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NY 12

Je tenait mon ordi bien serré, tout était dedans, j’avais pas de copies et le bus était bondé, pas question de tout perdre encore une fois.
J’ai repensé à ma mère. J’ai beau pas croire à ces conneries, sa messe elle la voulait magnifique, calée précisément et j’avais foutu le bordel. J’ai commencé à pleurer doucement. Respirer, respirer.
Enfin, la voix synthétique à annoncé mon arrêt. Je me suis frayé un passage et je suis sorti. Dehors, c’était pire, je n’étais même plus protégé par les vitres et la masse compacte des voyageurs.
J’ai croisé en repassant le flic de tout à l’heure, qui arpentait encore le coin, et vu Bob le doubler sur son skate. Un discret doigt pour lui, et un clin d’oeil pour moi. Ce petit m’avait à la bonne.
Arrivé devant la maison, j’ai hésité : entrer de suite ou retourner en face au supermarket.
Si je rentrais, le bar de la mamie ne ferait pas la nuit, mais j’avais pas un dollars pour me ravitailler et j’allais pas refaire le coup du jack Daniels.
J’ai pensé à Irène : « Un jour après l’autre », mais plus rien ne me retenait vraiment maintenant.
Finalement, je suis rentré chez la mamie. La porte était fermée mais la clé sous le paillasson, Alexandra devait être sortie.
Je me suis posé devant la table dans le salon, et j’ai ouvert l’ordinateur, puis je suis allé faire un tour dans la cuisine, voir s’il n’y avait rien a grignoter. Je me suis fait un sandwich avec les restes. La mamie ne mangeait pas grand-chose apparemment, et rien qui m’inspirais vraiment, mais j’avais faim, si j’avais eu les sous, je serais allé me faire au moins 3 macs, il y avait un vendeur ambulant à côté du supermarket.
Je suis revenu m’asseoir devant l’ordi. A Harlem, j’avais repris mon téléphone parce que je m’était souvenu que j’avais encore une carte prépayée. Je l’avais cherché un peu partout, puis trouvé sous une boite de papier vierge. J’allais pouvoir retéléphoner encore un peu. Évidemment la mamie n’avait pas internet mais il y avait un spot wifi de la ville pas loin. J’ai activé la carte, les applis étaient toutes dans le tel.
J’ai pris une grande respiration, je suis allé au buffet Louis II, me suis servi ce qui restait d’une vieille bouteille de vodka. Je me suis rassis et j’ai fermé les yeux.
Et quoi maintenant ?
Rien, attendre de nfaire lire encore une fois, et même si c’était Alexandra m’expliquant gentiment que c’était de la merde.
Hampson. J’ai eu un bref passage de génie.
Hampson. Hampson me sortirai de cette merde.
J’ai recopié sur mon compte le numéro de bob, et j’ai foutu son iphone volé en l’air, moins la carte sim, et après un coups de pied dessus. J’étais pas sur que ça marchait mais on voyait ça tout le temps dans les films.
J’ai prix une deuxième grande inspiration.
Et j’ai appelé Hampson.
Hampson, c’est mon seul ami. On se connaît depuis le lycée, et il a toujours été présent même si son job maintenant, c’est courtier d’assurance, qu’il est marié, qu’il a 2 gosses et un chien, un pavillon à Newark, à l’angle de chez Tony, ou on bouffe les meilleurs acras de la ville, quand il m’invite et qu’il veux prendre l’air et discuter. Prendre l’air juste en face de chez soi, c’est drôle, mais il est casanier, et même s’il n’est qu’à 100 pieds de chez lui, il sait qu’on ne viendra pas l’emmerder s’il est chez Tony.
– Allo ?
– Hampson ?
– C’est James.
– Je t’avais reconnu vieux, qu’est ce qui t’arrive, on s’est vu la semaine dernière ?
– Ecoute, le job chez EMC, ça l’a pas fait, et là, je suis dans la merde totale, t’aurais pas une idée ?
Il y a eu un silence sur la ligne, puis un raclement de gorge.
– Tu te rappelle de Sylvia, la standardiste de chez Liainsurance, elle viens de se prendre une lincoln dans la figure, la place est encore chaude et surtout libre, si demain matin tu as un cv convainquant, je pourrais appuyer ta candidature, le patron est affolé, il pourrait bien m’écouter.
Des CV de standardiste, j’en avait déjà, bidonné pour la plupart, mais j’avais déjà fait de l’intérim là dedans.
– J’ai. Je te le maile, j’ai pas d’imprimante ici, et je me pointe demain matin ?
– On fait comme ça, mais ça paie pas tu sais.
– Un peu c’est mieux que rien.
– Tu te souviens de l’adresse.
– Oui, je te revaudrais ça vieux frère.
– Attends que ça marche, ciao, j’ai un client qui arrive.
J’ai posé le tel, poussé l’échiquier, et cherché dans l’ordi un cv pour le remettre un peu à jour, bidonné quelques dates et rajouté mon passage éclair chez EMC. Puis je l’ai mailé à Hampton, suis allé sur le canapé, et j’ai attendu.
Le soir tombait.
Je me suis endormi là, assis, avachi. Enfin, j’ai cuvé, avec ce que j’avais dans l’estomac.

NY 11

En fait, je suis allé m’installer dans le salon, où j’avais giflé et réveillé la mamie.
J’ai fermé les yeux, et j’ai écouté. Alexandra chantonnait toujours. J’ai repris en sifflant de plus en plus fort.
« C’est la vie, say the old folks, it goes to show you never can tell »
Pas de réaction.

J’ai chanté du coup, de plus en plus fort. Elle a fini par m’entendre.
« C’est la vie », say the old folks, it goes to show « you never can tell »
Non. c’est la vie et on ne peut jamais savoir.
Elle s’est tue brusquement.
Moi j’ai continué.
J’ai entendu ses pas dans l’escalier. Chaque marche grinçait sous ses talons. Elle est arrivée dans le salon, restée en tenue de ville, forcément, pieds nu ou en pantoufle, le vieil escalier se serait tu sinon.
Le carillon de l’entrée a sonné. Je me suis recroquevillé, j’ai cachet le sachet de poudre, poussé le sac plus loin sous le guéridon, et j’ai pris un vieux journal, un crayon, et une gomme qui traînaient, puis j’ai fait semblant de me concentrer sur des mots croisés.

Alexandra est allé ouvrir.
Bonjour Madame, a dit un grand flic.
– On nous signale des vagabonds dangereux dans le -j’ai pas entendu la suite :un bus est passé et deux bagnoles on pilées.
Bob était un malin dans son genre, bon plan la ruelle.
Alexandra, à la porte, expliquait que patali et patala, elle n’avais rien vu, qu’elle n’étais la que pour prendre soin de la maison de sa pauvre mère à l’hôpital, et encore, encore, encore du baratin, en escarpin.
Le flic s’est éclipsé direction la maison voisine.
Je me suis levé doucement, j’ai posé le journal, la gomme et le crayon, et j’ai fouiné un peu.
J’ai ouvert le buffet louis II.
J’ai cherché, et évidemment, au fond, j’ai trouvé. En dessous du rayon alcool que j’avais déjà visité la veuille, il y avait celui jeu.
Pas bien utilisés manifestement, poussiéreux.
Un Go, neuf : même pas déballé, des babioles, des cartes, et un échiquier.
J’ai pris une gorgée d’un vin cuit au hasard l’étage au dessus, et j’ai sorti l’échiquier.
J’ai installé le jeu sur la table basse, et j’ai triché d’entré : j’ai fait un roque en virant un fou et un cheval : Ca m’a laissé pile de la place pour un rail. J’ai ressorti mon sachet. Le flic était reparti, et Alexandra pas revenue. J’étais tranquille 2 minutes.
Pas de lame de rasoir, mais il traînait un coupe papier dans une petite corbeille sur la table basse.
Un rail sur un échiquier. Dans ma tête, ça sonnait comme « L’art de la guerre ».
J’ai aligné un peu de ce qui restait de poudre, comme j’ai pu, et j’ai tout aspiré.
Ca a re-pété dans ma tête et dans mon nez.
La partie pouvait commencer.
J’ai remis le jeu en ordre, et j’ai joué.
J’aime bien jouer contre moi.
Un coup les blancs, un coup les noirs.
A chaque fois je gagne de toute façon.
Ce jour, l’ouverture, ça serai l’italienne, j’étais speed, et je voulait attaquer vite. Après on verrait.
Les échecs, ça prends tellement la tête qu’il n’y a plus de place pour le reste, et du reste, il y en avait vraiment trop trop là, et je n’arrangeais rien.
La porte à claqué.
Le flic était parti sûr, mais embrouillé dans mes plans d’attaque de cavalier contre fou, je n’ai pas entendu rentrer Alexandra dans le salon.
– Humm
tu es revenu ?
Et ta chérie ?
– Elle dort encore, ou je m’en fous, je ne sais pas.
Elle s’est collé cotre moi, et m’a attrapé le coup, puis embrassé.
– Tu sens le sucré.
Tu parles, le vin cuit, c’est pas du déodorant.
Elle m’a réembrassé, et s’est collé plus prêt.
– C’était quoi ce truc quand je suis arrivé : la chevrolet le taxi et le mec tout rouge que t’a caché derrière la haie ?
– Rien.
– Maman doit rester à l’hôpital une semaine encore, mais après, j’ai peur qu’elle ne puisse plus vivre seule.
Et j’ai pas envie d’être ici seule non plus.
– C’est quoi ton job ?
– Éditrice, enfin assistante éditrice.
– Et toi
– Glandeur,
philosophe, physicien, rimeur, bretteur, mathématicien…
– Laisse tomber, j’ai lu Cyrano en français, et la version américaine vaut le détour.
Et puis, à part tes phrases pour fuir, tu n’es pas un grand riposteur du tac au tac.
Peut être que tu es tout, mais peut-être que tu n’es rien.
Elle m’a scotché.
Je me suis levé et j’ai cherché sous le guéridon
– Laisse tomber, j’ai sorti ton sac, mais tu ne peux pas me répondre sans ?
Je me suis rassis.
– Donne. Non, je ne sais plus. Donne le sac.
Je me suis servi, levé, et allé dans la salle de bains.
Tout était vieux, l’évier, les toilettes, les tapis de douche. Je me suis juste passé un coup d’eau sur la figure, et je me suis reniflé les aisselles : ça irai encore, malgré la sueur.
– T’es éditrice ? C’est cool, en fait, je suis pas glandeur, je suis alcoolo, maniaco-dépressif, j’écris, et personne ne veux m’éditer.
– Fait moi lire, on verra.
Pourquoi t’es revenu ici plutôt qu’à Harlem, resté avec ta chérie ?
– Je ne sais pas.
– Elle vas t’attendre.
Ca la tenaillait cette histoire de chérie, du coup, j’ai faillis parler d’Helsein, puis je me suis dit que ça ferait trop et que c’était pas très malin.
– C’est pas du genre à attendre, on est des enfants de Woodstock tu sais.
– C’est vieux Woodstock.
Elle m’a doucement remplacé la bouteille par sa main. Elle aussi faisait bien 40 degrés.
– Tu me plais tu sais.
– Tu le dis à beaucoup de monde ?
Ca y est, je devenais désagréable. Je me suis tu, et j’ai gardé et serré sa main, comme la veille, et c’était comme la veille.
J’ai laché sa main et je me suis levé : au fond du salon, il y avait un pick-up, et dessous, poussiéreux quelque dizaines de 33 tours vinyl. J’ai fouillé : j’ai fini par trouver un Chuck Berry, un original, sale et rayé, mais dessus « You never can tell ».
J’ai mis en marche, sur la bonne piste, le son et les grésillements ont empli le salon, et Alexandra a chantonné comme une demi heure plus tôt.
– « C’est la vie », j’ai dit et je suis revenu contre elle.
– Bon, je vais chercher mon ordinateur : tu liras et tu me diras ?
Je resterai si tu veux.
Elle n’a pas bougé, puis fait un oui d’un signe de tête.
– Et ta chérie ?
– Woodstock, je t’ai dis : elle vivra bien sa vie ce soir.
– Je t’attends.
Elle s’est lové dans le canapé, après avoir viré ses escarpins.
Je suis sorti, j’ai traversé la rue sans regarder, et j’ai guetté le fameux 809 de la folle.
A Harlem, je suis rentré dans notre taudis. Baby n’était pas là. J’ai pris mon ordi et je suis ressorti.
Puis je suis re-rentré aussitôt, j’ai pris une feuille et un stylo, et du scotch. J’ai collé sur la porte : « Je ne rentre pas ce soir : bises », et je suis reparti.
Dans le bus retour , il y avait une copie conforme d’Helsein : une bouffée de chaleur m’a pris au ventre, décidément, up, alcool et coke, ma psy me l’avais bien dit mais oui, ça ne faisait pas bon ménage.
Je mélangeait un peu tout, au rythme des feux, des klaxons, et des arrêts annoncés par une voix synthétique.
Les couleurs prenaient leur envol. Tout brillait. Le ciel bleu, les rouges oranges verts, les capots de voiture, les robes des passantes, les bijoux, les cheveux, le goudron. J’avais pas mes lunettes de soleil alors même que j’en aurait eu besoin la nuit. J’ai fermé les yeux, alors c’est les sons qui ont pris l’espace.

