je voulais Cuba.

Il allait falloir combiner tout ça.

J’ai caressé le clébard, et je lui ai donné un nom, pour que ce ne soit plus juste une boule de poil.

Quand je cherche un nom, je récite l’alphabet. 26 lettres. A chacune, il y a du monde.
A: Corset velu de mouches. Non.
B: Brigitte. Oui et non.
C: Catherine. Plus jamais, mais il y avait aussi Colorado, Cathéter, Cosmétique, Cuisine, Carton, Crème…
D: Diego.

J’ai regardé le chien. J’ai dit “Diego”. Il a tourné la tête.
On ferait la route avec Diego.

Cuba chap8.

« Enfin faim ». C’est ce mot que Franck m’avait donné : paronymie.

Martha est retournée dans sa cuisine. Je suis resté dans son salon.

Mais je ne sais plus ou est l’important.

Julia ?
Cuba ?

Le dernier truc que je faisais, avant de me faire virer, de mon appartement, pour défaut de paiment : un tryptique.
A la Jérôme Bosch. Sans le talent.
J’ai pas la tête d’un primitif flamand.

Mais :
– Olga.
– Volga.
– Vodka.

– Olga, je lui ai laissé mon lit. J’ai dormi à côté.
A l’époque, j’avais pris des photos. Pour peindre. Elles se déshabillait, couche par couche, , j’appuyais sur le déclencheur.
– Vodka, je connais, avec Franck on en avait même fabriqué.

Avec un bidon, trois tuyaux, du gaz et de la glace.

-Volga, ce n’est qu’un rêve.

4 ans avant de draguer Julia : devant une pizza.

Julia, l’histoire :

J’étais entre Palerme et Cefalù.
L’avions nous avait posé à Catane, et le bus faisait sa pause.
Catane c’est noir. On dirait une vieille française.
Juste à coté du belvédère Termini Imerese.
« Quattro stagione ?»
« Si »
« Chianti » ? 
« No : vino verde ».

Elle est arrivée. A l’oeuil, d’Espagne, genre Ibiza.
Elle s’est posée : raide bourrée de ces trucs que je ne connais pas.

J’ai respiré, tiré ma chaise, et suis allé à sa table, avec le vino verde.

« Bonjour ?
Buonjiorno ?
Hello ?
Good Morning ?
Zdravo ?

Elle a ouvert les yeux, elle n’a rien répondu, elle a souri. Pas sûr que c’est à moi qu’elle à souri.
En Sicile, il fait souvent chaud, et ce mois de juin était particulier.
Donc :
Elle a ouvert les yeux, et je les ai regardé, elle a souri, et je l’ai regardé.
Et toute la Sicile s’est embrasée.

“Quattro stagione ? E possibile de me la doubler ?”

La serveuse n’a pas compris.
J’ai parlé avec les mains.

“J’ai changé de table”. Elle a compris.
“Je suis avec elle”. Elle a compris.

“La pizza : 2 pizzas, les mêmes. Une pour elle, et la mienne.
Et le Vino verde pareil.”

Elle a compris et elle à compris. Elle s’est retounée direction les cuisines.

Julia était déjà repartie dans ses rèves. Et je la regardais toujours.

La fille, sûrement pas un sicilienne, trop grande, trop blonde, trop maquillée, trop pâle, est revenue, dans son tablier, avec le deuxième vino verde.

J’avais son sourire, le vin, et devant, mon cœur battait si fort, que c’était sûrement la fille de ma vie.

J’ai pris la première bouteille, et je nous ai servi.
J’ai tendu la main.
Je lui ai effleuré la joue.
Elle a rouvert les yeux.
Et la Sicile embrasée a explosé.

Elle a pris son verre, il est tombé sur le carrelage noir, des éclats partout, et le vin qui enchantait la lumière.

J’ai pris sa main.

“Sir, la pizza sarà Prete in dieci minuti”.
“Grazie… enfin thank”.
Elle n’était définitivement pas Sicilienne. Allemande, ou Hollandaise, Danoise : du Nord de l’Europe en tout cas. Inutile de s’empétrer dans nos mauvais Italiens, j’ai repris l’américain.

“Vous faites hôtel”?
“Non”
“Et” ?
“En face, chez Polani, ils ont des chambres”
Elle à rosi, l’allemande.
“C’est pas pour vous Mademoiselle”.
“Mademoiselle”, je l’ai dit en Français.
Elle a rosi un peu plus.
“Je vais vous chercher les pizzas, mais je dois mettre propre avant”.
Elle avait déjà sa pelle, sa balayette, et sa serpillère.
Elle s’est agenouillée.
J’ai baissé les yeux: devant j’avais un cul. Son cul, et pas des pires. J’ai relevé les yeux, serré un peu la main de Julia que je n’avais pas laché. Elle s’est réveillée, et là, c’était pas un cul, c’était le feu.
On a attendu les pizzas, sans rien dire, l’allemande partie, avec son tissus taché, et les éclats de verres.

C’est comme ça que ça a commencé.

Cuba Chap7

C’a y est, c’est demain. J’ai convoqué Gallagher et Hendrix. Ca brule dans ma tête. Je reprendrais bien Chopin, mais mon bébé a toujours MC5 dans les Oreilles : pour ne pas mourir. Et moi,je n’ai qu’a invoquer : en plus ça ne me crame pas les oreilles, je mets le volume que je veux, c’est dedans.

C’est quoi ce plan : écouter sans cesse, à fond, des pré punk, pour ne pas mourir ?
J’ai jamais bien compris, mais quand Julia m’est tombé dans les bras, j’ai encore moins compris : j’ai pris.
Je n’y connais rien, mais, les fille comme Julia, on les prends vite dans ses bras.

Elle se levait. Dans son jeans. Rien en haut. Ses seins bougeaient comme la lune, doucement.
Je me suis bougé, et je lui ai passé un thee shirt.
J’ai eu le cadeau de ses yeux. De son sourire.

On n’a pas fait de bruit : Martha dormait.

J’ai mis une casserole au gaz, histoire de faire du thé.
J’ai fouillé:mes poches, le sac plastique.
Le frigo.

Martha devait être aussi au A.A. En tout cas rien à boire dans son réfrigérateur. Juste un mot, sur le même papier que Franck : « Never pick up a jug of alcool ». Encore une citation, inversée. Les citations, c’est bien, mais ça ne te remplit pas le ventre.
J’ai ouvert les volets, la fenêtre du salon, j’ai ouvert la porte, j’ai ouvert les yeux.
Martha n’était pas présente, et je ne voulais pas savoir si elle dormait, si elle était morte, ou juste au marché.

