Suite

Le marbre de Carrare, il est beau.
Le marbre de l’église, il était surtout sinistre et pas du Carrare en tout cas.

Mon frère a vu que je vacillait. Il m’a pris la main.
– Tient le choc, il n’y en a pas pour deux heures.
On a avancé et on est entré
Il y avait déjà du monde dans le temple
La porte s’est doucement fermé derrière nous
J’ai regardé
Une deux, trois voisines
Une ex voisine. La fille du charpentier, lui il est mort, mais elle doit se souvenir de nos jeux d’enfances.
Des connaissances

Il aurai fallu s’asseoir au premier rang, mais c’était trop difficile. Mon frère m’a lâché la main, laissé au fond du temple, et il s’est avancé
Avant, je lui ai donné l’enveloppe et je lui ai dit
– Donne tout au pasteur, qu’au moins elle ai ses cantiques , et sa musique, et ses prières.
Je me suis assis, j’ai fermé les yeux
J’ai attendu

L’orgue a démarré : tu parle, un truc de con que même Bach n’aurait pas osé écrire, au mieux avec deux clavecins, ça aurait pu le faire mais la, non.
J’ai gardé les yeux fermés.
Et j’ai attendu encore
Et j’ai juste respiré pour ne pas écouter la suite.

Ézéchiel 25 /10,
c’est juste ça :
« Je l’ouvre aux fils de l’orient Qui marchent contre les enfants d’Ammon, Et je le leur donne en possession, Afin que les enfants d’Ammon ne soient plus comptés parmi les nations. », c’est ça le texte du 25:10
Mais Tarantino, il invente aussi, en mieux
.
J’ai continué de fermer les yeux
Je me suis levé et je suis sorti
Pas capable de respecter les dernière volontés de ma mère, alors que j‘avais tout fait pour
Je me suis posé sur la ford de mon frère, et j’ai encore attendu.

NY Il faut toujours s’entrainer non ?

– Bonjour.
Je viens vous présenter un tout nouveau produit: le vinaigre blanc.

En peignoir et sans ceinture, je lui ai claqué la porte au nez. Son nez…je sais pas.
Après
J’ai fait du thé.
Grillé des tartines.
Mis le beurre au chaud.
Et pété le couvercle du pot de confiture.
Ma chérie se démerderait bien.
Et je me suis barré.
Rendez-vous à 8 heures ce premier matin, pas question d’une minute de retard.
Sur le trajet, j’ai, avais, le bus 809, et pris le temps de me mirer dans un miroir de feu rouge, Histoire de vérifier que ma cravate était proprement alignée.
Je hais les cravates : pour moi, c’est du genre : suivez la flèche, ma bite est en dessous…
Je hais les cravates donc.
Mais la, peut-être, en attendant un improbable éditeur, une DRH d’entretien d’ascenseur avait bien voulu répondre a ma demande d’embauche. Alors cravate.
Arret Long string.
Bleu du soleil levant.
Ca caillait.
Immeuble en marbre.
MSOEE.
Manufacturing of escalator entretien.
Tu parles d’un nom.
J’ai tiré la cravate vers ma bite.
55 jours que Joe me drivait, mon parrain des A.A. : pas une goutte d’alcool, mais la, ça me démangeait.
Le hall était encore plus brillant que la façade.
Ma mère est morte hier, alors le marbre, j’ai plus tendance à voir un caveau que du Michel Ange.

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– Bonjour , je suis Mr Hallowen, Jean, j’ai un rendez vous avec le DRH de MSOEE.
La fille de l’accueil était aussi crevé que moi, mais plus belle.
J’ai sorti mon iphone et tapoté un peu. Les iphones j’y connaît rien, j’ai juste récupéré celui la dans une poubelle d’un hp, et changé la glace chez un réparateur de la 8ème.
J’avais dans l’idée que ça ferai bonne impression.
Elle traînait la fille, avec ses papiers, et des coup de téléphones auxquels elle ne répondait pas, alors je l’ai regardé.
Mains manucurées rouge et long, rose vif regard triste trop de fond de teint

Un tatouage sur le bras gauche
Tee shirt de la boite mais on voyait son soutient gorge, alors qu’il n’y avait pas grand-chose a voir dedans
Après : trop serré sous la jupe.
Jambes croisées.
Escarpin noirs.