NY 10

Ézéchiel 25 /10,
c’est juste ça :
« Je l’ouvre aux fils de l’orient Qui marchent contre les enfants d’Ammon, Et je le leur donne en possession, Afin que les enfants d’Ammon ne soient plus comptés parmi les nations. », c’est ça le texte du 25:10
Mais Tarantino, il invente aussi, en mieux.
J’ai continué de fermer les yeux.
Puis je me suis levé et je suis sorti.
Pas capable de respecter les dernière volontés de ma mère, alors que j‘avais tout fait pour.
Je me suis posé sur la chevrolet de mon frère, et j’ai encore attendu.
Il y avait vraiment trop de lumière, et le capot de la chevrolet en renvoyait le double.
J’ai essayé d’ouvrir la porte. Fermée, l’autre pareil.
Alors, je suis retourné dans le temple, allé au premier rang, et chopé mon frère en fausse prière.
– File moi les clés.
– Les clés ?
– De ta bagnole connard.
Les gens tournait la tête, et regardaient la scène.
Il a fouillé dans la poche de son costume , et m’a passé un trousseau : à son image, c’était un mickey.
Je suis ressorti, vite.
J’ai ouvert la porte avant gauche, me suis penché, et j’ai repris mon sac.
Je me suis resservi.
Et la, j’ai eu une idée.
Maman, je l’aimais, ces cons eux, célébraient des conneries.
Je me suis mis au volant, j’ai démarré, et je me suis tiré.
– Petit, 50 dans 3 heures, c’est possible ? j’ai demandé au téléphone.
– Pas de problème chef, comme l’autre fois ?
– Comme l’autre fois, juste plus.
Je me suis arrêté chez mes vieux, et j’ai escaladé le mur à nouveau.
J’étais déjà au premier étage, avec mes escalades.
Mon père et ma mère faisait chambre à part depuis longtemps déjà.
Lui avec ses photo de vétéran, une tête de cerf empaillé et un fusil au mur.
Elle avec quelques poèmes sur un écritoire, un énorme crucifix.
Une tapisserie, et des photos de mon frère et de moi enfants.
Je me suis assis sur son lit, puis allongé.
Et j’ai pensé a elle.
J’étais mieux seul avec mes souvenirs.
J’ai fait comme a dit la psy, j’ai respiré.
Longtemps, en écoutant mon cœur.
Ca n’a empêché ni les pleurs, ni la haine des deux autres.
Je me suis réveillé en sursaut.
Putain, j’allais être en retard pour le petit.
J’ai dégringolé les escalier, ouvert le verrou, repris la chevrolet, et foncé jusque chez la mamie.
Le gamin, casquette à l’envers, était assis sur le trottoir.
– Alors ? Ta mamie ?
-Hôpital, elle devrait s’en sortir.
Il a eu un sourire, et m’as dit :
– Tu vois, ça marche.
– Attend moi encore un peu.
Je suis allé au supermarket en face, et j’ai racheté ce truc immonde à 40°, je ne savais plus ce qui me restait mais c’était pas le moment d’être en panne.
-T’as quoi pour moi ?
– Ce que tu veux man, ce que tu veux.
Ramène moi la même, mais pour 50 dollars.
– Bouge pas.
Il a filé.
Un taxi est arrivé.
Mon frère en est sorti, en colère.
Le coup de sa chevrolet, il n’avait pas l’air d’avoir apprécié. Son cou était rouge et gonflé, et il avait les poings qui se serraient régulièrement.
– Qu’est ce que tu fous là, avec ma caisse ?
– J’attends.
J’ai pas fumé dedans, du coup elle sent toujours autant la pisse de ton cleb, et le parfum de ta femme.
– Pourquoi t’es pas resté au temple ? Je t’aurai ramené.
– Parce que j’aime pas les conneries.
Une fille est arrivé au bout de la rue, avec un caddie rempli.
C’était Alexandra. Elle a jeté un oeuil, étonnée de voir une chevrolet et un taxi qui ronronnait en face de son nouveau et provisoire chez elle. Personne, on s’était accroupi, et j’avais posé le sac papier de mon mauvais bourbon dans le buisson qui bordait le seuil. Elle à haussé les épaules et elle est rentrée.
Mon frère s’est relevé et m’a bondi dessus.
Je l’ai évité, et j’ai dit.
– On se calme frérot.
Il a reculé, pris sont élan puis est revenu, et à commencé a me balancer des coups dans les cotes. J’ai tapé dans l’estomac, ça l’a plié. Je suis parti en direction du seuil de la maison de la mamie.
J’ai juste poussé doucement la porte, humé l’air légèrement moisi, je suis resté dans le hall, et j’ai prié. De la, on entendait Alexandra s’affairer à ranger ses provisions dans la cuisine, en chantonnant. Et puis je suis revenu sur le trottoir, j’avais un rendez-vous.
Mon frère est revenu à la charge, poings serrés.
J’ai tendu une jambe et il s’est affalé.
Il s’est relevé. Il avait le nez qui saignait, et les yeux exorbités de haine.
– Rend moi mes clefs !
J’ai fouillé mes poches, et lui ai passé son mickey.
Il l’a pris rageusement, à fait le tour de sa chevrolet, est allé payer le taxi, a claqué sa porte, a démarré en marche arrière.
Et il s’est tiré.
Je me suis assis sur le trottoir et j’ai attendu.
j’ai reconnu le gamin qui arrivait à sa casquette.
Il m’est passé devant sans tourner la tête et il a dit :
– Suis moi d’ici dans un moment, 200 pieds, je serais dans une impasse à gauche, ici ça craint.
J’ai repris mon bourbon.
Je suis rentré dans la maison, histoire de ne pas avoir l’air de traîner. Alexandra chantonnais toujours. Je ne me suis pas montré.
J’ai avalé une lampé, et j’ai posé le sac sous la nappe du guéridon de l’entrée.
Trois minutes après, je suis ressorti, direction l’impasse.
Au fond le gosse attendait, derrière une poubelle.
Je luis ai filé son fric et pris la dope.
Et je suis reparti chez la mamie. Je ne savais pas ce que j’allais faire mais au moins j’allais récupérer mon sac.

NY 9.5

Le marbre de Carrare, il est beau.
Le marbre de l’église, il était surtout sinistre et pas du Carrare en tout cas.

Mon frère a vu que je vacillait. Il m’a pris la main.
– Tient le choc, il n’y en a pas pour deux heures.
On a avancé et on est entré
Il y avait déjà du monde dans le temple
La porte s’est doucement fermé derrière nous
J’ai regardé
Une deux, trois voisines
Une ex voisine. La fille du charpentier, lui il est mort, mais elle doit se souvenir de nos jeux d’enfances.
Des connaissances

Il aurai fallu s’asseoir au premier rang, mais c’était trop difficile. Mon frère m’a lâché la main, laissé au fond du temple, et il s’est avancé
Avant, je lui ai donné l’enveloppe et je lui ai dit
– Donne tout au pasteur, qu’au moins elle ai ses cantiques , et sa musique, et ses prières.
Je me suis assis, j’ai fermé les yeux
J’ai attendu

L’orgue a démarré : tu parle, un truc de con que même Bach n’aurait pas osé écrire, au mieux avec deux clavecins, ça aurait pu le faire mais la, non.
J’ai gardé les yeux fermés.
Et j’ai attendu encore
Et j’ai juste respiré pour ne pas écouter la suite.

Ézéchiel 25 /10,
c’est juste ça :
« Je l’ouvre aux fils de l’orient Qui marchent contre les enfants d’Ammon, Et je le leur donne en possession, Afin que les enfants d’Ammon ne soient plus comptés parmi les nations. », c’est ça le texte du 25:10
Mais Tarantino, il invente aussi, en mieux
.
J’ai continué de fermer les yeux
Je me suis levé et je suis sorti
Pas capable de respecter les dernière volontés de ma mère, alors que j‘avais tout fait pour
Je me suis posé sur la ford de mon frère, et j’ai encore attendu.

NY 9

Dans Pulp Fiction, il y a une citation : le tueur la récite, avant de tuer : Ezechiel : 25 :10 C’est un faux: Dans le vrai verset d’ Ézéchiel il n’y a pas ça : facile à retrouver, il n’y a qu’à savoir et envie de lire :
« La marche des vertueux est semée d’obstacles qui sont les entreprises égoïstes que fait sans fin, surgir l’œuvre du malin. Béni soit-il l’homme de bonne volonté qui, au nom de la charité se fait le berger des faibles qu’il guide dans la vallée d’ombre de la mort et des larmes, car il est le gardien de son frère et la providence des enfants égarés. J’abattrai alors le bras d’une terrible colère, d’une vengeance furieuse et effrayante sur les hordes impies qui pourchassent et réduisent à néant les brebis de Dieu. Et tu connaîtras pourquoi mon nom est l’éternel quand sur toi, s’abattra la vengeance du Tout-Puissant ! »
 
Ca n’y est pas dans Ézéchiel.
C’est juste avant de tuer quelqu’un, et c’est inventé de toute pièce.

Mais c’est du Tarantino, et j’aime bien Tarantino.
Et des bricoles.
J’ai fermé les yeux,et j’ai réfléchi.
Il fallait un texte à lire, le pasteur me demanderai, pour qu’on l’admire ma mère. En général, c’est bien vu d’admirer les morts mais je n’y arrivais pas. Et je ne voulais pas monter devant le micro, sur l’estrade.
«Depuis que je connais ma mère ».
Tu parles, je l’ai rencontré quand je suis sorti de son ventre, et je ne la connais pas.
« Je n’ai rencontré qu’une femme de bien » ?
Sûrement pour elle.
Mais pas pour moi.
J’ai laissé tomber, c’était nul.
Je me suis enfoncé dans le fauteuil, et j’ai pensé qu’improviser, ça ne serai pas plus nul.
Je n’avais pas envie d’y aller, à cette messe funèbre.
Le gravier a crissé, j’ai été propulsé vers l’avant.
On devait être arrivé.
J’ai ouvert les yeux, effectivement, il y avait un temple juste devant.
– On sort, c’est là, frangin.
C’était lugubre.
Le marbre de Carrare, il est beau.
Le marbre de l’église, il était surtout sinistre et pas du Carrare en tout cas.

Mon frère a vu que je vacillais. Il m’a pris la main.
J’ai lâché, je me suis retourné, pris mon sac papier, et me suis envoyé une lampée de ce truc à 40 %.
– Tient le choc, il n’y en a pas pour deux heures.
On a avancé et on est entré.
Il y avait déjà du monde dans le temple.
Ca sentait l’encens. Les colonnes 1900, les statues en stucs mal faite, quelques copies immondes de toiles 180cent
Plus que l’encens, ça puait le néo kitch.
La porte s’est doucement fermé derrière nous. Avec une sacré grincement quand même. Et d’un pale raie de lumière la pénombre est tombé.
A cent lieu d’un baroque inspiré: du gris du sale presque : pas un truc à fêter quoi que ce soit, et surtout pas ce qu’il n’y avait rien à fêter cet après midi. En tout cas, bien loin de Borromini, ou du Bernin.
J’ai regardé le transept :
De vieux bancs, des toiles immondes, un jugement dernier à la cire.
Une deux, trois voisines, l’ex femme de ménage de je ne savais plus déjà ( le charpentier?)
Une ex . La fille du charpentier ( ça c’était sûr), lui il est mort, mais elle doit se souvenir de nos jeux d’enfances.
Des connaissances.
Des bigotes en mal de prêches et de musique liturgique.

Il aurai fallu s’asseoir au premier rang, mon rang, de fils, mais c’était trop difficile. Mon frère m’a lâché la main, laissé doucement, comme par pitié ou par compréhension subite, au fond du temple, et il s’est avancé au premier rang, dans son alpaga, puis s’est assis bien vertical.
Avant, je lui avais donné l’enveloppe et dit :
– Donne tout au pasteur, qu’au moins elle ait ses cantiques , et sa musique, et ses prières.
Je me suis assis, affalé plutôt, j’ai fermé les yeux.
J’ai attendu.
Quelques minutes, des bruits de souris et puis :
L’orgue a démarré : tu parle, un truc de con que même Bach n’aurait pas osé écrire, au mieux avec deux clavecins, ça aurait pu le faire, mais la, non.
J’ai gardé les yeux fermés.
Et j’ai attendu encore.
Et j’ai juste respiré pour ne pas écouter la suite.