« On verra demain » : on y était, demain. Il y avait des œufs, posés en vrac. J’ai ré-ouvert le réfrigérateur. Rien , même pas une tranche de bacon. J’ai re-fermé violemment. C’était un frigo américain : j’ai laissé tomber la glace, et je me suis barbouillé avec.
Le thé était prêt, et Julia souriante, dans ses chaussures volés.
Je nous ai servi un bol chacun.
Je préfère le café, mais il y a des matins ou il faut faire des sacrifices.
Et là, Julia: a peut près rétabli, pas loin de Miami, du bateau.

La porte d’entrée à grincé.
Martha est entrée
Avec un gros sac, et un petit
Elle a sourit, dis bonjour, et s’est installé dans la cuisine.
Putain, elle me plaisait cette black : On ne couche pas avec sa mère, mais des fois….
Grand sac : une dinde.
Et petit. : du bourbon.
« Aide moi pour la dinde : plume, sinon, pas de bourbon. »
J’ai vérifié d’un œil que Julia s’en sortait, entre le thé et les escarpins.
J’ai plumé la dinde, et j’ai bien bu la moitié du bourbon.
Elle rigolait Martha.
« No problem, continue, j’en ai d’autre »
La dinde plumée, on l’a passé sur le gaz.
Et Puis dans un plat, au four.
« Aide moi pour les patates » et elle m’a donné un couteau.
Je déteste les objets mal fait. Un couteau, ça doit couper. Ce truc de la Nouvelle Orléans était une merde.
J’ai fouillé dans un tiroir, et j’ai trouvé de quoi aiguiser.
Quand la lame m’a rasé, je me suis mis à éplucher.
– Une dinde.
– 2O patates.
– Du tabasco ( j’avais vérifié).
Juste encore soif.

« J’en ai encore du Porto tu sais : juste là, sur le balcon. Mais pour ton bateau, et le reste, tu ne le feras pas dans cet état»

J’ai ouvert la porte du balcon, pendant que tout grillait doucement.

C’est trop sucré le Porto, j’ai quand même descendu la moitié d’une bouteille. Mais oui, Martha avait des réserves.

Je suis rentré, Martha est venue avec moi dans son salon. On s’est posé sur son canapé. J’ai regardé mon bébé.
On a parlé, en attendant.
La cuisson.
Et ma chérie.

Ca sentait fort, la dinde, après la veille, aux madeleines. Mais je salivais. Enfin faim ?
Franck m’avait apprit un mot : et là je venait de m’en servir.

J’y arriverai, à Cuba.

Cuba chap6.

« Hello, les cookies sont prêts, arrivez quand vous voulez ».

Franck était encore plus fort que prévu.
« C’est bien»
J’ai déchiffré la suite de son papier.
« Au 612? On est vers la gare. A gauche, à droite, j’ai oublié » 

Orlando c’est pas grand, mais quand tu es tout petit, tout devient grand.
J’ai fermé le téléphone, et encore refouillé mes poches. Il n’y avait rien de moins qu’hier. Et j’ai remonté mes lunettes de soleils, qui n’étaient toujours pas la.

J’ai attendu encore.

« J’éteins le four, et j’arrive, monsieur ».
Elle avait une voix toute en aigu. Genre la reine du la nuit, avec un la à 445. Mais c’était chaud, brulant même. Je n’aimes pas « torride », mais ça pourrait convenir.
Au hasard, j’ai dis «  ça sent bon chez vous ». Avant de capter, elle m’a dit merci. Puis raccroché.

J’ai encore attendu.

Elle allait arriver, obligé.
Je pleurais : pas moyen de lire son nom sur le papier.
Merthe Marte Marthe ?

Je n’aime pas attendre. Alors j’ai pris ma bouteille, puis je l’ai posé.
J’ai regardé Julia.
Et j’ai composé.
Un sonnet : pour rire.

Autrefois, avec Franck, on passait les journées à parler, mais il y avait des règles.
Un jour en décasyllabe.
Un jour en octosyllabe.
Un jour en alexandrin.

Pas le droit de s’échapper.

Il avait volé un livre. A 17 ans : en stage pour l’armée, à South Indian Lake.
Je n’ai jamais compris pourquoi les stage de guerre, c’était au Canada. Lui non plus, mais il volait des livres, alors.

« Traité de poésie ». Entre quelques bières et ses copines, on avait lu. Les putes, ce n’était pas mon truc, alors j’avais du temps.
On connaissait les mots. Le temps nous a donné la suite.

Alors voilà : quand je n’ai qu’a attendre, je fais un sonnet.
4 4 3 3.
Alexandrins.
Les rimes : abba abba ccd eed
c’est Marotique ( c’était écrit dans le livre), j’ai regardé les autres mais franchement, pour improviser, c’est celui là le plus simple.
Je n’ai jamais lu Marot. Il n’est pas traduit ici, mais on me l’a récité, et il en reste des bribes.
Enfin, on s’amusait bien.
Et aujourd’hui, je m’amuse encore.

J’en était au premier tercet : Rien de bien intéressant. Le téléphone a sonné.
« Allo : c’est Martha, je suis en face ».
Je ne suis levé, j’ai pris la main de Julia, on a traversé la 315. Devant, une Ford ou une Lincoln, je voyais mal, clignotait.
Martha a ouvert la porte avant. J’ai ouvert la porte arrière et j’ai posé ma chérie.
Je suis monté.
« Ceinture s’il te plait. ».
Elle a doucement roulé jusque devant son pavillon.
Martha, une black ( j’ai regardé) mais pas le même format que celle du squat, de loin. Opulente. Et souriante. (Il faudra que je révise ma théorie sur les sourires)
Elle s’est garé, a cliqué sur un bout de plastic qui a mis de la lumière partout, et ouvert la porte.
On est entré.
Dès l’entrée, on repérait la cuisine, à l’odeur des cookies.
On s’est installé, et elle est sortie, puis revenue avec une bouteille de porto. Julia dormait encore, mais moi, j’ai pris volontiers son verre. Le porto, c’est à peine moins beau que les turquoises.

Grenat. Un jour, ma mère m’a donné une boucle d’oreille en or, avec un rubis. Celle la, elle n’a jamais cassé.
« j’ai fait du thé
Alors ? Franck m’a raconté, un peu : c’est quoi votre plan » ?

Je lui ai tout redis. A peu près.

Elle n’a pas compris, mais elle n’a pas posé de question.

« On verra demain ».

Elle s’est levé de son divan pas très frais, a virevolté dans sa robe en coton imprimé, regardé doucement ma nana qui dormait encore, a demandé si je voulais autre chose.

« On verra demain ». C’est ok.