– Voilà:Mme Helsein vous attend
sixième étage, troisième bureau à gauche.

J’ai encore tiré ma cravate, et sorti mon plus beau sourire.
Au pire, je pourrais essayer un rencard, dans un chinois, si je me faisait lourder

J’ai cherché les escaliers : je hais les ascenseur, sauf dans les films.
Deux par deux les marches.
Après six étages, deux marches par deux, ça fait que trois étages.

Je suais.
Je me suis assis, dans un espace de moquette et de velours
Et j’ai attendu, assis sur une sorte de canapé, avec des pois de toute les couleurs

Helsein : Un plan de fou. Genre j’aurai peur : non j’ai peur.

Entretenir des ascenseurs, moi qui suis pas a peine capable de faire la vaisselle ?
Mais j’avais besoin d’argent pour payer l’appartement, et l’éditeur avait l’air de se moquer de mon dernier manuscrit.

Une fille est sortie de derrière l’immense porte en chêne sculpté.
En fait, c’était une copie mal faite, la porte.

– Monsieur, si vous voulez entrer, Mme Helsein.
– Oui.
Le bureau était drôle : j’aurais bien critiqué mais il me fallait ce boulot.
– Asseyiez vous.
J’ai posé mon cul devant son immense bureau.
Chêne encore, un téléphone.
Un cendrier, et un paquet de cigarettes.
A gauche, un briquet,
Des dossier bien empilés, à sa gauche aussi.
Quelques feuille qui traînaient, manifestement Mme Helsein était ordonnée.
Derrière, du son, sur un Sony : je n’ai pas reconnu : un classique, style 1700, mais qui ? De toute façon, le son n’était pas fort.
J’ai relevé ma tête.

Elle était belle et monstrueuse d’arrogance et de pouvoir.
Belle oui : une brune, parfaitement maquillée, dans un tailleur de quelqu’un de Paris, mais je ne connais pas leur nom aux tailleurs de Paris, ou à peine.
J’ai regardé son chemisier, c’était brûlant : il me brûlait les yeux, mais j’étais pas la pour ça

– Vous voulez laver nos putains d’ascenseur ?
Putain ? Ca augmentait encore l’angoisse, mais j’avais besoin de ce boulot.
– Madame oui.
Et plus rien.
J’aurais pus lui raconter que si je ne payais pas, je me ferait foutre dehors
J’aurais pus lui raconter que j’avais lavé des vitres sur des grattes ciel
J’aurais pu…
Je n’ai rien dit. Je l’ai juste regardé.
Même pas en face.
Le bureau, ses seins.
Je suis remonté.
Ses yeux de fer.
Je suis remonté encore doucement.
J’ai tout vu.
Quand on a dessiné des nues des heures, on déshabille quelqu’un en 10 secondes
– Vous avez des références ?
-J’ai lavé des vitres, un peu partout à NY.
Et j’ai bossé 3 ans pour une banque, ou je faisais tout le nettoyage.
– Quelle banque ?
– Je vous donnerai un cv demain si vous voulez : une succursale de Goldmans Sach : huitième avenue.
J’ai toujours été doué pour inventer n’importe quoi.

-Bon, je vous prends demain. A l’essai.
Demain 8 heures, c’est ici : voyez la secrétaire, elle vous donnera les instructions et le matériel.

– Merci madame
Je me suis levé, lui ai jeté un dernier regard, et je suis sorti de son bureau pendant qu’elle allumait une autre cigarette : l’odeur de la première était encore présente.

Je suis reparti, j’ai descendu les escaliers, et, une fois sorti, dès la première poubelle, la cravate, je l’ai défaite et mise dans une poubelle sur le chemin.

Dans l’appartement, ma chérie, elle n’avait pas touché le thé, ni les tartines : tout fondait.
Au lit, encore.
J’ai remis du son, je n’avais rien coupé
De toute façon, j’avais surtout les seins d’Helsein dans la tête, et le reste.
Je me suis remis tout contre elle, sous les couvertures, je l’ai juste doucement enlacé
Elle a sursauté «  c’est qui vous !»
– C’est moi baby, c’est juste moi.
Elle a ouvert les yeux en grand, m’a regardé, a soupiré, et s’est rallongé

Je l’ai enlacé, et puis on a re-dormi.