NY 8

Une année, en hp, j’avais rencontré un schizophrène. Il disait en chuchotant «  Je suis le fils de Dieu, mais si je le dis, il m’enferment, alors tais toi ne le répète pas. »
Ses vieux étaient bourré de thunes et lui, il m’avait à la bonne. Une fois sorti, il m’a dit «  Viens avec moi, et prends cette chemise, elle ne sied pas au fils de Dieu mais elle t’ira à toi, files moi une clope s’il te plaît ».
On était passé chez ses parents, qui ne le supportaient plus et s’en débarrassaient soit en hp soit à coup de billets pour qu’il ne squatte plus chez eux. La, comme il en sortait de l’hp, cà a été le fric, et on est parti.
Il m’a payé un billet et on s’est retrouvé à Paris, puis on a pris un taxi pour Dijon. Il disait sans cesse «  tu vas voir, Dijon, c’est la capitale du champagne, et le champagne, c’est le nectar des dieux ». J’étais pas trop de son avis, géographiquement et mythologiquement, mais il payait, alors, je fermais ma gueule, et j’écoutais.
On buvait aussi : là-bas, il disent « déguster », nous on avalait tout d’un trait.
On reprenait la route jusqu’à la cave d’à côté. Bon dieu qu’il était bavard.
Quand il est reparti sur son histoire de fils de Dieu, intarissable : Il se souvenait de tout, et après sa version, il me récitais un verset de Jean, Paul, Mathieu, et l’autre, qui corroboraient son délire.
On a fini par reprendre le retour pour NY, on a repris un vol, et puis on a fini par se séparer, a l’aérogare.
Je suis sorti de mes souvenirs.
– Oui mais tu l’a sauvé.
– Bof, j’ai essayé, c’est tout, je ne suis pas sur que ça a été une bonne façon.
– Connard ! Ca a marché non ?
Et elle m’a embrassé.
C’était chaud et humide.
Sans ses habits, ça commençait a être chaud.
On s’est enlacé.
Le reste.
Les verres sont tombés vite, sur le tapis, avec le champagne qui restait.
Elle s’est endormi, après, lové sur mon ventre, ses cheveux qui me chatouillaient sans que j’ose bouger.
Je ne dors pas beaucoup, je rêve, alors je suis resté contre elle, et je l’ai écouté respirer.
Très tôt, je me suis relevé très doucement. Je me réveille toujours très tôt.
Je l’ai juste admiré, l’ai embrassé assez doucement aussi, pour qu’elle ne se réveille pas.
Et je suis redescendu dans la cuisine.
Il y avais un buffet d’acajou : presque noir.
J’ai ouvert: gagné, c’était le bar.
J’ai fouillé. Il y avait des truc de vieux, des alcools fort, et du porto, et un truc de la France : du pinot, je crois. J’ai regardé l’étiquette : 18 %: ll aurai fallut que je boive toute la bouteille d’un coup, à cette heure. Ok, la mamie, elle aurait pu en racheter en rentrant de l’hôpital, mais j’ai pas osé. De toute façon, elle ne devait pas y regarder souvent, dans son buffet.
Saké : essence de rose, sucre candy, là : j’ai pris et j’ai ouvert, et bu cinq ou six gorgées.
Mon bébé devait être réveillé, il fallait que je reparte vite, mais à l’étage, je désirais encore
Je suis remonté doucement, histoire de me rhabiller.
Alexandra dormait toujours, et moi, j’étais perdu.
Je l’ai embrassé, et je suis sorti de l’appartement, sans claquer la porte.
J’avais besoin de marcher, alors, je suis allé doucement, mais j’ai marché. J’avais encore peur de l’autre folle avec son bus, et marcher, ça me réveillait.
C’était l’aube.
Je suis rentré à Harlem.
Escalier, odeur d’herbe, pisse et graffitis.
Elle n’avait toujours rien mangé ma chérie.
J’ai tout jeté de la veille, et j’ai refais des tartines et du thé.
J’ai remis de la musique : douce, pour qu’elle se réveille.
Ma chérie, elle dors : presque tout le temps. Ou alors elle sort acheter n’importe quoi.
Je me suis assis, et j’ai attendu à nouveau mon frère, une Chevrolet, 8 cylindre ça s’entend.
Ca serait mon frère donc, ou un dealer en mal de frime, mais il ne s’arrêterait pas lui.
L’enterrement, c’était à 14 heures, et ce serait mieux que je sois sobre, ou à peut près.
A 12 heure, j’ai entendu sa Chevrolet se garer.
J’étais déjà habillé.
Je l’ai laissé sonné un peu, puis je suis descendu.
– On y va ?
– Ben oui connard.
Je hais mon frère. Je l’ai déjà dit mais comme c’est la première chose que je ressens quand je le vois.
Comme je hais mon père. Idem, mais lui j’arrive à ne pas le voir.
Ils m’ont trop fait chier dans mon enfance.
Mon père voulait que je sois un savant, et moi, je ne suis qu’un poète, même si je suis savant à ma façon. Enfin pas ingénieur, ou prof.
Mon frère s’est toujours moqué de moi, quand il n’était pas plus violent.
Les coups et les vacheries, je ne les comptais plus.
Je suis monté dans sa voiture.
J’ai claqué la porte, et il a démarré, et encore, il a fait hurler son moteur.
Il est parti à fond, pour le temple.
Ma mère, elle avait laissé des consignes, j’ai dis.
– Tu les as, les consignes : le texte, la musique, l’ordre, enfin tout ce qu’elle a écrit ?
– Non.
– Bon, on passe à la maison.
– T’es con ?
– Oui, mais moins que toi.
Si ça continuait, j’allais taper pour de bon.
– Non, maman elle a laissé des consignes et personne n’a du s’en soucier.
– Tourne dès que tu peux aller chez eux, ils nous attendrons, au temple, c’est nous la famille non ? Et fait plus chier avec ton bolide.
J’étais énervé : ça sentait toujours la pisse et le pet dans la caisse de ce con.
On était pas loin de la 911.
Je lui ai pris la main, j’ai tiré le volant , et j’ai tourné au bon embranchement.
On s’est pris un trottoir. La chevrolet a fait un bond. Après. il m’a laissé faire, du coup. Sa voiture, c’était mieux pour lui que ma mère, et la, j’allais la lui casser si je continuais.
Il a tiré le frein à main. La voiture a dérapé en tournant et s’est arrêtée.
– Maintenant, tu va me passer le volant mec.
– Non, je vais ou tu veux.
– Chez les vieux, je viens de te le dire.

La maison des parents je ne voulais pas y retourner, mais les instructions de ma mère, je savais ou elle étaient, et c’était la bas. Et j’y tenais.
Il s’est garé au bout de 5 ou 6 miles de lacets dans la campagne, en évitant les ornières, Ca a encore crissé.
Je suis descendu.
Je lui aurais cassé la tête tellement il avait l’air de trouver ça idiot que j’aille à l’endroit que je détestais le plus, et pour une truc qu’il ne comprenait pas.
Je m’en fous, quand on est mort, on est mort. Mais quand on a demandé quelque chose pour sa mort même si on trouve ça idiot, on peut au moins respecter.
Il me fallait juste une enveloppe de kraft, dans un secrétaire, et j’avais pas envie de perdre du temps.
La porte d’entrée était fermée.
Alors, comme quand j’étais enfant, j’ai escaladé le mur de pierre, j’ai mis ma chemise sur le bras, j’ai cassé la fenêtre. Et je suis rentré.
Le secrétaire, il était dans sa chambre : ça faisait deux ans que je savais, elle m’avait montré, et dit « tout est là, dans ce tiroir, c’est important tu sais ».
J’ai pris l’enveloppe de kraft, et je suis redescendu, pareil, par la fenêtre et par le mur.
– Démarre et file. C’est ce qu’elle voulait maman.
Il m’a regardé, j’ai redit.
Allez, file !
Il est reparti avec son bolide. J’ai baissé mon fauteuil, ouvert l’enveloppe, et relu ce qu’il y avait dedans.
C’était bien écrit : tout organisé. Dans l’ordre avec les références.
Organiser sa mort ? Quelle idée ?
Moi je mourrai sur un trottoir, et mort, je n’ai pas envie d’organisation.
Ca doit être un truc pour les pas morts.
Facile le texte, et les ordres. Vite, de toute façon, le pasteur, je lui expliquerai, il devrait savoir lui, ces conneries.
Une musique à l’orgue, il l’avait l’orgue.
Deux passages de la bible, s’il ne les avait pas ?

NY 7

Mon tel a sonné.
Pas de nom, c’était bizarre, même pas : »Bob », ni aucun des contacts autres, juste un numéro.
– Oui qui?
– Alexandra.
– Vous avez eu ce numéro comment ?
– Vous m’avez appelé ce matin, de chez ma mère.
Merde, j’avais pris le portable au lieu du fixe de mamie.
– Je voulais vous remercier, ma maman est à l’hôpital, aux urgences : avec la loi Obama, ça passe, même sans fric, sauf que sans vous…
– Vous savez moi, je n’ai fait que la raccompagner chez elle, j’y connais rien, c’est un gamin qui m’a dit qu’en attendant le 911, coke et thé, ça la tiendrait debout.
– Oui mais c’est vous qui l’avez fait, alors…
– Vous auriez fait quoi à ma place ?
– Pleuré, mais pas de thé, je suis nulle, et pour la… coke, encore plus,
Vous l’avez sauvé ma maman, avec vos trucs.
– C’est l’hôpital qui l’a sauvé votre maman, moi, je l’ai juste tenu vivante jusqu’à ce qu’ils arrivent, et à mon avis, c’est surtout les baffes qui l’ont tenu vivante.
– Dites pas de conneries, si vous n’aviez pas été la, elle serait morte avant l’arrivée des secours.
– Elle m’avait proposé en rendez vous chez elle avec vous, le lendemain, c’est a dire aujourd’hui.
Je ne sais pas pourquoi j ‘ai dis ça, mais maniaque, juste une voix de femme, ça vous torture, et de bête, vous passez à carrément con. J’aurais du raccrocher poliment, et laisser cette histoire derrière.
– Ben j’aimerai bien vous rencontrer.
– Je ne suis pas fréquentable vous savez.
– J’ai quand même envie de vous rencontrer.
Des gens comme vous, j’ai connais pas des dizaines.
J’ai regardé mon frère, et lui ai dit de freiner son bolide.
– Vous savez ou je suis la ?
Dans la voiture de mon frère, en direction de chez mon père, que je ne supporte pas, pour enterrer ma mère. c’est pas très simple.
Mon frère écoutait.
– L’enterrement de maman c’est demain, je te pose ou tu veux, et je reprendrais te prendre pour la cérémonie : de toute façon papa n’a pas plus envie de te voir que toi.

– Bon ok, quand vous voulez, ou vous voulez dans la journée, pas avant une heure.
Je compliquais, mais j’ai l’habitude, de compliquer les choses.
Ma chérie.
Helsein et ses seins de fers.
Alexandra,
Un enterrement.
Un père.
Plus un dollar sauf ceux de mon frère.
– Alexandra, quand vous voulez, ou vous voulez, j’ai répété, comme un somnambule.
– Dès que vous pouvez, alors, chez ma mère : vous savez ou c’est, je vous attends, votre poudre magique et le reste aussi, vous en avez laissé, et le thé, c’est pas ce qui manque.
Le thé, je m’en foutait, mais c’est vrai que j’étais parti si vite que j’avais tout laissé en plan, heureusement que les secours n’inspectent pas tout.
J’ai dit à mon frère: ramène moi d’où je viens, je serais la pour la cérémonie.
Et j’ai pas envie de voir papa.
– 2 heures de route encore ? En sens inverse ?
– Hé ho, ton bolide, tu l’adore, alors fait le cracher et puis ça fait qu’une heure.
– Ok.
Ca l’a presque fait jouir, en fait, de voir que j’étais sensible a la puissance de son V8.
Il a fait demi tour, et on est rentré pas loin d’où on venait.
Une heure après, j’étais devant chez la mamie, il avait roulé vite.
A peine descendu, mon frère avait déjà filé dans un nuage de poussière et de graviers.
J’ai sonné.
Elle a ouverte : dans une robe si transparente et décolletée qu’on aurait dit une nuisette. Encore une fille fine. Mais des yeux qui explosaient.
Dur pour un maniaco dépressif qui peins et qui écrit, de supporter tant de lumière.
Elle m’a fait rentrer.
Elle m’a dit :
– Votre sac de poudre est la, je ne suis pas sure, mais c’est sûrement ce qui l’a sauvé, ma mère, enfin, avant de partir des les choux, dans l’ambulance, elle a parlé d’un putain de réveil, ho pardon pour le gros mot,
et le thé je le fais, installez vous.
Oui, j’ai jeté un œil dans la cuisine : j’avais tout laissé chez la mamie, même le whisky ou ce qu’il en restait, elle avait raison, et l’oeil.
Alexandra, elle était mince ok , mais belle comme un Modigliani, première époque
Je l’ai regardé partir de dos.
J’avale tout (avec les yeux surtout) : j’ai besoin pour peindre ou pour écrire.
Une fois le feu sous la casserole allumé, elle est revenue dans le salon, et s’est posé tout contre moi. Je me suis un peu poussé, puis levé, et je suis allé prendre sur la table mon sac et j’ai presque terminé la bouteille au goulot : j’avais pas envie qu’elle se fasse d’illusions sur mon grand cœur
– C’est quoi, le nom de ta mère ? Je te dis tu : le vous, ça va bien cinq minutes.
– Suzanna.
– Elle est est où :
– St Marc :
128ème, sous respirateur, tu l’a sauvé. Tu l’as sauvé elle a répété, avec les yeux humides.
– Déjà dit, j’ai fait juste ce que je savais faire, et j’ai trouvé ton numéro de tel.
Quelle heure il est ?
J’ai repris le plateau d’argent, et je me suis refait un rail.
Ca a rexplosé.
Et j’ai repris une gorgée de whisky.
-Tu veux de ça? J’ai montré la bouteille vide comme un con, ou de ça ?
– Non, ni l’un ni l’autre.
Elle est repassé dans sa cuisine, et a ouvert une bouteille de vin blanc, un Lacryma Christi, à l’oeuil.
Elle a sorti deux verres magnifiques du buffet de sa mère, s’est servie et m’a tendu la bouteille.
-C’est moins fort que votre…ton truc, mais ça a meilleur goût.
– On va voir ta mère, ou on va dîner ?
Je ne savais plus trop ce que je racontais, j’avais pas envie de voir la mamie dans une cage d’acier, j’avais pas faim, juste envie de partir. Et de rester à la fois, à la regarder encore et encore.
– On va dîner.
Elle à dit ça d’un air décidé, en se relevant, et en remettant une mèche en place.
Ca se compliquait vraiment.
J’avais pas le numéro de ma chérie de tête.
Hesltein m’obsédait.
Alexandra, ça commençait aussi.
Dans sa nuisette elle ondulait, mais qu’est-ce qu’elle faisait en nuisette à cette heure bon dieu !
– Je m’habille, j’en ai pour une seconde.
Et elle a disparu.
Une seconde chez les filles c’est vingt minutes mini : fond de teint rimmel rouge à lèvre, déodorant, parfum, et après, un quart d’heure à fouiller dans une garde robe.