Cuba chap5 ( je ne dis plus rien)

Drôle d’odeur. Ca me disait quelque chose.

Thé vert de chine.
Franck n’a jamais fait les choses à moitié.
Un regard circulaire. Julia dormait encore.
Le four chauffait, je le sentais, pas loin. Sûrement des madeleines.
Petit, Franck et moi on lisait Proust : Tout à jeter, sauf les madeleines. Alors on jouait à les cuisiner. On a fini par y arriver.

Le ciel bleu ne me donnait pas l’heure. Mais au moins, c’était passé, la nuit.
Franck est arrivé. Enfin, disons qu’un immense sourire est arrivé.

Il a passé sa main sur la joue de mon bébé. Elle à rosie. S’est doucement réveillée.

« Allez les jeunes ! A table ! »

Il l’a aidé à se relever, et posée sur une chaise, dans sa cuisine.
Il lui a servi le thé et donné du sucre. Elle ne prends pas de sucre, mais ce serait peut-être utile, ce jour.

Et il est venu me voir.
« C’est quoi ce flingue ? »
Je me suis rassis.
« Rien, t’occupe ».
« Mais ça va pas ! 
C’est un flingue. Même ici, si on le trouve, c’est pas Cuba, c’est la tôle.
Tu me fatigue, avec tes conneries.
Tu veux aller à Atlanta, chez les flics, avec ça ?
J’ai des menottes ici, ça sera plus rapide.
On en reparle, viens déjeuner. »

Première fois de ma vie que j’avais mal au crâne.
Je me suis levé, je me suis assis. Thé, madeleine, et Julia.

Je lui ai demandé une autre clope. Au point ou j’en étais, j’arrêterais une autre fois.
Il a mis un autre disque sur sa platine.
Allman Brothers. Un live. Unplugged. Los Angeles. Come on in my kitchen.
Et il est revenu se servir son thé.

« Tu ferais mieux de venir dans ma cuisine »: on y était dans sa cuisine.

Mais les Allman. Un jour, à Pensacola, j’avais acheté des places de concert. Juste après leur meilleur album. Ils sont venus. On attendait. Leurs camions ne rentrait pas. Ils sont repartis. Pas de concert.
Alors un live unplugged, et un morceau de Robert Johnson, je ne crache plus dessus. Je fais moins la fine bouche.

Après la dernière madeleine, Franck m’a pris par la main, et posé sur son canapé. Julia se rendormait doucement, avec l’earl gray dans son nez.

« Ton flingue, je l’ai détruit.
T’es encore plus con que con.
J’ai regardé.
Il y a un bus pour Atlanta ».
« J’ai pas les dollards ».
« Moi je les ai, et t’es mon ami , alors tu y va,
Et tu reste propre
De toute façon, j’ai déjà pris les billets.
Après ; ton chapeau et tes dollars, et Miami.
Et ton bateau, tu te démerde : vous y arrivez.

Écrire : c’est chiant:l’orthographe au moins : il me parle, il me dis « tu ». Faut un « s » à l’impératif » ?
Julia reprenait vie, et le seul ami que j’ai jamais eu avait réglé la plupart de mes soucis, et évité les autres.

« Ne regarde pas le frigo. Il n’y a rien dedans.
Et Sinon, d’Atlanta, si tu es perdu, j’ai une amie à Orlando, c’est juste avant Miami : j’ai appelé : elle vous logera ».
Il ma donné une feuille de papier, avec un nom, et un téléphone, griffonné.
Il a proposé la salle de bain à Julia.
Elle s’est rafraîchit.
J’ai décliné la même offre : de toute façon, j’étais sale partout, un peu d’eau n’y aurait rien changé.

Il nous a indiqué la direction.
A pied encore, jusqu’au terminal de bus.
J’avais les billets. On est monté dans le 608. On s’est collé l’un contre l’autre, et on a dormi.
A un moment, on se détache. Plus de flingue, pas d’alcool, juste cette fille contre moi, et le bruit du moteur. J’aurais préféré un train. C’est régulier, le clac des rails, tous les 144 mètres : ça berce.

Ca a sonné dans les amplis : on était à Orlando.
J’avais encore tout merdé. Tant pis pour mon chapeau, et mes 250$. Atlanta, je n’irai plus: quand on rate un arrêt, on rate un arrêt.

On est sorti dans le soleil. J’ai pris la feuille de Franck. J’ai appelé. Enfin…

J’ai rien appelé. Le téléphone prépayé était trempé : Eau, thé, bière ( Franck s’en était envoyé une ?) alcool ?

Plus de tél. Il allait falloir recommencer, ou se débrouiller.

« Julia ? »
« Oui mon amour. »
« Tu tiens debout ? »
« J’ai mal, mais je tiens debout » 
« Mal où ? »
« Mes jambes. »
« Tu es fatiguée
Demain, les 5 jours de câlins dans le bateau. »

J’ai avancé sur la Armway center.
Franck avait dit juste à gauche.
« Pas du côté du lac ? » Non , enfin, non »: le petit lac «  Eola », pas le grand., tu vas à gauche :
« A gauche tu viens de me le dire ».
« Armway station, et puis
Pine street. »
« Pine ?
T’es vraiment trop con. Pine ? T’es encore perdu dans Apollinaire ?
Arrête ça, ou tu n’arrivera pas. »
J’avais tout en mémoire.
Et le numéro.

« Viens.
Pose toi là ».

J’ai mis Julia devant une poubelle, et je lui ai demandé si elle pouvait geindre.

J’aime Julia parce que quand on fait l’amour, elle donne tout, mais elle est simple.
Il suffit d’écouter : au pire de demander. Mais « feindre », c’est comme moi, mot banni.

Elle m’a regardé, puis elle a commencé à avoir mal, pour de faux.
Ca a fait du bruit. Un putain de bruit.

Le patrons du Starbuck est sorti. Celui du Mc Do aussi.
Tel 112. J’avais trois minutes pour braquer les deux.

Dedans direct. Au milieu des sandwichs, au fond, mon Jack, et en sortant, un autre téléphone. J’ai mon mot de passe : je retrouve tout, il suffit de commander un café ou il y a du Wifi, et du Wifi, il y en a presque partout.

La police est arrivé ( évidemment : le 112).
J’ai tout planqué.
« Pas de soucis, elle est diabétique, je viens de lui donner ce qu’il fallait. »
Soupçonneux, ils ont noté nos noms, prénom adresse, tel. Et ils sont repartit.

J’avais de quoi avancer.
Sauf la coke. Mais je n’étais pas sûr que cela soit nécessaire.
Ni l’herbe.
Ni le Whisky.