Il faisait chaud
Je me suis relevé pour ouvrir la fenêtre, et je suis revenu me coller contre elle.

J’ai jamais compris comment deux corps pouvait s’emboîter comme ça, mais ça le fait, alors.
J’avais encore les seins d’Helstein dans la mémoire.
Et tout le reste.
Pour un maniaco-dépressif, les choses vont vite : très vite, et de la nitroglycérine d’émotion, c’est rare que ça vous laisse intact, si ça pète.

Et là, ça pétait.

Il fallait que je m’occupe de l’enterrement de ma mère.
Il fallait que j’ai ce boulot.
Il fallait que je m’occupe de ma chérie.
Il fallait oublier les seins d’Helsein.
Il fallait sortir pour remplir le réfrigérateur.

J’a fouillé dans l’appartement, de tête :
Un caddie.
Quelques dollars.
J’ai essayé de me relever : impossible
J’ai pris mon temps.
Je me suis juste assis doucement, et j’ai attendu.
La dernière fois que je me suis levé vite, j’ai fini par terre.
Pour accueillir un plombier en avance.
Résultat, du sang partout un coup de téléphone, les pompiers, les urgences et 5 points de suture je suis passé de 123 a 124 séries de blessures. J’ai compté il y a deux ans, dans un hp ou je m’emmerdais. Et je ne parle même pas des brûlures
j’ai pris le reste de dollars, mis tout ça dans ma poche.

Au supermarcket, je connais tout le monde.
Les vigiles les caissières, les autres.
J’aime la poissonnière surtout, on se tutoie, et quand les crevettes ne sont plus très fraîche, elle me le dit à l’oreille, alors je cherche autre chose.

Et une caissière surtout, mais elle est passé des caisses au rayon des plats à emporter.
Et elle a disparue. C’est con : je choisissais toujours sa caisse, elle souriait, on parlait vite il y avait du monde derrière.
A croire qu’à part l’alcool, je ne vais la dedans que pour discuter et avoir des sourires.
La caissière, elle est je suppose encore bien dodue mais elle en a un, de sourire, magique
Ma chérie, elle est fine, mais j’aime bien les dodues.

Je me suis levé, j’ai scruté, il me restais du jus d’orange, du rhum, du vin et une bouteille de Whisky, j’étais bon en scrutage : 55 jours que je n’y touchais pas.

Ca le ferait encore 1 jours de plus pour moi, mais la, le frigo était vide et ma chérie, elle mange quand même de temps en temps.
Donc je me suis rhabillé j’ai mis des chaussures, je me suis accroché au chambranle de la porte de notre chambre, et quand j’ai vu que je tenais debout j’ai vérifié mes clefs pris le caddie et je suis parti.
MSOEE c’était juste demain, j’avais le temps de faire ces putains de courses.
Mon chemin, pour le supermarket, c’est l’inverse de celui de mon frère quand il rentre a midi pour déjeuner.
Résultat, vu l’heure, on s’est croisé.
– Maman est morte.
– Je sais, je m’en occupe.
– Tu veux venir boire un café ?
– Pas le temps.
Mon frère n’a jamais le temps.
Il a repris sa route, moi aussi.
Il y avait des chants d’oiseaux partout et je croisais de jolie filles presque toute avec leur portable, et des couples de vieux a peu près tous avec des caddies.
J’avais oublié mes lunettes le monde était brillant et flou.
La porte automatique du supermarcket s’est ouverte
Je suis rentré, et j’ai fait un sourire au vigile.
Il a regardé vite fait mon caddie
Je suis allé au fond du supermarcket et j’ai repris du jus d’orange, et je suis remonté coté viande et plats cuisiné. L’allée, c’était celle des produits de beauté, j’ai acheté du lubrifiant, mais après ça tournait : 200 mètres dans le rayon alcool.
J’ai regardé, et j’ai pensé « merde à Joe , merde aux A.A. »
J’ai repris une bouteille de rhum, et du Lambrusco. Ce soir ma chérie goûterai, elle aimerai sûrement:du rouge italien qui fait des bulles ?
Je suis rentré.
Baby dormais encore
J’ai refais du thé l’ai embrassé, fait cuire des pâtes, fabriqué de la sauce carbonara :c’est l’avantage d’être allé en Italie, d’être doué en cuisine et de lire.