J’ai rebu un verre, puis deux , de son blanc cette fois. Le Lacryma Chisti, c’est à la fois poétique, mystique, et délicieux loin de cette gnôle du fin fond du Texas, marqué pur malt.
J’ai patienté en regardant par la fenêtre et en essayant de reprendre la main parce que là, je naviguais au jugé, dans un wagon d’idées brumeuses et contradictoires.
Le soleil se couchait, mais ça brillait encore plus : j’ai fermé les yeux.
Elle a fini par sortir du dressing.
Je l’ai pris par la main : elle s’y est serré, enlacé mes doigts, et on est sorti et descendu le perron.
Sur le trottoir, pas de Bob, rien pour me repérer un peu, que des bruits de grosses américaines qui passaient, et des cris de gosses se chamaillant.
– On va où ? j’ai demandé.
C’était pas mon quartier du tout, j’étais là qu’a cause d’Helsein et de ses ascenseurs et 8 heures avant, je m’étais juré de me jamais y revenir. Il ne faut jamais jurer, surtout moi, ivre et en mode maniaque.
– Dans moins de 100 pieds, il y a un italien. Pizza, ou pâtes, et le même vin.
Depuis que je tenais sa main, elle commençais sérieusement à m’exciter. Trop douce, trop tendre, difficile de ne pas réagir.
On est arrivé devant une terrasse vide, avec un store multicolore, et une enseigne clignotante : « Perso tino ». elle m’a tiré et fait entrer. Bar sale, deux trois piliers accoudés au comptoir, mais pas de table. Tout de suite à droite il y avait un escalier en colimaçon, la salle principale devait être en sous-sol en sous sol. En bas de l’escalier, une caisse et une jeune derrière, le nez fourré dans le tiroir. J’ai reconnu le patron : il tenait un autre restaurant avant, à trois pas d’un appartement que je louais quand j’étais plus en forme question fric. On a plaisanté, il m’a dit :
– C’est plutôt mon père que vous deviez connaître, j’ai rien répondu, ils se ressemblaient tellement, ça m’a foutu un coup de vieux.
On a demandé a une serveuse de nous placer.
Bougies sur les tables.
Il y avait encore quelques places pour deux personnes.
On a pris une table. La fille nous a a mené la carte.
– Apéritif ?
– Non, juste du Lacrima Christi, et puis non en fait, le chianti là, et une quatre saisons pour moi.
Le dernière quatre saison que j’ai mangé, c’était à Palerme, il faisait beau, mais l’artichaut, je n’aime pas trop. J’ai choisi un truc avec des anchois, et beaucoup de sauce épicée.
– Pour moi, Bellini.
Je lui ai repris la main. Elle était douce et accueillante. Et si je serrais, elle serrait aussi.
J’ai sorti un stylo : sur les nappes papier, je dessine toujours, ou j’écris.
Alexandra, elle est belle. Elle sourit, ses yeux sont perçants, bleus cernés comme sa mère, elle regarde aussi un peu tout, et elle me tenait la main surtout.
Juste du Chianti.
Au fond de la salle, il y avait un jukebox, un truc moderne, pas des 45 tours. Je me suis levé, je suis allé au comptoir, et j’ai demandé de la monnaie sur un de mes billets de 50 dollars. Le serveur n’avait pas assez de monnaie. J’ai fouillé dans ma poche, et j’ai trouvé moins, mon frère m’avait fourgué aussi des petites coupures.
Elle m ‘a donné des pièces.
Sur le jukebox, il y avait des trucs complètement inconnus, mais de vieilles chansons. J’ai cherché.
Patti Smith – Horses numéro 85
J’ai mis mes pièces : Pas assez.
Je suis retourné voir Alexandra.
– Je sors, il me faut un peu d’argent liquide.
– Tu vas trouver ça où ?
– : En face :ils me feront la monnaie, et les pizzas ne sont pas la encore, j’en ai pour 30 secondes.
En face, il y avait un tabac.
J’ai demandé un paquet de clope, et j’ai filé un billet de 50 dollars.
– Monsieur, on ne prends pas tant de dollars m’a répondu le serveur avec une accent français, mais il y a un drugstore encore ouvert à cent mètres qui vous fera la monnaie, juste la, à côté.
Il indiquait la gauche avec une main ou on voyait dépasser la tête d’une salamandre tatouée.
C’est quoi cent mètres, en pieds ?
Je suis sorti et j’ai filé, en regardant les façades.
Oui, il y avait un drugstore, avec un store encore plus coloré que celui de chez « Perso Tino ».
Je suis rentré, avec mon billet.
J’ai repris une bouteille, au cas ou. Le cas ou, c’était dans trois minutes, et fait la queue: Alexandra devrait attendre un peu.
J’ai fini par arriver à la caisse, j’ai expliqué que j’avais besoin de monnaie. La fille était sympa, elle a compté la bouteille, et changé en 10 dollars et en pièces.
Je suis retourné chez « Perso tino ».
Au jukebox j ‘ai mis la monnaie. Et j’ai envoyé Patty Smith.
Et je me suis rassis devant Alexandra.
Les pizza n’étaient pas arrivées, Elle avait juste enlevé son gilet de laine et le Chianti, elle ne s’était pas privée.
Je ne suis servi un verre de ce qui restait, et je lui ai repris la main. Elle avait toujours la main aussi tendre et aussi douce.
« Horses » c’était peut être pas un bon choix. De toute façon, je me suis relevé, et je suis allé voir autre chose sur le jukebox. Il fallait que ça soit plus doux, ou plus violent . j’ai choisis plus violent « Surfing bird » N° 72
J’ai mis les pièces, et je suis revenu.
Le son est parti.
Alexandra m’as dit :
– Mange
Ca venait d’arriver, sa Bellini, avec la mienne, aux anchois
J’ai rebu un verre, et vu l’état de la bouteille, j’ai levé le bras : la serveuse est arrivé, et je lui en ai demandé une autre.
– C’est un truc dans « full metal jacket» non, ta musique ?
– Si, mais ça date de bien avant 1956 je crois
Je l’ai regardé un peu mieux.
Corsage blanc, jeans, chaussure de sport, et vraiment belle
J’ai déjà dit mais en dix secondes, je déshabille.

Il y a 15 ans, aux cours du soir, j’ai dessiné, comme trois fois par semaines, une fille qui posait pour les cours de nus.
C’est comme ça que j’ai appris à déshabiller les gens.
J’ai flashé ce jour là.
Je l’ai accosté, le modèle, quand on est sorti.
– Vous voulez prendre un verre ?
Elle a hésité, puis dit
– Pourquoi pas ?
On s’est posé dans un bar, pas loin de l’université.
On a pris deux cafés.
Et on a fait connaissance.
Deux heures après, elle m’a invité chez elle.
Et on s’est embrassé.
Je l’ai pris dans mes bras ,doucement.
A l’époque, j’étais timide, mais c’est elle qui s’est déshabillée.
J’ai encore flashé : trois heures avant, je la dessinais nue, et pourtant la, je découvrais.
C’est elle qui m’a déshabillé.
Après, on a passé la nuit ensemble, moitié dans les bras, moitié à lire des poèmes, et du Gide. Je lisais mal le français, alors elle traduisait :  « Nourritures terrestres », c’était.
Petit, j’avais lu une traduction de « La porte étroite », mais j’avais rien compris. La dans ses bras, c’était limpide, Gide.
Et du Borges, mais une version bilingue, je comprenait rien à la page de gauche mais sa voix chantait. Après, elle traduisait.
Le matin, je suis reparti dans ma soupente.
Après…
On s’est revu un peu. Et puis plus. Et puis encore plus, On lisait toujours des poèmes. Et puis un jour, elle m’a dit
– Je suis à la colle avec quelqu’un d’autre. Il est jaloux, alors salut.
Elle m’a lâché la main, je l’ai regardé partir, j’ai pleuré, et puis rien.
Alors, les femmes, j’ai un peu peur de souffrir depuis.
Helsein, ma chérie, c’était pas loin en vrai, mais loin dans ma tête.

J’ai pris sur moi, et la main d’Alexandra. Toujours aussi douce : les maniaques , ça se répète dans les pensées, ou ils voient que la vie se répète. Elle l’a laissé dans la mienne.
J’ai resservi nos verres.
On a retrinqué, et fini nos pizzas.
Surfin bird, c’était fini, tu parles, ça dure 2 minutes.
Je me suis relevé pour mettre un truc encore plus hard, mais quelqu’un avait déjà mis autre chose, alors je suis me suis rassis.
De toute façon, elle me tenait la main si fort, qu’il aurait fallu être brutal pour partir encore, et ça, j’aime pas.
Je l’ai encore regardé.
Elle a souri, et s’est penché en avant.
Ca valait le coup d’oeuil.
– J’ai ma chérie qui doit m’attendre, tu sais.
– Les chéries, on en change. c’est qui ta chérie maintenant ?
Décidément, cette fille, elle n’était pas comme moi.
– Vous voulez un dessert ?
La serveuse était revenu.
– Pas moi non.
– Un tiramisu, si vous avez ?
– Et après, tu veux du café ?
– Jamais à cette heure.
– Alors juste un café pour moi.
La serveuse est partie, puis revenu avec nos commandes.
Elle a mangé son dessert, et moi bu mon café.
– Tu a laissé des choses chez moi, enfin, chez Suzanne, je te ramène, après tu va la voir ta « chérie ».
Jolie litote : des choses.
– Je te ramène, et tu repars la voir, elle a répété.
On a partagé l’addition, et on est sorti.
Elle a repris ma main, et on a remonté l’avenue.
On est rentré (non :elle est rentré, je ne l’ai pas accompagné) chez sa mère.
Elle a pris un sac et mis dedans mon bordel, elle est ressorti, et m’a tendu le sac papier.
– Tu es sûr de ne pas rentrer ?
Un silence.
– Si, je rentre.
J’en sais rien, elle dors mon bébé, et elle s’en fout : et elle aussi, elle était à Woodstock, alors.
– Il dors ton bébé, tu veux pas boire un dernier verre ?
J’ai l’habitude d’être saoul, ça commençait.
Celle aussi d’être tout tendresse. Elle a mis sa main droite sur mon épaule, et serré l’autre comme pour me tirer.
J’ai dis « ok », et monté les deux marches.
Elle a fermé sa porte, Suzanne était à l’hôpital, l’appartement était vide, elle était un peu saoule aussi, et elle avait envie de cette tendresse justement.
Je l’ai serré dans mes bras : du coup, elle a lâché ma main.
L’appartement était vide, mais elle m’a dit :
– En haut, il y a une chambre.
On a pris, enfin, elle, ma main de nouveau, et les escaliers, ensemble.
Il y avait des tapisseries partout sur les murs.
Et des marionnettes au plafond.
Et des cadres de papillons exotiques sur touts les murs de l’escalier.
J’avais rien vu de ça, la veille.
La veille, j’étais dans la cuisine.
Alexandra avait une sacré détermination : elle serrait aussi fort que deux heures avant.
En haut, il y avait un couloir, et des centaines de livres poussiéreux.
Poe
Chandlers
Bierce
Miller
Fitzguerald
Faulkner
Hemingway

Les noms volaient sous mes yeux
J’ai regardé tout
J’ai sorti Ezra Pound , Les Cantos, et j’ai ouvert au hasard.
« Le paradis d’un homme est sa bonne nature ».
Il y a des jours ou j’avais l’impression d’être en enfer.
Elle tirait ma main encore. J’ai suivi.
On c’est retrouvé dans une chambre, une vieille chambre: deux placards et ça sentait de l’antimite.
Elle m’a pris l’autre main, et s’est couché sur le lit, en tirant fort contre elle.
Je suis tombé.
On était collé, et je ne pouvais plus bouger.
– Reste la.
Elle m’a poussé sur le coté, et a dit :
– Je reviens.
J’ai pas bougé, je suis resté allongé, j’ai respiré, et j’ai compté.
Trois minutes après, j’ai entendu ses pas dans l’escalier de bois, ça crissait.
Elle est rentré, a bougé, je ne voyais rien dans le noir.
Puis si : il y avais mon sac, deux bougies, et le plateau de sa mère
Sur le plateau plus de coke, mais du champagne, ouvert, c’était ça le plop que j’avais entendu il y a Deux minutes
Les bougies, ça suffisait pour voir
Mon whisky, elle l’avais laissé, mais elle avait emmené ce champagne, et le reste de coke. Si, il était juste caché derrière la bouteille et ses verres
– J ‘ai jamais goûté de la coke, elle a dit
Elle a versé le champagne dans deux coupes de cristal
Elle avait viré ses habits et remis sa nuisette
Elle était aussi belle que j’avais imaginé.
– Explique moi comment tu as sauvé ma mère ?
– Rien, du thé et ce truc la, pour que son cœur bouge. Après je t’ai appelé.
J’ai bu une gorgée, c’était chaud, et le goût était comme dans mes souvenirs.