Je l’ai repris, ma Julia, dans mes bras, je l’ai tiré. On s’est posé contre un talus.
Vert.
Plus vert que vert. Genre Véronèse.
Dans les bras. J’ai fait attention à ce qu’on n’ait l’air que de touristes égarés, et pas de clochards . ( Orlando c’est plus le Texas, mais ils sont aussi cons).
Je me suis posé contre elle. Et encore, j’ai laissé faire ma tête. Ca déboulait dans tous les coins. Des français en plus : c’est difficile. Pierre Mc Orlans, ou des connards de philosophes, et les allemands, et , et, et : j’ai fermé les yeux, respiré.
Je n’aime pas les philosophe. Enfin, pas après 400 après J.C.
Ou alors St augustin. Ou Descartes.
Même Descartes, c’est que des conneries : « Cogito ergo sum » : tout ça pour crever dans les bras d’une princesse, au fin fond d’un monde que je n’ai pas envie de voir, mais ou il est allé ?
J’étais mieux dans les bras de Julia. Pas de « cogito », pas de « ergo », et pas de « sum »
Que de la tendresse.
Je suis un vieil alcoolique bipolaire, et ma psy me le dis régulièrement, et gentiment.

Mais si je lui prends la main ? Je compte : je ne veux pas la mettre dans l’embarras : 5 secondes : ça suffit pour tout avoir. Elle entend, elle laisse faire. Elle sait bien que c’est le plus important.
On était plus très loin du bateau. Juste une nuit à passer chez la copine de Franck, Encore 100 miles, un bateau à braquer, et Cuba.

Le téléphone prépayé, j’ai tapé le numéro. Julia ne geignait plus.
Sonnerie.
Je suis encore tombé dans un rêve.
« Excusez moi, je dois sortir mes cookies du four. Je suis à vous dans une seconde. »
A moi ?
Des cookies?
On aurait dit « Matrix ».

J’ai attendu.

Cuba chap4 (Plus sûr de rien).

J’ai bougé un peu.
Par l’arrière de l’Escalade, on pouvait ouvrir le coffre (enfin, un coup de pied, et dégagée la tôle).
Dans le coffre : deux bidons d’essence, quelques tube à essais. Et un vison.
C’est nul de tuer pour de la fourrure, mais j’ai pris quand même : Julia aurait chaud, et il fallait encore régler.
– Alcool
– Trajet
– Argent
Et piquer un bateau.

J’ai enveloppé Julia dans le vison, et je suis ressorti.
Encore trois étages à remonter.
Et plus rien dans le ventre.

Dehors, le soleil avait éclaboussé ce bled de merde, c’était illuminant et jaunasse.
J’ai refouillé dans ma poche, c’est con, depuis la veille, je savais qu’on m’avait tout volé, mais j’ai fouillé quand même.
J’ai baissé mes lunettes de soleil, c’est con aussi : juste un réflexe, je n’en avait pas non plus de lunettes, depuis les quatre derniers mois.
J’ai remonté mon jean : à force de ne pas manger, on change de taille.
Et j’ai regardé.

Le fbi et les flics étaient parti.
Juste la bande fluo tremblait dans le soleil.
Partout, le même gris.

J’ai marché dans cette fausse lumière.
En rêvant.

J’ai pas besoin de walkman.
Autrefois ou « naguère », comme ils disent, peut-être, en France.
La musique est toute dans ma tête.
J’invoque, juste, et c’est là. Vingt sept milles œuvres (estimation basse) ,ça tient dans la mémoire).

La station Shell était juste en face. J’ai continué, j’ai même accéléré.
Mal aux jambes.
Porte.
Rayon de chips, M&M’s, tampons, merde en boite pour les chiens, et : dernier rayon, mon truc.
J’ai pris, encore, du Old n°7. Et des noix de cajou pour ma miss, et deux tacos pour ne pas crever.

La caissière était une superbe, de caissière : rien dans les yeux mais du noir tout autour, et je ne dis rien du reste, d’ailleurs, qui dirait « reste ».
Le reste, c’était tout ces seins qui tremblaient, et pas un pour la même raison.

La file n’avançait pas, et je tremblais, toujours plus. J’ai posé le caddy, et invité poliment la vieille dame, avec juste son sachet de saumon, à passer devant.
Cinq jours de bateau devant, je n’étais pas à une minute.
Et je préférais largement son sourire, à ces putains de cinq minutes.
Julia était au chaud, j’avais de l’alcool. En sortant j’ai volé un téléphone prépayé pour la coke, de l’herbe, des sorties .
Rien de grave. Sauf : « Cuba ».

Cuba, c’était tout de même plus complexe.

Plus rien, 14 heures. Encore une pizza, les trois quart pour Julia. Elle avait de petits yeux. Je voulais juste dormir. J’avais fait ma part.
Téléphone : maman :« L’espion est mort ». Rien de mieux pour vous réveiller, que de perdre une icône.
J’étais déjà dégagé.
J’ai continué.

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. »

« Julien, c’est moi ».

J’ai dis « je délire », alors Flaubert ou Stendhal…

J’ai fini par me réveiller.
Flaubert, Stendhal, l’espion, ça faisait trop pour rester immobile, à rêver, contre Julia, dans ce parking de merde.

C’est à cet instant que j’ai envisagé la taille du cadeau de « Sound Texas RNB ».

Dans le walkman, il y avait MC5. Ok, mon bébé pouvait dormir.
Mais il avait dit «et un plus : elle découvrira elle même. ».

C’est moi qui ai découvert.
J’ai doucement enlevé les écouteurs des oreilles de Julia.
J’ai cherché.
Stop MC5. Avance rapide. Au bout de la bande.

Chopin. Une nocturne, enfin. Une ‘héroïque ‘.
Enfin.
Le type était honnête, et le cadeau, c’était un vrai cadeau. Chopin , Vlado Perlemuter : un concert entier.

Après, j’ai fait comme j’ai pu.
Encore John Lee Hooker.
Je suis retourné au dernier endroit au j’avais posé mes bottes.

Ma maison. Enfin:le dernier endroit ou j’avais logé correctement.
Juste après deux verres, j’avais promis, à un ami, de l’accompagner, pour voir une dernière fois, un mourant. Le tabac ça fait des dégâts : 1 poumon poubelle.

Alors, chance, j’avais de quoi rester éveillé ( en fait un peu de coke au fond ‘une poche trouée)

J’ai bougé ( Julia, elle était au chaud dans son vison).
J’ai « piqué » un truc plus moderne, et une carte Sandisk.
Juste à coté de l’hôtel  .