10 minutes après, elle est sortie de la chambre en peignoir.
Je lui ai servi un thé et lui ai dit : dans 3 minutes on mange.

Une page par jour, ça doit être possible.
Enfin, j’essayais.
Après, un éditeur.
J’avais pas envie de laver des ascenseurs, en fait
Juste de faire des poèmes.
Et de donner tout ce que je pouvais à ma chérie.
Mais ce job, il fallait que j’y aille, j’avais besoin de dollars.

Ma chérie c’est habillée, enfin, avec un peignoir.
Elle est venue dans la cuisine.
Ca sentait bon.
J’ai sorti 2 assiettes, j’ai servi les pâtes, et mis la sauce.
J’ai ouvert le Lambrusco.
J’ai pensé « Salut Joe, bye »
On a trinqué.
55 jours : fini.

– Je veux sortir.
-Ben sors ?
– J’ai pas d’argent, et je veux acheter.
– Quoi ?
– Je ne sais pas, juste acheter.
– La semaine prochaine, j’aurai un salaire, mais la, on a rien baby.
Je l’ai pris dans mes bras, et j’ai viré son peignoir.
C’était chaud, c’était doux : Elle était chaude, elle était douce. Ok elle est trop maigre, mais c’est mon bébé. Et les gens qu’on aime, ils sont toujours beau.
J’avais encore trop de musique dans la tête
Je l’ai posé dans le lit.
J’ai ouvert ma boite d’herbe.
Je suis allé chercher une clope.
Je ne fume plus depuis plus de deux ans, mais l’herbe, il faut la couper, alors, je fume parfois.
Je suis allé dans le salon, j’ai remis le pick up en marche, avec un autre disque, et j’ai monté le son. J’ai rempli la pipe.
J’ai cherché un briquet et mis le feu, et ma chérie a pris une taffe.
Après, ça été une nuit d’enfer.

Après Bob Marley, j’ai mis un disque français : Je ne comprenais pas les paroles, juste le son.
J’ai laissé tomber.
Ma chérie était la. J’admirais.
Même trop fine, elle était belle.
Elle dormait doucement.
Et moi j’avais rendez vous le lendemain. On y était au lendemain.
Helstein.
Je suis sorti du lit.
Je me suis lavé la figure, et après j’ai mis de la crème sur les yeux gonflés.
Et je me suis habillé, avec des fringues sales, la machine ne tournait plus : encore une raison de trouver de l’argent.

J’ai embrassé mon bébé, j’ai mis des chaussures, et je suis parti.
Bus 809 : à huit heure j’y étais
Manufacturing of escalator entretien
6 étages, deux par deux les marches. la fille de l’accueil était aussi fatigué que la veille, mais elle au moins, elle avait changé de chemisier.
– Je fais quoi la, enfin maintenant je veux dire ?
Elle m’a sourit.
Elle a dit en me tendant le papier : voila vos consignes pour ce jour.
J’aurais préféré voir Helstein, mais j’avais juste un bout de carton jaune avec des listes d’adresses.
Des ascenseurs, il y en avait plein sur sa fiche.
– Le matériel est la.
Je suis redescendu avec son seau, son balai, et le reste, et j’ai pris a nouveau le 809. Direct a la 111ème, premier arrêt. Enfin direct non, il fallait changer de bus, mais c’était bien indiqué. Donc, de la 108 a la 111, j’ai pris le 805, et j’ai attendu d’arriver au 809
Dans le 805, on aurait dit « speed »: la conductrice roulait comme une folle.