NY 6

J’ai fait 1 mile pour éviter l’autre bus, et j’ai repris le même en sens inverse, l’arrêt retour était plus loin.
Merde, c’était la même folle au volant.
Je me suis collé au fond, et j’ai attendu la fin de la ligne. Et j’ai tout posé, et juste allumé mes oreilles avec le casque qui pendait de l’iphone. J’ai mis le son à fond. Vraiment à fond parce que derrière, il y avait du bruit. J’aime bien ça : à fond.
Dans me tête, le son, c’est parfois doux, mais la, je ne savais plus, alors, j’ai monté encore le volume, mais ça ne montait plus ; putain de blocage des constructeurs.
J’ai cherché avec la touche de la musique digne de ce nom, pas longtemps, le volé avait du goût.
Radiohead.
Avoir sa propre musique toujours dans la tête c’est bien, mais en plus le volume, même bloqué, c’est mieux.
La fin de la ligne, elle arrive en face de chez moi, mais c’est dans Harlem, et quand on est blanc, Harlem, c’est pas si simple. Je me suis faufilé tète baissé, et j’ai fini par arriver devant l’entrée de mon immeuble. J’ai composé le code j’ai poussé la porte, et je suis rentré.
Dans l’escalier, il y a des graffitis partout, il y a des zones ou ça sent vraiment mauvais. Au rez de chaussé, ça hurle toute le temps, normal pour un bar. Au premier, ça sent l’herbe. J’ai fini par arriver chez ma chérie et moi.
Je suis rentré : mon bébé, était debout :
– Ton père a téléphoné.
Je déteste mon père, il a emmerdé ma mère toute sa vie avec ses ordres, son arrogance, son mépris et ses manies.
– C’est pour l’enterrement : c’est demain.
– Et mon frère, le petit je veux dire, il peut me prendre ?
– Oui, mais juste maintenant, il faudra passer une nuit dans la maison de tes vieux.
J’allais pas rater l’enterrement de ma mère, mais passer la nuit avec deux cons, ça allait être dur.
Mon père et mon petit frère passent leur temps a s’engueuler sur le Vietnam, pendant que pense à Woodstook.
Mon père est un vieux con réactionnaire, mon frère une jeune con réactionnaire, forcément ils s’engueulent en buvant du porto.
– D’ailleurs, ton frère a dit qu’il passait cet après midi. Tu l’aidera pour virer les affaires que ton père ne veux plus voir. Elle a pas dit « comme toi d’ailleurs » mais ça s’est presque entendu quand même.
– Mon père, je l’emmerde, et il se démerdera.
– J’ai pas dis ton père, j’ai dit toi.
Ils auraient du régler la situation sans moi. Ils savent bien qu’en général je passe plus de temps a régler ma situation en hp que celle des autres en ville.
Mon petit frère a une vieille chevrolet, et il en est fier, et il ne pense pas. Il conduit comme un pied mais il adore faire rugir le V8 et crisser les pneus.
Et il a un vieux bouledogue qui pue.
Derrière, dans sa chevrolet, ça sent aussi la pisse de ses gamins, et parfois, à côté de lui, il y a sa femme, plus con tu meurs.
Je suis allé prendre une douche, et j’ai mis dans un sac des vêtements adaptés à un enterrement.
Enfin : adapté ? J’ai mis ce que j’avais de plus propre. Je me suis posé, avec le sac, sur le canapé. Et j’ai attendu.
10 ans avant, j’avais une corvette : le bruit du moteur est le même, alors je ne risquais pas de ne rien entendre, surtout que mon frère ne roule pas vite, mais qu’il fait le fait hurler, son moteur.
Mon bébé était sous la douche à son tour. Elle est revenu, juste dans une serviette. Elle m’a embrassé.
Elle a dit :
– Flippe pas comme ça,
La mort, c’est normal.
Ton père tu le supportera bien, t’as qu’a changer de pièce.
Et ton frère est con, mais tu n’y peux rien.
Et tu sens le parfum.
Et l’alcool.
T’as recommencé alors?
T’as baisé ?
– La mort de ma mère, je ne supporte pas.
Mon père, je ne vais pas supporter non plus.
Et mon frère, s’il dit un mot, je le tape.
Et si son chien pète, je le jette par la fenêtre.
Elle m’a ré-embrassé.
– Calme, calme.
Les filles je m’en fous tu sais, mais quand même, appelle Irène, et calme.

Dans la rue, des pneus ont hurlés.
Puis un coup de frein brutal. Çà a hurlé encore plus fort.
Il était la, mon connard de frère, enfin l’autre, pas celui de mon chemin vers le supermarket. Un frère con, l’autre autiste, moi alcoolo maniaco-dépressif, un mari sadique, elle avait bien eu raison, ma mère de prendre le large au ciel, il n’y avait pas quoi d’être fière sur terre, et la haut, elle serait plus près du bon dieu pour prier. J’ai entendu la porte claquer, des pas dans l’escalier. Çà a sonné, j’ai ouvert.
Le petit con est entré, nickel, en alpaga, l’air arrogant.
On aurait dit qu’il venait d’avoir une promotion, pas qu’il allait enterrer sa mère.
– Bon, on y va ?
J’ai faillit lui foutre une tarte.
Je me suis levé, j’ai pris mon sac.
– On y va ?
Je l’ai suivi, dans la pisse et les graffitis, envoyé une bise à ma chérie et j’ai descendu les deux étages.
Je me suis collé dans sa chevrolet : ça puait : le parfum de sa femme, la pisse du gamin, et le chien. Rien ne change.
Il a mis la radio.
C’était un vieux rock genre Elvis, ce que je déteste le plus.
J’ai ouvert la fenêtre.
– J‘ai froid : tu ferme s’il te plaît.
– Ca pue trop.
Arrète toi la : il y avait une station service drugstore, et forcément de quoi boire.
Arrète toi merde, et prête moi 100 dollars.
Il a grogné.
– Ca marche pas mieux ta poésie de merde, apparemment.
La j’ai vraiment failli la lui coller, sa tarte, mais comme il sortait son portefeuille, j’ai rien dit
J’ai enfin eu des réserves et donc de quoi acheter à boire sans être obligé de voler à nouveau. Il a pris à droite, dans l’allée du parking.
il a pilé: les pneus on hurlé, mais il a laissé ronfler son V8.
– Magne toi, je me gare pas !
Je suis sorti.
Dans la station, j’ai fait les rayons, et j’ai trouvé : du correct, enfin, du à 40%
Je suis passé à la caisse, et pour faire bien, j’ai acheté de la bouffe à chien.
La caissière n’a pas levé les yeux de son scanner électronique.
J’ai payé, cette fois en flippant, avec une carte de crédit, pas trop à moi, volé dans la poche arrière d’un jeune con. D’ici deux jours elle finirait, déchirée, à la poubelle, le liquide de mon frère, çe serai pour le petit, et pour nourrir ma chérie.
Je suis retourné dans la chevrolet de mon frère, avec mon sac. Je lui ai donné la boite pour son chien, j’ai sorti mon couteau, découpé la capsule, et j’ai bu 5 ou 6 gorgées de ce whisky de merde, et puis j’ai posé le sac papier au fond de la voiture. Ce serai pour demain.
5 minutes après, pendant qu’il continuait de faire joujou avec son bolide, ça allait mieux
On était encore à une heure de chez mon père.
– Elle devient quoi ? Miranda ?
-Je sais pas, je l’ai pas revu depuis le lycée.
Trop con mon frère : c’était la plus agréable fille, et elle l’aimait.
Il s’était tiré, par peur, et il s’était collé avec une brave fille, maman maintenant, mais sans rien d’autre que son ménage ses gosses et ses âneries.