Merde l’hôtel.
A peine sorti, il fallait retrouver une place.
Téléphone encore : j’ai appelé Franck.
« C’est quoi ? Tu veux quoi ? »
« Rien mec : une chambre pour ma nana, de la coke, de l’herbe ? Enfin:ça fait beaucoup.
Alors moins vite : une chambre pour ma nana, et de quoi tenir. j’ai plus un dollars. Mais je ferais tout pour elle, tu m’aide ? Juste elle au chaud. Et moi dans les nuages. »

« T’est con mec: les nuages, sûrement que c’est tes bras : alors l’herbe, la coke, et tes conneries …
Viens dormir la : je te loge».

Franck est vraiment un mec cool.

Je suis redescendu au parking.
J’ai pris Julia.
Jeté le vison.
Et on est allé chez Franck. A pied.

Il l’a posé doucement dans un fauteuil.
Je me suis posé par terre, avec mon sac plastique, le Jack Daniel et le petit français
Il a regardé ma tête :
« Bof».
Il a sorti un vieux truc qu’il a posé sur sa platine, Et réglé le son : assez pour nous, pas trop pour mon bébé.
Allumé une cigarette.
Et on a parlé.

« T’es con ou quoi ? »
« Je suis con, et tu l’as déjà dit.
Elle va bien ? »
« J’ai l’impression. De toute façon, je m’en occupe.
Tu fait quoi tu veux quoi ? »
« CUBA ».
« Quoi Cuba ? »

« J’y vais . Non : on y va».

Franck s’est levé doucement. Il est allé changer le 33 tours, a jeté un oeuil sur Julia, a pris son paquet de clopes, est revenu, en a rallumé une, et m’en a proposé une autre. Normalement,j’ai arrête de fumer. Comme rien n’allait « normalement », j’ai accepté.

« Doucement ».
« Doucement quoi ? »
« Je vais reprendre .
A coté t’as Julia
En face t’as moi »

J’ai toussé, plus l’habitude du tabac.

« T’as pas un rail, que je continue ? »
« Ca fait dix ans que j’ai pas pris de coke… T’as vraiment plus rien dans le crane ! »

« Ok, je continue sans alors.

Donc je veux aller à La Havane, et je veux y aller avec elle. »

« Mais pourquoi faire » ?

« Ecrire ».

« T’avais tout ce qu’il fallait, ici ? »

« J’ai plus rien : volé, brulé : laisse faire : ce serait long à raconter.

Attends : je continue : on a essayé de prendre un avion : mauvais plan.
Après un squat : mauvais plan aussi.
Après un parking mauvais plan encore.

Alors on est là.

Faut qu’on aille à Atlanta, j’y ai un chapeau et 250$, mais chez les poulets.
Après Miami.
Après je pique un bateau.
5 jours.
Et Cuba. »

« Mais pourquoi tu veux aller écrire à La Havane ? T’es pas bien là. »

« Non » je lui ai dit, et j’ai pleuré.

« On se calme ».
Il m’a pris dans ses bras.
« Tu iras ou tu veux, et avec elle promis.
Je m’en occupe. »

J’étais assis par terre, tant mieux, comme ça je ne suis pas tombé de haut.

Cuba Chap3 ( je ne suis pas sur que l’entrainement soit si efficace)

C’est pas beau des yeux noirs cernés de mauve ?
Le mauve c’est beau, les yeux il faut les fermer et imaginer, mais le violet des chocs, ça ma fait de la peine.
Souvent j’ai du taper, je n’ai jamais aimé rendre des coups . Et aimer, c’est mon truc, alors taper, franchement ?
Julia a fini par revenir un peu dans notre monde. Et encore : « Pourquoi ?» « t’as pas » ? « NON ! 
CUBA ma chérie Cuba. »

Merde enfin  ! juste Cuba, une machine, du papier, rien d’autre ?

Quelques règles ok : en france ils on fait l’Alipou, ou un truc du genre. Et les règles, ils les inventent. Je ferait pareil.

Dans l’affaire, Julia avait perdu son Walkman, et les fils de son casque étaient déchiquetés, au raz des oreilles. Il fallait trop de chose. J’avais la nausée, à peine de quoi la calmer. Elle n’avait plus MC5, Et Julia, sans du punk à fond, elle risque encore plus de mourir.

Pas de Lincoln, mais un Ford Escalade. Au 624 A.
Une lame d’acier ( toujours dans ma poche). Ouvert.
Je l’ai doucement installé sur le cuir blanc, j’ai fermé la portière, j’ai cassé l’alarme, et je suis reparti.

Avant Cuba donc  : un walkman, ou un téléphone, des écouteurs, et surtout MC5. Ou peut-être juste les Sex pistols ou les Ramones. Pour elle.
On ne peut pas boire et pleurer, ça se mélange, et je préfère sec.
En sortant du parking, j’ai commencé a halluciner. Il y avait encore des flics, trois bandes jaune fluo , et même un fille qui tendait fièrement son badge FBI. Jolie la fille, mais trois fois que je sortais pour ma chérie, alors les filles.
Je suis passé à gauche. J’ai vomis un peu plus loin. J’avais laissé la bouteille, il fallait aussi penser à ça.

Retour direction le souk, en évitant l’arabe intelligent : une paire d’escarpins, ça suffisait.

Quand le ciel est gris, tous les immeubles sont gris, et à Round Rock, rien ne dépasse trois étages, alors le gris est encore plus gris. Personne pour le chatouiller, histoire qu’il passe au bleu, en l’air.

« Sound Texas RNB »: ça brillait sur la devanture, mais il y avait plus d’armes dans la vitrine, que de ukulele.
Je suis rentré.
Ca a sonné.
Un gros tas de chemise sale s’est bougé, avec une barbe genre ZZ top.
Cool. A la même heure, le gars avait l’air aussi allumé que moi : on devrait pouvoir discuter.

C’est la que j’ai vraiment commencé à perdre les pédales. C’était simple pourtant, cadré :
Du son pour ma chérie. Rien d’autre. Rien. Enfin, encore soif mais ça pouvait attendre.

Je l’ai attrapé au col, lui ai tapé la tête sur son verre de comptoir, 3 fois.
« Vire tes ukulélé, t’en as pas de toute façon, ça va être facile. Et le reste avec : il me faut de la musique, sinon ma chérie va mourir, et on ne sera pas deux à Cuba. »

Sa grosse tête s’est retourné sur son morceau de verre blindé, protégant dessous assez de balles pour l’enfer, ou on veut.

« Ok man cool, c’est juste une… une… décoration ? Non, une devanture »
J’ai lâché son col plus noir de crasse que blanc de coton, j’ai reculé, et je suis tombé.

« T’as une clope ? »
2 ans que je n’ai fumé que de la coke, de l’héro, ou de l’herbe. Jamais de tabac, mais là, je n’en pouvais plus.