NY 5

Bus 809 attrapé en courant : à huit heure j’y étais, à MCE. La poubelle avait déjà été vidée, alors exit la cravate, mais la, c’était pas la DRH, c’était les seaux, et les seaux, ils s’en foutent des cravates.
3 étages, deux par deux les marches, la routine quoi, mais c’était pas la routine, j’ai pas osé aller chez Helstein direct comme mon cerveau disait, elle m’avait donné des consignes. La fille de l’accueil était aussi fatigué que la veille, mais elle au moins, elle avait changé de chemisier et d’escarpins.
– Je fais quoi la, enfin maintenant je veux dire ?
Elle m’a sourit.
Je lui ai fait un clin d’oeil que cette fois, j’aurais voulu décisif. Elle n’a pas bronché, mais elle m’a soutenu le regard et bombé la poitrine.
Elle a dit en me tendant un papier cartonné : voila vos consignes pour ce jour.
J’aurais préféré voir Helsein, mais j’avais juste un bout de carton jaune avec des listes d’adresses.
Des ascenseurs, il y en avait plein sur sa fiche.
– Le matériel est au troisième aussi, mais la première porte à droite.
prenez ce qu’il vous faut, vous savez faire non ?
Au troisième, la première porte à droite, c’était une sorte de réduit, rempli de seaux, balais, éponges, raclettes, liquides variés imbuvables. L’attirail complet, même un bleu.
Je suis redescendu avec son seau, son balai, et le reste, et j’ai pris à nouveau le 809. Direct à la 111ème, premier arrêt. Enfin direct non, il fallait changer de bus, mais c’était bien indiqué. Donc, de la 108 à la 111, j’ai pris le 805, et j’ai attendu d’arriver au 809.
Dans le 805, on aurait dit « speed »: la conductrice roulait comme une folle.
Elle s’est posée, enfin, elle a arrêté son bus devant la plaque. « Arrêt demandé » elle n’avait pas le choix mais ça risquait d’amocher sa moyenne. Elle m’a posé, enfin, je suis descendu, en tenant la main d’une mamie un peu perdue, avec dans l’autre mon balai, ma serpillière, et le reste.
J’ai serré sa main, à la mémé, parce qu’elle vacillait, lui ai demandé son adresse, et je l’ai ramené chez elle : elle l’avait son adresse, plus dans sa tête mais dans son portefeuille, enfin, à coté, sur des découpages de papiers. Bien 75 ans au compteur, mais elle était belle comme une fleur de printemps ; j’étais de plus en plus maniaque, « up », dans leur jargon de psychiatres plus space encore que les patients.
– Merci monsieur, vous voulez entrer ?
– Pas le temps, je dois bosser ce matin.
– Un autre jours alors : tenez, demain ma fille vient, on prendra un thé ?
J’ai dis « ma fois, je risque bien de repasser alors. ». J’ai regretté le « alors ».
J’ai fermé sa porte et je suis retourné dans la rue.
J’ai levé la tête. Je n’avais pas de lunettes de soleil et le ciel pour un maniaco-depressif, « up », c’est trop éblouissant, tout est trop éblouissant, même le noir.
J’ai regardé la première adresse, sur la fiche jaune.
J’étais juste en face. 805, 809: bof, ils avaient le même arrêt, et j’y étais.
J’avais les seins d’Helsein dans les yeux, et ma chérie encore dans les bras.
J’ai sonné à la porte de l’immeuble, le premier de la liste.
On m’ a ouvert, un grand black, dans un superbe costume, il faisait bien une tête de plus que moi.
Il m’a regardé, scruté même, et, a près 5 secondes il a dit :
– C’est vous la boite de lavage ?
J’ai faillit lui mettre mon poing sur la gueule : je ne suis pas une boite merde !
J’ai juste baissé la tête.
Il a vu en suivant mon regard, le seau, et le balai, et le reste, et a arrêté les questions cons.
– Bon, il faut faire tous les ascenseurs : il y en a quatre.
Faites dans l’ordre que vous voulez mais faites les quatre, avant midi, le patron attend du monde, ce serait mieux que ça soit propre, nickel je dirais plutôt.
– Oui monsieur.
Il est reparti, dans son costume gris, trop petit pour sa carrure.
J’ai regardé les ascenseurs.
J’ai posé le seau et le balai, et la sauce pour faire propre.
Jamais je ne pourrais faire ce travail, je me suis dis, je suis pas fait pour laver.
Je ferais mieux de retourner chez Hampson. Hampson, il me plaisait moins qu’Helsein, mais lui, on se connaissait du lycée.
J’ai tout posé, je me suis mis devant la porte : elle s’est ouverte, bizarre : pour entrer il fallait sonner, pour sortir, c’était automatique, et je suis reparti en laissant tout sur place.
Je suis retourné vers chez la mamie, c’était pas loin, et entre ma chérie, les seins d’Helsein, et ceux de sa secrétaire, j’étais pas obligé d’attendre sa fille le lendemain.
J’ai sonné chez elle. Rien. J’ai re-sonné. Rien.
La porte était ouverte, j’ai poussé. Ça s’est ouvert.
J’ai refermé et je suis allé sur le trottoir d’en face. Je me suis assis par terre et j’ai pris la tête dans mes mains.
Il y avait un petit vendeur. Il est passé sur la route, et il m’a tiré la veste, et m’a demandé
– Tu veux quelque chose man ?
– Oui  mec, oui. Il me faut un truc pour une mémé.
– Et pour toi ?
– Moi, on verra.
– Elle a quoi ta mémé ?
– Je sais pas elle est juste vieille et fatiguée. Mais elle ne réponds plus.
– Alors, c’est le 911 ou de la coke, avec du thé.
– J’ai pas de tel, il me reste juste à peine 40 dollars, j’ose pas retourner chez elle comme ça, et j’ai soif.
– Ben man, en face tu aura des bières, ou du vin ou ce que tu veux.
Après, t’achète ma coke, et tu la réveille ta mamie. Un téléphone, je t’en ramène un, si tu me donne 20 dollars de plus. Je suis devant l’immeuble dans dix minutes si tu veux ? Il y a un supermarket en face.
– Ca marche pour tes plans mais j’ai que 40 dollars, rappelle toi.
– Bon le tel, tiens. Mais tu es la quand je reviens mec?
Il a sorti un iphone qui marchait lui, volé sûrement 1/2 heure avant, et qu’il n’avait pas pu refourguer encore: donc à moi les emmerdes de repérage, faudrait le jeter vite.
Et il est parti sur son skate.
J’ai traversé la rue.
Tout a stoppé. Je suis entré dans le supermarket : c’était bourré de monde. Un vigile black endormi ne regardait ni les gens entrer, ni sortir.
J’ai cherché le rayon alcool. Les bouteilles de Jack Daniels étaient protégées par un système d’alarme, sauf une, je l’ai pris, et j’ai traversé tranquillement la queue de caisse avec, comme si je venait de payer. Je suis sorti. Le vigile dormait toujours, et le fric, je le gardais pour la coke du petit.
Salut Irène, la, vraiment, à la prochaine.
Dans la rue les gens étaient tous avec leur téléphone.
J’ai pensé à maman.
J’ai ouvert la bouteille, et j’ai bu une grande rasade. Ce coup, j’ai même pas regardé autour, j’étais pas rasé, sale, presque un clodo, les clodos tout le monde s’en fout.
C’était chaud et bon. Plus sucré que l’Écossais de la veille et plus du coin.
Et je me suis mis à penser.
C’est con, mais a force d’écrire sur un clavier, la nuit, quand je pense, j’écris avec les mains
Quand je bois c’est pareil, si je m’affale.
Je tape sur de l’imaginaire, sur mon mon ventre ou en l’air.
Un jour sur mon ordinateur , j’ai vérifié, les yeux fermé. J’ai juste pris le clavier bien en face, je l’ai regardé cinq secondes j’ai fermé les yeux, et j’ai tapé : un poème : 50 touches de lettres et chiffres à peu près, un clavier quoi.
C’était correct, ce que j’ai tapé, à quelques touches près.
J’écris en aveugle, de toute façon, ce n’est pas moi qui vais aux touches, c’est elles qui obéissent. Les nuits, quand mon baby dort et que je n’y arrive pas, je me pousse pour ne pas la réveiller et je compose. Et je pense et je tape, nulle part, ou plutôt dans le ciel.
Et ça bouge vite.
Ma psy m’a dit :
– Dans ces cas la respirez.
Ce cas la, c’était juste un autre poème.
Je me suis re-assis sur le trottoir, j’ai repris une rasade et j’ai attendu le petit.
Elsein, franchement, je kiffais. Pourquoi Elsein elle revenait sans arrêt ? La secrétaire, la joggeuse, les filles, du vent, mais Elsein, toujours à me crever les yeux. Et je venais de me griller au premier ascenseur à laver.
J’ai reprit une autre rasade, ça faisait trois.
Et j’ai tapoté des haikus sur mon ventre, juste pour elle. Mais quoi ? On drague une future déjà ex patronne ? Alors j’ai arrêté de pensé et juste respiré, comme elle dit la psy, sur ce trottoir doucement, en fermant les yeux, la main serré sur le sac de ma bouteille.
Le gamin est revenu. Il m’a tapé sur l’épaule.
Je lui ai filé les quatre billets de dix : il m’a filé un gramme de coke dans un sachet.
– La mémé, tu ne lui en donne pas trop, de coke, et tu appelle le 911 si tu vois qu’elle flanche. Allez, salut, je rode toujours pars la, mets mon numéro dans ton tel. Il me l’a donné mais je l’ai laissé faire, les iphones j’y comprends rien.
– J’ai mis Bob, c’est pas mon nom, et demain ça marchera plus mais au milieu du merdier de ce petit con, tu me retrouvera d’ici la si tu as besoin. Le tel est plein de contacts : d’ici qu’il sonne…
Il est parti, avec sa casquette à l’envers, sur son skate.
Je me suis relevé : le sachet dans une poche, un tel dans l’autre, le sac kraft à la main et je suis retourné chez la mamie. La porte était restée ouverte, j’avais du mal refermer.
Elsein me hantait à nouveau : plus de respiration, de l’excitation, donc elle revenait.
Et mon bébé qui dormais sûrement encore.
Je suis rentré.
Elle étais dégagé sur son canapé la vieille, souffle court yeux fermés, narines exorbitées, verte. J’ai pris le tel, et j’ai fait le 911. J’ai raccroché de suite. J’ai cherché la cuisine, trouvé, trouvé tout. Casserole pour l’eau, théière, thé en sachets dans le buffet, sucre, j’avais la coke. J’ai allumé la cuisinière, mis l’eau dans la casserole, et j’ai laissé chauffer.
Je suis retourné dans le salon.
Ma mamie respirait toujours, maintenant couché en vrac sur son canapé.
Il me fallait encore quelques minutes.
J’ai mis les sachets lipton dans la théière et j’ai laissé infuser.
Je suis retourné voir dans le salon : ma mamie respirait encore, mais moins fort, moins vite, un souffle juste. Ma mamie… Je me sentais investi du pouvoir divin de lui redonner vie, comme Jésus avec Lazare. J’ai repris mon sac et une gorgée. Il buvais Jésus ? Oui sûrement, avec le coup des noces, il avait pas transformé du vin en eau, aux dernières.
J’ai trouvé 2 bols, et un plateau d’argent sur le vieux buffet louis 11. J’ai pris la coke et j’ai fait 2 rails sur le plateau. J’ai attendu que les sachets infusent et j’ai servi le thé.
Puis je lui ai foutu une claque.
– Réveille toi !
Une autre claque.
On (je) ne mets pas de gifle à des mamies, sauf si elle sont en train de disparaître.
– Réveille toi merde !
Elle a ouvert les yeux.
Elle a ouvert les yeux encore, s’est relevée doucement du fond de son canapé.
Elle s’est assit, doucement encore.
Je lui ai servi le thé, et j’ai amené le plateau.
– Du sucre avec ton thé ?
– Non merci.
Sur le plateau, les rails, ils étaient superbes, après quelques verres, je ne tremble plus.
– Respire, enfin, aspire ce truc par le nez, ça ira plus vite pour te mettre d’aplomb.
Ta fille a laissé des pailles pour le coca dans la cuisine, ou c’est toi, je ne sais pas, sinon mets cette poudre dans le thé, mais ça ira moins vite. Après tu fais le 911, et ils prendrons soin de toi, moi, je n’irais pas plus loin, je me tire.
Elle avait des yeux magnifiques : verts cernés de bleu foncé.
Mais effarés, perdus.
Alors je lui ai dit :
– Tu fais ça :
J’ai pris une paille et je lui ai montré.
Ca a pété dans ma tête.
J’ai dis :
– Fait pareil : c’est simple, tu aspires fort.
Elle a fini son thé. Elle m’a regardé comme pour dire « vous êtes sûr ? », et puis elle s’est penché, a pris l’autre paille, et a fait comme moi. Elle a eu un gros frisson et ça l’a remis debout sérieux.
– Bon maintenant, tu fais le 911.
– J’ai pas l’argent pour l’hôpital.
Ses yeux brillaient maintenant.
– J’en ai pas non plus, et ça, la poudre magique, c’était déjà mes derniers 40 dollars alors.
Elle s’est levé. J’ai cherché un peignoir, il était juste la, sur une patère. Je l’ai couverte.
– Tu vas te démerder ?
– Oui jeune homme.
Mais revenez donc demain, pour ma fille.
– Je vais plutôt…
Et puis, j’ai pas osé: elle tenait presque debout, le reste de la coke, ça l’aurai tué.
J’ai demandé le teléphone de sa fille.
Elle m’a dit :
– C’est dans le carnet, la.
Je suis allé à coté.
Sur son bureau il y avais bien un agenda, j’ai cherché et puis je me suis dit qu’il valait mieux directement demander le prénom de la fille, et son téléphone. Je suis revenu .
– C’est quoi son prénom ?
– Alexandra.
Elle s’est a nouveau affalé.
J’ai cherché.
A, A, A
Alexandra:, j’ai supposé que c’était le bon. J’ai gueulé « Alexandra ?
– Oui
Ok, un numéro et une adresse. Je suis revenu dans la chambre. J’ai remis du thé dans la tasse de la mamie, elle était restée assise mais elle vacillait. Une gifle de plus. Comment vous vous appelez ? Buvez !
Elle s’est relevé, et a pris la tasse : manifestement, la coke, c’était pas un bon plan, mais le 911, moi, j’étais pas capable.
Je me suis refait un rail et j’ai allumé la dernière clope qui me restait.
Après, je sais plus.
Je suis retourné dans l’entrée, ou il y avait le téléphone. J’ai tapé le numéro de l’agenda. J’ai appelé.
– Allo ?
– Allo ?
– Bonjour Alexandra, je suis chez votre mère, il faut faire quelque chose, j’ai fait ce que j’ai pu mais la, je ne sais plus, alors bougez vous le cul, si vous y tenez. La mienne de mère elle est morte hier. Appelez le 911. Moi je me tire, c’est trop dur, je l’ai ramené, je l’ai soigné à ma façon, ça ne suffira pas.
– Vous êtes qui ?
– Personne, j’ai juste pris soin de votre maman, maintenant, faites le, vous. Et j’ai raccroché, et je suis reparti, sans rien, chez moi.
J’ai claqué la porte quand même cette fois. J’ai marché. Le 805, j’en voulais plus, trop speed. Alors j’ai marché longtemps.
Helsein, je l’aurais bien revu, mais c’était mal barré, elle m’aurait jeté.
J’étais sûr d’être viré, et je n’aurai pas de deuxième chance. Alors encore des annonces et un rendez vous ailleurs, pour ma chérie , c’était tout de même ma chérie.

NY 4

Vite par se rabattre sur les despés, ou le vin, de l’écossais, il n’y en aurait plus.
Il y avait des chants d’oiseaux partout et je croisais de jolie filles presque toute avec leur mobile collé à l’oreille, et des couples de vieux a peu près tous avec des caddies traînant au bout de leurs bras vieux et fatigués. Si, une joggeuse au cul de pomme, m’a doublé, j’ai admiré.
J’avais oublié mes lunettes de soleil, le monde était brillant et taillé à la serpe.
Le mode maniaque, ça commence comme ça, comme le décolleté d’Helsein et de sa secrétaire, comme le cul de pomme, comme pas dormir aussi. Demain, sûr que je frôlerai les filles dans mon chemin, pour le supermarket, c’est l’inverse de celui de mon frère ainé quand il rentre a midi pour déjeuner. On est chacun à un angle de la Martin luther King Street, mais lui, c’est côté Adam Clayton PowellJr, et moi Malcom X.
Résultat, vu l’heure, on s’est croisé.
– Maman est morte.
– Je sais, je m’en occupe.
– Tu veux venir boire un café ?
– Pas le temps.
Mon frère n’a jamais le temps.
D’ailleurs il ne s’occupe de rien non plus, c’est l’autre, le con, qui avait du se charger des emmerdes.
Il a repris sa route, moi aussi. J’ai refait le coup des trois gorgées. Mes amis imaginaires finiraient la rue et la joggeuse, je ferai semblant de tenir son rythme et lui sourirai, histoire qu’elle enlève son walkman des oreilles et qu’elle me parle.

J’ai encore ressorti la bouteille. Déjà du coté à moitié vide.
J’ai fait demi tour.
La porte automatique du supermarcket s’est ouverte trop lentement, maintenant, je devenais speed, putain de manie. J’ai faillis lui envoyer un coup de poing.
Je suis rentré, et j’ai refait un sourire au vigile et posé mon premier sac dans une consigne, sans mettre de fric, j’avais pas de monnaie, et pas l’envie de passer par l’autre entrée pour avoir un jeton. Speed. Tant pis si on me fauchait mes premières courses, je commençais a délirer un peu.
Le vigile jouait avec un gosse, il ne m’a pas redit bonjour, occupé à faire semblant d’engueuler un petit pour une histoire de tétine sale qu’il ne fallait pas reprendre, et la mamie en garde du chiard gloussait. Il m’a adressé un sourire gêné en même temps, et a regardé vite fait mon caddie histoire de ne pas se faire engueuler par le patron.
Je suis allé direct au fond du supermarcket et j’ai pris du jus d’orange, un sirop « mojitos » et je suis remonté coté viande et plats cuisinés. L’allée, c’était celle des produits de beauté, j’ai acheté du lubrifiant, à tout hasard et pour que mon caddie ne soit pas vide, parce qu’après ça tournait : et encore 200 mètres dans le rayon alcool.
J’ai regardé, ca brillait encore plus que toute à l’heure et j’ai pensé « merde à Irène , merde aux A.A. », vive Hemingway
J’ai repris de l’alcool pour mon seul vrai ami : moi. Une bouteille de rhum, et du Lambrusco. Tout à l’heure ma chérie goûterai, elle aimerai sûrement: du rouge italien qui fait des bulles ?
Je suis ressorti et rentré avec mes deux sacs, dans ma Malcom X street

Baby dormais encore.
J’ai refais du thé. Je l’ai embrassé, fait cuire des pâtes, fabriqué de la sauce carbonara :c’est l’avantage d’être allé en Italie, d’être doué en cuisine et de lire, et d’être speed, et aussi de savoir taxer en douce des sachets de parmesan.
La table était mise. Le soin contrastait avec la vaisselle ébréchée. Tout aligné parfaitement, et des serviettes papier en origami de papillon.

10 minutes après, elle est sortie de la chambre, nue.
Je lui ai servi un thé et lui ai dit : « dans trois minutes on mange, deux, magne ».

Elle a fait la moue, a posé le thé, s’est tournée, a tortillé les fesses, puis est reparti dans la chambre. Dommage, j’aurai bien profité du spectacle plus longtemps et même tout le repas.

J’en ai profité pour réfléchir, en réalignant encore ce qui semblait de travers.

Une page par jour, ça doit être possible, vraiment maniaque, c’est 5 chapitres, alors.
Enfin, je travaillais tous les soirs et la, je sentais que je montais en pression.
Après, j’essaierai un autre éditeur, et encore s’il fallait.
J’avais juste pas envie de laver des ascenseurs, en fait.
Juste de faire des poèmes et des romans.
Et de donner tout ce que je pouvais à ma chérie.
Mais ce job, il fallait que j’y aille, j’avais vraiment besoin de dollars.

Ma chérie est enfin revenu habillée, enfin, avec un peignoir.
Dans la cuisine, ça sentait bon.
J’ai servi les pâtes, et mis la sauce.
J’ai ouvert le Lambrusco et nous ai servi tous les deux.
J’ai pensé « Salut Irène, ce coup, c’est vraiment bye ». Le nombre de fois que j’ai dit Bye aux A.A. Ce coup c’était comme les autres un »bye » provisoire, quelqu’un un jour me forcerait bien à y retourner, mais ça ne préparerait qu’un autre « bye » provisoire.
Mon bébé n’a même pas remarqué que mon verre était rouge.
On a trinqué.
55 jours : fini. La, c’était devant témoin : fini quoi.
Le problème quand tu passe en mode maniaque, c’est aussi que tu oublie tes bonnes résolutions, mais avec mon bébé, j’avais jamais rien caché, et celle la de bonne résolution, je la gardait. Sauf que l’honnêteté a deux tranchants, plus besoin de trouver des astuces pour mentir, de chewing gum à la menthe ou autres conneries qui ne font pas illusions longtemps, mais une barrière de moins.
On s’est resservi, les pâtes étaient trop chaude, puis encore. J’ai ouvert la deuxième bouteille de Lambrusco, là, ma chérie m’a vue faire. Elle a capté, m’a regardé, et ses yeux se sont mis à pétiller et à pleurer en même temps.
J’allais lui faire l’amour sans cesse, et des conneries aussi, elle était sûre. Elle avait vu le lubrifiant jeté négligemment dans la chambre. Les conneries, ça avait déjà commencé.

– Je veux sortir, elle a dit.
-Ben sors ?
– J’ai pas d’argent, et je veux acheter.
– Quoi ?
– Je ne sais pas, juste acheter.
– La semaine prochaine, j’aurai un salaire, mais la, on a rien baby.
Les pâtes finies, je l’ai pris dans mes bras, et j’ai viré son peignoir.
C’était chaud, c’était doux : Elle était chaude, elle était douce. Ok elle est trop maigre, mais c’est mon bébé. Et les gens qu’on aime, ils sont toujours beau.
J’avais encore trop de musique dans la tête.
Je l’ai posé dans le lit.
J’ai ouvert ma boite d’herbe.
Je suis allé chercher une clope.
Je ne fume plus depuis plus de deux ans, mais l’herbe, il faut la couper, alors il me faut du tabac, l’herbe pure c’est chaud, et les conneries, ça le devenait.
Je suis allé dans le salon, j’ai remis le pick up en marche, avec un autre disque, Lou Reed je crois, non, Babylon Bus de Marley et j’ai monté le son. Lou reed, c’est quand ça redescend, quand ça monte, c’est toujours Babylon Bus. J’ai rempli la pipe.
J’ai cherché un briquet et mis le feu, et ma chérie a pris une taffe.
Après, ça été une fin de journée d’enfer.
Après Marley, j’ai mis un disque français, en attendant le temps du Velvet : Je ne comprenais pas les paroles, juste le son.
J’ai laissé tomber.
Ma chérie était la. J’admirais.
Même trop fine, elle était belle.

Elle dormait doucement, couchée sur le coté, les cheveux en vrac, épuisée.
Je l’ai écouté respirer doucement et j’ai fini de planer en composant jusqu’à m’assoupir : l’herbe est un bon calmant, meilleur que les saloperies des hp
J’ai sursauté.
J’avais rendez vous le lendemain. Le réveil me disait qu’on y était au lendemain, j’avais du dormir et j’étais encore raide et saoul.
Helsein. MCE.
Je suis sorti du lit.
Je me suis lavé la figure, et après j’ai mis de la crème sur les yeux gonflés.
Et je me suis habillé, avec des fringues sales, la machine ne tournait plus : encore une raison de trouver de l’argent.

J’ai embrassé mon bébé, j’ai mis des chaussures, et je suis parti.

NY 3

Dans l’appartement, ma chérie elle n’avait pas touché le thé, ni les tartines : le beurre fondait.
Elle était encore au lit.
J’ai remis plus de son, histoire de la secouer un peu, je n’avais pas coupé la platine en partant.
Les Stooges, Fun house, en boucle.
J ‘écoutais pas, c’était juste pour réveiller ma chérie. De toute façon, c’était acide, et ça grinçait dans les oreilles.
J’avais surtout les yeux et les seins d’Helsein dans les yeux, et le reste.
Je me suis remis tout contre ma chérie, sous les couvertures, je l’ai juste doucement enlacé.
Elle a sursauté « c’est qui vous !».
– C’est moi baby, c’est juste moi.
Elle a ouvert les yeux en grand, m’a regardé, a soupiré, s’est retourné et a refermé ses yeux salis du rimmel d’hier.

Je l’ai enlacé, caressé, et puis, comme elle ne faisait pas mine de se lever, j’ai serré plus fort.
Je me suis relevé, trop vite, pour prendre un comprimé de calmant, chaviré, recouché, et fermé ces putains d’yeux. Et on a re-dormi, moi pas longtemps.
Je me suis décollé du corps suant de ma belle. Il faisait chaud maintenant.
Je me suis relevé encore, pour ouvrir la fenêtre, ai de nouveau chaviré, et je suis revenu me coller contre elle.

J’ai jamais compris comment deux corps pouvaient s’emboîter comme ça, mais ça le fait, alors.
J’avais toujours les seins d’Helsein dans la mémoire. Pourtant, je les avais a peine regardé, mais ils m’avaient eux, sauté dans les yeux.
Et tout le reste.
Pour un maniaco-dépressif, les choses vont vite : très vite, et de la nitroglycérine d’émotion, c’est rare que ça vous laisse intact, si ça pète.

Et là, ça pétait, et de plus en plus vite, et de plus en plus fort. J’avais déjà vu tout à l’heure, aux couleurs presque fluo du monde, à ses lignes acérées, à ces préoccupations érotiques, que ça finirai mal.

Mon cerveau s’est emballé.
Pèle mêle, en un instant :
Il fallait que je m’occupe de l’enterrement de ma mère.
Il fallait que j’ai ce boulot.
Il fallait que je m’occupe de ma chérie.
Il fallait oublier les seins d’Helsein.
Il fallait oublier ce RV raté avec sa secrétaire.
Il fallait oublier les couleurs et les sons.
Il fallait trouver une nouvelle cravate pour le lendemain, ou fouiller la poubelle.
Il fallait retrouver des lunettes de soleil, je ne survivrais pas dans cette lumière hallucinante, et je me couperai les cornées aux angle des grattes ciel.
Et Il fallait pourtant sortir simplement pour remplir, enfin mettre deux trois bricoles dans les placards et le frigo.

J’ai fouillé dans l’appartement, de tête, vite aussi, très vite.
Des fringue en vrac, sans importance.
Un drapeau sudiste collé contre un du Che, sans importance non plus.
Des canettes de bière sans alcool, idem.

Un caddie. Ça il me le fallait.
Quelques dollars qui restaient la, sur la table basse, l’air triste d’être les derniers, il me les fallait aussi.
J’ai essayé de me relever : impossible ce coup la, ça ne chavirai plus, ça vacillait, trop.
J’ai pris mon temps.
J’ai regardé au plafond. Une mouche faisait des ronds. Autour de l’ampoule du plafonnier cassé. Mais elle était éteinte, et c’est des triangles qu’elle faisait la mouche. J’ai attendu, elle n’arrêtait pas son voyage : drôle de trip, des triangles autour d’une ampoule éteinte.
Ca a duré un temps fou, je me disais qu’elle allait manquer de carburant, de glucose, ou qu’elle allait se péter les ailes. Puis elle s’est posée sur l’ampoule et n’a plus bougé.
Elle devait attendre, quelque chose, de la lumière, ou quelqu’un. Je me forçais a ne pas ciller des yeux, pour ne pas la perdre, mais elle ne bougeait vraiment plus.
J’ai pensé sortir de la poubelle une épluchure de melon et la lui tendre, pour lui donner du glucose, qu’elle redémarre, allumer l’ampoule, pour qu’elle soit au chaud chez elle.
Je me suis juste assis doucement sur le bord du lit, et j’ai attendu.
La dernière fois que je me suis levé vraiment trop vite, j’ai fini par terre en cognant un chambranle.
Pour accueillir un plombier en avance.
Résultat, moitié à poil, couché au sol , avec du sang partout, du sang vraiment partout, les arcades, ça ne plaisante pas avec le sang, un coup de téléphone du voisin affolé, les pompiers, les urgences et 5 points de suture. Je suis passé de 123 a 124 séries de blessures. J’ai compté il y a deux ans, dans un hp ou je m’emmerdais. Une bonne dizaine de chutes, le reste à coup de cutter. Et je ne parle même pas des brûlures de cigarettes.
Mais là c’était pas volontaire.

J’ai fini debout.
J’ai pris les dollars et les ai mis dans ma poche.
Je me suis rhabillé j’ai mis des chaussures, je me suis accroché au chambranle de la porte de la chambre, et quand j’ai vu que je tenais debout j’ai vérifié mes clefs pris le caddie et je suis parti.
Au supermarcket, je connais tout le monde.
Les vigiles, tous des blacks, les caissières, des blondes, vrais et fausses, qui filent au starbuck d’à coté dès qu’elles ont leurs cinq minutes de pause, et un irlandais avec un accent à chier et un regard de chien battu, qui fonce lui à Harlem shake parce la, il y a du vin.
J’aime la poissonnière, on se tutoie, et quand les crevettes ne sont plus très fraîches, elle me le dit à l’oreille, alors je cherche autre chose.
Et une caissière surtout, mais elle est passé des caisses au rayon des plats à emporter.
Puis elle a disparue complètement. C’est con : je choisissais toujours sa caisse, elle souriait, on parlait, vite : il y avait du monde derrière.
A croire qu’à part l’alcool, je n’allais autrefois la dedans que pour discuter et avoir des sourires.
Mon ex caissière, elle est je suppose encore bien dodue mais elle en avait un, de sourire, magique
Ma chérie, elle est fine, je la soulève d’un bras, mais j’aime bien les dodues en fait, et tout cet espace qu’elle t’offrent pour les mains et les lèvres.