« Tiens ».
Il avait aussi un beau briquet, et quand le carbone est passé, j’ai toussé, mais on était ( je pensais) copain.
« Tu veux quoi ? »
« De la musique pour ma femme : elle crève sinon ».
« Ok
T’es sûr qu’un flingue » ?
« Je ne sais pas m’en servir. Juste de la musique : MC5, n’importe quoi, avec Kick Out The Jams, dedans., et si, un flingue, ok, mais j’ai que des faux billets »
« Tu crois que j’ai pas vu l’encre, sur ta seule chaussette, Ils repartirons d’ici pareil tes billets ».

J’avais qu’une seule chaussette, l’autre devait être resté au squat.

Il s’est remis debout, a rentré sa chemise, sorti un morceau de sale coton qui devait autrefois s’appeler un mouchoir. Il s’est doucement épongé ce qui commençais à pisser vraiment rouge. Un miroir, derrière. Il s’est regardé, tourné la tête à gauche à droite, l’oeuil fixe, et a vérifié.
« Ne bouge pas ».
Ca ne risquait pas.
Ses bottes dans l’escalier, il devait descendre, moi, il fallait que je remonte.
Un bruit d’eau.

Après hune heure, il est revenu fringant et toujours aussi gras. Mais il avait gardé le sourire.
J’étais toujours assis par terre, sans pouvoir bouger de fatigue.
« Tiens .
Petit un :
Le truc pour ta meuf : mc5 intégrale dedans, et un plus : elle découvrira elle même.
Petit deux :
T’a l’air nul alors j’ai pris ça : la sécurité » est la.
Et trois, les balles, mais ne fais pas trop le con. »

Je me suis relevé, lui ai donné le reste de mes faux billets, et je suis reparti vers le parking, ou l’escalade et Julia n’attendaient que MC5 pour vivre, un sony dans une main, et son flingue dans le dos, comme à la télé.

Après cents mètres, je me suis posé. Un chène (au texas ?) un banc. Open le sony : son à fond, ça le faisait : « Kick Out The Jams « direct . Blocage décibel viré . Problème réglé. j’avais presque sauvé ma chérie.
Sur mon cul le métal faisait mal, alors j’ai regardé aussi, avec précautions.
« MF » ?
Petit.
J’ai cherché, j’ai fermé les yeux.
Manufrance : « Le petit français » un truc de la guerre, en Europe, avant.
Pour moi, le petit français, c’était Toulouse Lautrec, mais là, j’avais 350 grammes de mort dans la main, avec le même nom.
J’ai rangé ça, mais devant : derrière ça me faisait mal.
Et j’ai filé vers Julia.

J’ai revomi, et pas de bouteille : oubliée.
Je me suis assis par terre, et j’ai fermé les yeux.
Marc Aurèle :
« Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence. »

Les Alcooliques anonymes.

D’abord c’est pas dans Marc Aurèle, j’ai lu quatre fois.
Il y a bien des choses, mais pas ce truc.
Alors, je me suis relevé, la bouteille attendra.
Julia, en un , et Cuba derrière.

Sur le reste du trajet, j’ai bien pensé un peu aux étapes, on ne fréquente pas ce monde sans y apprendre.
Les 12 de ces cathos ?
Les douze du chef de ces catho ?
Je suis resté sur un souvenir d’enfance : Alfred Jarry dans la chandelle verte. Et cette histoire de vélo m’a donné des ailes. C’était la seule bonne étape.

Julia dormait, sur le cuir blanc ou je l’avais posé.
Je l’ai sorti. j’ai fermé l’Escalade. Je l’ai embrassé. Je l’ai caressé. Je lui ai mi les écouteurs, et MC5 à fond. Ses yeux noirs se sont ouvert sur rien, puis encore rien, et encore rien. puis, ils sont tombé sur les miens.
Sourire. Le paradis.
Petit un gagné.
Maintenant, il fallait remettre la machine en route.

Je n’avais plus de faux billets, à défaut de vrai, et rien pour aller plus loin. Mais elle était contre moi Julia. Ni les flic, ni la poule du fbi n’avaient eu l’idée de visiter le parking, on était dans l’autre, sur un poteau de béton, au 624 A. Dans le froid des parkings et le chaud de l’amour.

Rien, sauf : « Le petit français », un trajet, et un but.

Cuba.

CUBA Chap 2 ( il faut toujours s’entrainer)

Dégagez ! Dégagez !

J’ai pris Julia par les épaules.
Des flics.
Ca sentait, ça se sentait, et ils avaient l’air d’être de (très) mauvaise humeur.
Je l’ai tiré, par les bras. Elle s’est laissé traîner, râpée sur le béton et les escaliers.
Elle n’avait plus qu’un escarpin, l’autre, disparu, pieds nus du coup.
Trop de fumée : putain de grenades.
Une porte : « EXIT »: comme dans un film.
On est passé, je l’ai porté, 3 étages vers les sous sols, parking. Sans bateau, ni Lincoln.
Mais un baiser, dans le sang des éraflures.

CUBA.

« On ira chéri ? ».
« On y va ! ».

Porte bleu. Coup de pied. Plus de porte.
Gardien ? Un Oeuil noir de Julia : Plus de gardien.
Câbles arrachés, pas de jus pas d’IP (192.168.0.1 fini et les autres aussi) tout droit devant.

Trois nuits avant, j’avais retrouvé une ancienne amante.
Pizza, vin italien (Chianti pourri, mais,bon.) et après midi de sexe.
Elle a beaucoup parlé, mais j’étais dans mon truc, alors…
Juste : « Picasso a dit : j’ai plus de rouge, alors, je prends du bleu ». Un mauvais jeu de mot, à mon goût, serait l’inverse : « j’ai des bleus, alors je prends du rouge ». Ma dernière psy n’a pas aimé, mais je lui ai pris la main : 5 secondes chrono, ses deux mains. Six mois que j’y pensais.
Pourquoi parler ?
37° parfois, ça dit tout. Elle a entendu ? N’importe, j’ai toujours dix kilos de moins sur l’âme.

Une fille extra, qui en avait déjà croisé bien, des salopards comme moi, mais qu’importe, aux premiers regards, quoi qu’en disent les psychiatres., les barrés, classés « maniaco-dépressif » repèrent, s’ils évitent de se laisser abrutir.
Je sais lire l’amour ?
C’est con : ça tombe comme des pierres, forcé d’en prendre au moins une sur la tête.
Et la, des coup sur la tête, il y en avait déjà trop. Cinquante au moins, aux urgences., le reste chez les flics.
Le sang partout, c’est le bordel, ça salit, et un plaisantin dans mon genre ne sait pas bien laver. Savon, eau froide, pas bouillir. Ou aller voler encore, de nouveaux jeans ?

A Atlanta, j’avais un pote. Vigile.
Il voyait bien que j’avais les poches peines de lubrifiant vaginal quand je sortais en payant juste mon litre de lait fermenté, et il ne disait rien ( ça vaut cher, ces trucs ( les lubrifiants, le lait c’est 1,45$)), mais, il me demandait en douce, à la porte coulissante, ce que j’avais acheté, et combien ça coûtait.
J’ai toujours eu les nombres en têtes, alors, je lui disait où quoi, comment combien.

Un soir, il a pris une balle : pas de bol, elle n’était pas pour lui, il était simplement dans l’axe d’un con : dans l’axe, c’est radical.
C’est le bijoutier d’en face qui devait prendre.
Et c’est moi qui ai pris : un collier torsadé, en or, 3500$, pour Julia, dans la vitrine explosée.
Et j’ai couru, avec mon litre de lait, et mes dix paquets de lubrifiants, avant que les sirènes ne bloquent tout le quartier.

Le plan Lincoln, c’était un peu grâce à lui. Son patron en avait une, il savait faire, il m’a appris, contre deux verres. Facile.

Le collier torsadé elle s’en fout, c’est deux cent grammes d’or. Elle préférerai un chalumeau, pour en faire un lingot. Mal barré.

Le seul truc qu’elle porte, c’est un petit bracelet de pierre bleues. Les gens disent turquoise, mais pour moi, turquoise, c’est bien plus lumineux. Tu éteins la lumière, et le « turquoise » éclaire tout, même les porte-jarretelles, pas les pierres, toujours.

Sauf que :
J’ai pas un dollars, toutes les Lincoln que j’ai volé sont en cendre. Julia dors par terre, et je ne suis pas à Cuba. Et j’ai soif. Et je ne tiens pas assez à la vie pour craindre la mort ( j’aime les français, et Dumas)

Mon premier plan pour Cuba a foiré. l’autre évadé s’est pendu. Et après, il a juste fallu changer de ligne, j’ai jeté mon portable : sa mère était folle. Téléphones insensés, à toute heure, j’étais fatigué.
Alors juste de l’amour, peut-être que c’est plus simple ?

CUBA.

Réveil en sang. Julia ronronne. Un baiser, un calin. Je vais à la poste, réclamer mes annuaires papier, pour leur faire bouffer un par un, à ces cons, en récitant: Yeats, Chaucer, Tennyson, on peut même changer de pays, et là, il va y avoir du monde.

Sur le chemin, un magasin. Café en poudre pour ma belle, lait encore, et toujours Jack Daniels : depuis que je n’ai plus de coke, difficile de se réveiller quand on est toujours éveillé.
La serveuse m’a jeté un regard louche, et vérifié mon billet. C’est passé, j’ai toujours su imprimer des faux, mais c’est quand même la chaise électrique, au Texas. Des vrai je n’en ai plus depuis longtemps.
J’ai bu au goulot, et je suis rentré, au parking.
J’ai pris de l’eau dans un bidon des poubelles, au distributeur du service santé juste à côté, deux gobelets, je suis sorti. Devant toujours le noir. Comme la veille, ou comme dans ma tête ? Pourtant, c’était tôt.
Devant : annexe du service de santé de Dallas. Une main dans les cheveux, et
« Bonjour Madame, je peux faire chauffer l’eau ici ? »
« Non ».
« Ben je pisse sur le comptoir alors. C’est autorisé ? ».
« Non plus, et monsieur, encore un mot et »
« Et quoi connasse, tu appelles les flics ? Je veux juste un peu d’eau chaude ».
« Donnez votre bidon, le micro onde est la, et partez vite après, parce que oui, je vais devoir appeler ».
J’ai filé avec mon eau, et j’ai fait ce que j’ai pu pour Julia.
Les parking, c’est froid, et elle est pas très équipée physiquement, surtout pieds nus
Après le café, elle me demande si mon frère ne peut vraiment rien faire. Non, ce con peut faire, il ne veut pas faire.
CUBA
« Mais tu me dira un jour » ?
« Quand on y sera, donne moi une gorgée de café, non laisse faire, juste ta main ».
De toute façon, ce café était imbuvable, mais il avais remis ma Julia pieds nus capable de se relever du béton, et de n’être plus une sorte de cadavre place 611-B.
On pouvait repartir.
« Ne bouge pas »
Je suis ressorti du parking, et j’ai rodé un peu.
Deux miles plus loin, un souk. Un arabe intelligent ( pas question de lui fourguer mes faux billets), des chaussures, 37 : la bonne taille. J’ai fait semblant de négocier le prix d’une paire d’escarpin, en en mettant une autre dans ma culotte, et je suis parti. En courant. Julia aura de quoi marcher.
Sur le retour vers mon amour, le téléphone a vibré.
« Bonjour, ici le commissariat du Comté de Perry, Alabama , vous êtes bien…»
« Bonjour, bien sur, que souhaitez vous »
« Il y a 3 mois, vous étiez chez nous pour… disons… »
« Passez les détails, s’il vous plaît »
« Bien, nous avons un chapeau et 250$ d’argent liquide, à votre nom, et je voulais savoir si vous pensiez …»
« Bien sur monsieur, mais je n’ai pas encore eu le temps, et quelques soucis, gardez le tout, je passerai dès que je peux, au revoir ».
250$ et mon chapeau. Mais à Atlanta ? De toute façon, c’était sur la route, pour Cuba.

A Atlanta, il y a trois choses a retenir dont deux à mourir de rire, .
Dans l’ordre :
Une nuit au commissariat pour état d’ivresse sur la voie publique.
Une école de jeune fille, catholique méthodique.
Et juste en face, un bordel, elles n’ont qu’a changer de trottoir apparemment. « Walk on the wild side ».
Choisissez ce qui vous fait rire.