J’ai scruté de tête les rayons, en lorgnant coté alcool, du rhum, du vin californien et une bouteille de Whisky Écossais, j’étais toujours bon en scrutage mais ça faisait 55 jours que je n’y touchais pas. Chaque jour à compter et à être fier. En fait, c’est Irène qui est fière de son boulot de marraine. Irène, ça fait 12 ans qu’elle n’a pas touché un verre mais ça ne la rend pas assez fière. Ce qui la branche, c’est de donner des conseils aux comme moi. Mais surtout, parce que des comme moi, les conseils on les connaît par cœur a force, les 12 étapes et la prière et tout le reste aussi, surtout c’est la « psychologie ». En une seconde, si elle détecte une faiblesse chez une de ses ouailles, elle lui lance un couplet avec des trémolos dans la voix. « Moi quand je » et c’est parti, elle est aux anges. J’écoute patiemment ses « moi quand je », puis je retourne à mes manies ou dépressions, mes créations ou silences. Mais en général, je joue le jeu.

Normalement, ça le ferait encore 1 jour de plus pour moi, mais la, le frigo était vide et ma chérie, elle mange quand même de temps en temps. Moi, j’avais soif et les bouteilles m’appelaient trop fort pour que ça passe encore, j’était au stades des excuses bidons, mais le job était fait.
Au lieu d’aller direct au conserves, je sur passé par le rayon. Ca sera pour les amis, je me suis excusé, et j’ai continué de marcher.

MCE c’était juste demain, j’avais toute la journée pour faire ces putains de courses. Ca tombait bien, j’y repassais sans cesse devant ces bouteilles, jusqu’à lacher prise. J’ai acheté pour mes « amis » de la tête, et j’ai décidé de sortir vite pour goûter ce que je leurs offrirai.
La caissière, c’était l’irlandais, il a souri devant les bouteilles. Le vigile, il a rigolé direct : sûr qu’il avait fait un paris sur le temps que je tiendrai cette fois et qu’il venait de le gagner.

A peine dehors, j’ai ouvert le sac, la bouteille de whisky, et après un bref coup d’œuil, avalé 3 gorgées, refermé la bouteille et tout remis dans le sac. Mes amis imaginaires allaient être contents, c’était bon, cette brûlure, cette descente et ce choc dans l’estomac, et le plaisir de l’attente du paradis puis du néant. J’ai pensé « slow », regardé ma montre, et oui, il y avait une vie entière a raconter a chaque secondes. Le « up arrivait a fond, et je lui avait ouvert la voie en grand.

NY 2

– Bonjour , je suis Mr Hallowen, comme la fête, James, j’ai un rendez vous avec le DRH d’EMC.
La fille de l’accueil était aussi crevé que moi, mais bien plus belle. Pas de poches sous les yeux, elle, juste de petites cernes et un air morose devant son ordinateur.
J’ai sorti mon iphone et tapoté un peu. Les iphones j’y connaît rien, j’ai juste récupéré celui la dans une poubelle d’un hp, et changé la glace chez un copain réparateur dans la 8ème.
J’avais dans l’idée que ça ferai bonne impression. Mais elle n’a pas levé le nez, occupée avec le sien, de téléphone, et son imprimante.
Elle a raccroché mais elle traînait la fille, avec ses papiers, et un nouveau coup de téléphones auxquel elle n’a pas répondu, elle a juste juré, et « fuck » ça faisait bizarre avec son look , alors j’ai rangé le téléphone bidon et je l’ai regardé, détaillé.
Mains manucurées rouge et long, rose vif presque fuschia, regard triste, trop de fond de teint ,pailleté, en plus, ça cachait pas vraiment ces cernes.
Jupe ( de ce que j’en devinait) et corsage à fleurs manches courtes, assez échancré pour deviner un peu de dentelle.
Un tatouage sur le bras gauche, une sorte de geko simplifié avec un nom arabe en dessous.
Sur son fauteuil, elle n’avait manifestement pas eu envie de l’enfiler, un tee shirt de la boite. EMC en grosse lettres blanches sur un fond bleu, avec un logo. Un mélange de ménage et d’ascenseur, genre monsieur madame, plus un seau et un balai. Je me suis un peu avancé et penché. En fait, on le voyait son soutient gorge, rose plus bas que la dentelle, même s’il n’y avait pas grand-chose dedans.
Après, dessous plutôt : trop serré sous la jupe, un peu maigre, j’ai vu ça parce qu’elle a donné un cou de pied dans son bureau, et s’est penché en arrière pour prendre ses aises.
Jambes croisées.
Bas gris.
Escarpin noirs.

Elle a raccroché le 3ème coup de fil qu’elle avait fini par daigné prendre un fois son imprimante remise en marche.

– Voilà:Mme Helsein vous attend.
quatrième étage, troisième bureau à gauche.

J’ai encore tiré ma cravate, et sorti mon plus beau sourire.
Au pire, je pourrais essayer de lui proposer un rencard, dans un chinois ou un indien, si je me faisait lourder.
– Votre prénom c’est ?
Elle n’a pas répondu, décidément, je suis nul en drague.
Je suis allé au milieu du hall et j’ai cherché les escaliers : je hais les ascenseur, sauf dans les films.
Deux par deux les marches.
Après quatres étages, deux marches par deux, ça fait que deux étages.

Je suais, du coup, et j’ai sorti un mouchoir papier pour m’essuyer le front.
Couloir, à gauche, un deux trois quatre cinq six, j’ai frappé et je suis rentré, c’était marqué « EMC DRH » « Entrez sans frapper », et dessous un autocollant « Mme Helstein », avec le « t » barré au bic.
Je me suis assis, dans un espace de moquette et de velours.
Et j’ai attendu, sur une sorte de canapé, avec des pois de toute les couleurs, à chier.

Helsein elle s’appelait donc la DRH, sûrement une allemande: Un plan de fou d’aller la dedans. Genre j’aurai peur : non j’ai peur.

Entretenir des ascenseurs, moi qui suis à peine capable de faire la vaisselle ?
Mais j’avais besoin d’argent pour payer l’appartement, la bouffe, ma chérie ne savait rien faire d’autre que le code de la Visa qu’on m’avait reprise, et faire l’amour. Et l’éditeur avait l’air de se moquer de mon dernier manuscrit, comme des autres, comme les autres.

Une femme est sortie de derrière l’immense porte en chêne sculpté qui grinçais un peu.
En fait, c’était une copie mal faite, la porte.

– Monsieur, si vous voulez entrer, Je suis Mme Helsein.
– Bonjour, oui.
Son bureau était drôle : j’aurais bien critiqué mais j’ai fermé ma gueule, il me fallait ce boulot. Critiquer le bureau d’une DRH devant elle, ça commençait les idées tordues. Déjà, en matant comme ça la secrétaire, et le plan votre prénom, j’aurais du m’en douter, voir venir.
– Asseyiez vous.
J’ai posé mon cul devant son immense bureau, sur un fauteuil ridicule.
Le sol en moquette bleu pale.
Son bureau, chêne encore, un téléphone.
Un cendrier presque empli de mégots, et un paquet de cigarettes.
A gauche, un briquet de luxe,
Des dossier bien empilés, à sa gauche aussi.
Juste quelques feuille qui traînaient, manifestement Mme Helsein était ordonnée et tabagique.
Derrière, du son, sur un Sony : je n’ai pas reconnu : un classique, style 1700, mais qui ? De toute façon, le son n’était pas fort.
Et un bar. J’ai louché dessus. Ca continuait de commencer.
J’ai relevé ma tête, bien droit, et les épaules, pour avoir l’air a la hauteur de la tache que je lui demandait, et paraître un gars fiable, honnête, travailleur. Un pote en hp m’avait donné un cour de maintien devant une DRH, c’est tout ce que j’avais.

Helstein était belle et monstrueuse d’arrogance et de pouvoir.
Belle oui : une brune, parfaitement maquillée, dans un tailleur de quelqu’un de Paris, mais je ne connais pas leur nom aux tailleurs de Paris, ou à peine.
J’ai regardé son chemisier, c’était brûlant : il me cramait les yeux, mais j’étais pas la pour ça. « Cramer les yeux » : ça continuait de continuer de commencer.

– Donc, vous voulez laver nos putains d’ascenseurs ?
« Putain ? » Ca augmentait encore l’angoisse, son ton, son regard, et son juron, mais j’avais besoin de ce boulot.
– Madame oui.
Et plus rien, le vide.
J’aurais pu lui raconter que si je ne payais pas mes deux semaines de retard de loyer, je me ferait foutre dehors.
J’aurais pu lui raconter que j’avais déjà lavé des vitres sur des grattes ciel.
J’aurais pu…
Je n’ai rien dit. Je l’ai juste regardé.
Même pas en face, j’avais déjà rebaissé la tête et mes yeux fouinaient.
Le bureau, ses seins, le bar, le téléphone, la pile de papier pour savoir si c’était d’autres candidatures.
Mes yeux sont remontés.
Sur ses yeux à elle, de fer, gris et perçants.
Je suis remonté encore doucement.
J’ai tout vu.
Quand on a dessiné des nues des heures, on déshabille quelqu’un en 10 secondes.
– Vous avez des références ?
-J’ai lavé des vitres, un peu partout à NY.
Et j’ai bossé 3 ans pour une banque, ou je faisais tout le nettoyage.
– Quelle banque ?
– Je vous donnerai un cv demain si vous voulez : une succursale de Goldmans Sach : huitième avenue, juste à coté du Washington square, il y a un japonais excellent.
J’ai toujours été doué pour inventer n’importe quoi.
– C’est aujourd’hui qu’il fallait l’emmener le CV.
Bon, je vous prends, dès demain, parce que j’ai trop de commandes et pas assez de monde. Mais à l’essai seulement. Si dans une semaine les clients sont contents, je vous garde, sinon un chèque et bye, vous irez voir ailleurs.
Vous venez demain, 8 heures, pile, c’est ici : voyez la secrétaire, elle vous donnera les instructions et le matériel.

– Merci madame.
Je me suis levé, lui ai jeté un dernier regard, en captant le maximum de ce que je pouvais capter, et je suis sorti de son bureau pendant qu’elle allumait une autre cigarette : l’odeur de la précédente était encore présente.

Je suis reparti, j’ai descendu les escaliers, et, après un sourire à la secrétaire qui n’a pas daignée y répondre, une fois sorti, dès la première poubelle, la cravate, je l’ai défaite et jetée.

NY 1. Il faut toujours s’entrainer non ? (Donc, ça va changer en cours d’entrainement)

– Bonjour.
Je viens vous présenter un tout nouveau produit: le
En peignoir et sans ceinture, je lui ai claqué la porte au nez. Son nez…je sais pas.
Après
J’ai fait du thé.
Grillé des tartines.
Sorti le beurre du frigo. Il ne restait plus rien dans le frigo, sauf le beurre.
Et pété le couvercle du dernier pot de confiture.
Ma chérie se démerderait bien.
Et je me suis barré.
Rendez-vous à 8 heures ce premier matin, pas question d’une minute de retard.
Sur le trajet, j’ai, avais, le bus 809, et pris le temps de me mirer dans un miroir concave de feu rouge, histoire de vérifier que ma cravate était proprement alignée.
Je hais les cravates : pour moi, c’est du genre : suivez la flèche, ma bite est en dessous…
Je hais les cravates donc.
Mais la, en attendant un improbable éditeur pour mon dernier manuscrit, une DRH d’entretien d’ascenseurs avait bien voulu répondre à ma demande d’embauche. Alors cravate.
Arrêt à la 138ème.
Bleu du soleil levant.
Ça caillait, malgré le ciel bleu azur.
Immeuble en marbre, portes automatiques.
EMC
Elevator Maintenance Company.
Tu parles d’un nom.
J’ai tiré la cravate vers ma bite.
55 jours que Joe me drivait, mon parrain des A.A. : pas une goutte d’alcool, mais la, ça me démangeait le palais, la gorge, et l’estomac. Et surtout le cerveau.
Le hall était encore plus brillant que la façade, carrelage de marbre aussi, blanc et gris.
Ma mère est morte hier, cancer, alors le marbre, j’ai plus tendance à voir un caveau que du Michel Ange.
De toute façon, des caveaux, j’en ai pas, alors ça sera une urne. A moins que j’expédie ces cendres sur une maquette de bateau trouvé pour 2 dollars chez un brocanteur, à Long Beach, en pensant à Clapton et à son « Key to the highway ».

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