Je suis rentré retrouver Julia ( un jour je saurais dire « rrrulia » )

CUBA chap1. ( Il faut bien s’entraîner) voir notes ( quand je les mettrais)

« Il ne reste que les places 14a et 14b, mais, c’est en première».
J’ai regardé la fille.
Mignonne Pas trop grande, blonde. Chignon, faux costard, mais bon.
Bas résille et minijupe, chapeau cucul : l’hôtesse de l’air standard quand même, les frères Simoni ont encore le sens du décorum.
Je suis descendu du jet, plus vite que Julia.
Puis allé sur un bord du terrain de ce vol mafieux.
J’ai descendu ma braguette, et j’ai pissé en visant bien les bandes blanches. Sous la lune, les gouttes ressemblaient à des étoiles filantes.
4 yeux me regardaient.
2 écureuils, surpris. Mais qu’est ce qu’ils foutent encore là ?
Havanna, c’est plus cool non ?
J’ai même pas refermé la braguette, et je suis retourné en titubant à la salle d’attente n°4
Plus aucune idée d’où était Julia : je titube trop vite.
Une main dans la poche arrière : le flask 6 oz en argent qu’on m’avait offert pour mes 20 ans avait disparu, mais surtout, surtout, ce qu’il y avait dedans, enfin, à ce moment.
Et à cette heure, difficile de rester à niveau.
Il y avait un duty free encore ouvert, avec une drôle de fille, moitié blonde, moitié maquillage, avec un cul d’éléphant, mais j’aime les éléphants.
9,85 $.
J’ai récupéré un sac de carton et ma bouteille, et je suis allé me coucher sur 2 banquettes.
A droite une fille révisait un truc de biologie, jupe rayée, lunette et sac à dos haut de gamme.
A gauche, un papy, les yeux dans le vide, appuyé sur sa canne. A regarder le ciel ? Ou ma pisse qui s’était envolée ?
Julia m’a retrouvé, et réveillé.
« Bon mec, on ira demain ».
« Cuba, c’est toujours demain ! Raz le cul ! »
Elle a bu une gorgée, en vérifiant à gauche et à droite. Les flics, il faut faire gaffe au Texas. 
Elle m’a rendu la bouteille et pris la main.
« On n’a pas un dollars. Sans ce plan, pas possible ».
« T’as bien vendu la Lincoln non ? ».
« Elle était pas à moi. Si on est pas barré demain, c’est en taule qu’on va cuver chérie».
« On n’a qu’a en voler une autre ?
Mais c’est quoi ? Ton truc, avec Cuba ? ».
Julia est un bijou.
Du haut en bas.
Châtain clair, deux trois mèches vertes, mi-long, des oreilles belles comme des coquillages du pacifique, toujours deux écouteurs, avec MC5 à fond dedans, ou encore plus hard.
Un grand front, lisse et toujours étonné.
D’immenses yeux noirs qui brillent ( même sans coke).
Un rimmel nickel.
Des lèvres à faire rêver l’humanité entière.
Un long (très) cou.
Des mains qu’on couperait pour les garder.
Après, c’est du détail : 85C, 60, 90.
Et des fringues de poubelles ( forcément, six mois que c’est moi qui les pique pour elle).
Un bijou.
Tant d’amour.
Et partout depuis deux ans avec moi : mes galères, mes piaules pas payées, mon lit mes draps mes bras mon sexe.
Un jour elle a même cassé un talon aiguille sur la tronche d’un clodo qui essayait de me bloquer, dans cette impasse de merde, à Atlanta.
Il est pas mort mais ça aurai pu. C’est mon frère qui a arrangé le coup, mais il ne veut plus me voir depuis, connard de flic respectueux de la famille mon cul oui.
Alors oui, je l’amène à Cuba.
Mais là, elle suit, sans savoir pourquoi, juste avec moi.
Plus rien à faire de tout ces plans foireux
Plus de paris truqués, d’informatique de pirates, plus de peinture, plus de call girls, plus de vieux cons, plus de fric, plus d’hp, plus de dope, plus de psy, plus rien.
Hemingway, c’est tout. Et une machine. Et du papier.
Je me suis fait braqué l’ordinateur, mais, je sais taper, et une Underwood, c’est possible.
C’est la bas que j’arriverais peut-être à écrire.
Et pour les Mojitos, je sais faire, mais je suis si souvent fauché, ou bourré, que je préférerais un barman, et des dollars.
Elle dit oui, Julia, à tout, sans savoir, elle ouvre ses yeux, et m’embrasse.
« Ce que tu veux mon chéri ».
Le pépé s’est levé, et la fille biologiste avec, le comptoir les a appelés.
On était cool, sur quatre places, du coup. On s’est étendu plus à l’aise.
Mais Cuba ?
« Chéri ?
Et si on volait un bateau, plutôt qu’une Lincoln ?»
« De Round Rock à la Havane ? 
Déjà Round rock – Miami, c’est 20 heures ».
« File moi ta bouteille, enfin, pose la et embrasse moi ».
On s’est embrassé. Le truc de l’amour, c’est que quel que soit l’état, et même, si comme ces poètes français, on se flingue, on est bien.
Elle s’est juste roulé contre moi : plus de flics, et la banquette à nous.
Bon dieu que Julia elle sent bon, même dans un hall, et qu’elle est douce.
« T’est con chérie, on fait du stop jusqu’à Miami, et de là, on traverse ?
Une heure d’avion ? A Miami, je suis fiché. Et en bateau 5 jours » ?
« 5 jours de câlins, t’es contre » ?
« Viens ».
J’ai fini la bouteille, je suis retourné au duty free, et elle m’a repris la main.
Vingts minutes à pied, sur la 35, Austin, derrière, puait toujours. L’essence, le gazole, la fumée, la mort, je ne sais plus, mais ça puait sûr.
Un chauffeur hilare, nous a ramassé, a monté le son, et nous a posé en ville, avec le beau sourire des édentés.
On est allé mangé un tacos au Tio Dan Duffy. Le patron nous a filé 2 adresses : un hôtel, et un squat : je tenais encore assez debout, alors, on a pris le squat.
Les squats j’ai peur. Un jour, un couteau m’y a laissé une sale cicatrice, pour rien.
Là, j’étais remonté, et j’avais Julia à protéger. Rien à foutre :  juste « elle, et Cuba ».
Rue noire, porte noire. Nuit noire. Il y avait bien une étoile, mais je n’ai jamais retenu tous leur noms. ( Sûrement Vénus, mon frère m’a appris autrefois qu’à cette heure là, c’est la seule à briller autant, et dans les hp, j’ai vérifié : rien d’autre à faire).
Lumière douce et reggae. « Steel Pulse » : ok cool.
On est rentré. Pas un mouvement, même le batteur n’a pas bougé d’un pouce.
Si : le chanteur nous à passé un pétard, et repris son micro avec un joli mouvement de dread et un autre sourire.
Un jour, je compterais les sourires, ils n’y en a pas beaucoup, je devrais y arriver.
On s’est assis, par terre, pas loin des retours d’amplis. Le squat tremblait, Julia tremblait, mais elle était contre moi, donc tout allait.
Une black minuscule s’est pointée, avec une couverture, un sourire. Elle à dit «Le matelas libre qui reste, il est là ».
On a fait tourner le pétard, écouté « Handsworth révolution », version Texas, presque fini la bouteille, et on s’est effondré.

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