Elle s’est posée, enfin, elle a arrêté son bus devant la plaque: elle m’a posé , enfin, je suis descendu, en tenant la main d’une mamie un peu perdue, avec mon seau et le reste.
J’ai serré sa main, parce qu’elle vacillait, ai demandé son adresse, et amené la mamie chez elle : elle l’avait son adresse, plus dans sa tête mais dans son portefeuille, enfin, a coté, sur des découpages de papiers.
– Vous voulez entrez ?
– Pas le temps, je dois bosser ce matin.
– Un autre jours alors : tenez, demain ma fille vient.
J’ai dis « ma fois, je risque bien de repasser. »
Je suis retourné dans la rue.
J’ai levé la tête. Je n’avais pas de lunettes de soleil et le ciel pour un maniaco-depressif, maniaque, c’est trop éblouissant.
J’ai regardé la première adresse, sur la fiche jaune.
J’étais juste en face. 805, 809:bof, ils avaient le même arrêt, et j’y étais
J’avais les seins d’Helstein dans les yeux, et ma chérie dans les bras.
J’ai frappé la porte de l’immeuble, le premier de la liste.
On m’ a ouvert.
Un grand black, dans un superbe costume, il faisait bien une tête de plus que moi.
Il m’a regardé, scruté même, et, a près 5 secondes il a dit
– C’est vous la boite de lavage ?
J’ai juste baissé la tête.
Il a vu en suivant mon regard, le seau, et le balai, et le reste
– Bon, il faut faire tous les ascenseurs : il y en a quatre.
Faites dans l’ordre que vous voulez mais faites les quatre, avant midi, le patron attend du monde, ce serait mieux que ça soit propre.

– Oui monsieur.
Il est reparti, dans son costume gris.
J’ai regardé les ascenseurs.
J’ai posé le seau et le balai, et la sauce pour faire propre.
Jamais je ne pourrais faire ce travail, je me suis dis, je suis pas fais pour laver.
Je ferais mieux de retourner chez Hampson. Hampson, il me plaisait moins qu’Helshein, mais lui, on se connaissait du lycée.
J’ai tout posé, laissé sur place, je me suis mis devant la porte : elle s’est ouverte, bizarre : pour entrer il fallait sonner, pour sortir, c’était automatique, et je suis reparti.
Je suis retourné chez la mamie, c’était pas loin, et entre ma chérie, les seins d’Helstein, et ceux de sa secrétaire, j’étais pas obligé d’attendre sa fille le lendemain.
J’ai sonné.
Rien.
J’ai re-sonné.
Rien.
La porte était ouverte, j’ai poussé. Ca s’est ouvert.
J’ai refermé et je suis allé en face : il y avait un petit vendeur.
Un gamin est passé sur la route, et il m’a tiré la veste, et m’a demandé
– Tu veux quelque chose ?
– Oui  mec Il me faut un truc pour une mémé.
– Et toi ?
– Moi, on verra.
– Elle a quoi ta mémé ?
– Je sais pas elle est juste vieille et fatigué.
Mais elle ne réponds plus.
Alors, c’est le 911 ou de la coke, avec du thé.
– J’ai pas de tel, j’ai 40 dollars, j’ose pas rentrer chez elle, et j’ai soif.
– Ben man, en face tu aura des bières, ou du vin ou ce que tu veux.
Après, t’achète ma coke, et tu la réveille ta mamie. Le téléphone, je t’en ramène un, si tu me donne 20 dollars de plus. Je suis devant l’immeuble dans dix minutes.

J’ai fini de traverser la rue
Tout a stoppé
C’est con, mais a force, la nuit, quand je pense, j’écris avec les mains
Je tape sur un imaginaire clavier, sur mon mon ventre ou dans l’air
Un jour j’ai vérifié, les yeux fermé. J’ai juste pris un clavier bien en face, j’ai fermé les yeux, et j’ai tapé : un poème : 50 touche a peu près, un clavier.
C’était correct, ce que j’ai tapé
J’écris en aveugle, de toute façon, ce n’est pas moi qui vais aux touches, c’est elles qui obéissent
Les nuits, quand mon baby dort, je compose

Et je pense et je tape, nulle part
Et ça bouge vite
Ma psy m’a dit
– respirez.
Même en vrai ça le fait
N’importe quoi ça le fait
Dans ce monde, n’importe quoi ça le fait
La, c’était juste un autre poème.

Je me suis assis sur le trottoir
Elstein, franchement, je kiffais
Mais quoi ? On drague une future ex patronne ?
Alors j’ai juste respiré, sur ce trottoir
Doucement
Le gamin est revenu. Il m’a tapé sur l’épaule
Je lui ai filé les quatre billets de dix : il m’ a filé le tel, et deux grammes de coke
– La mémé, tu ne lui en donne pas trop, de coke, et tu appelle le 911 si tu vois qu’elle flanche., Allez, salut, je rode toujours pars la, et j’ai mis mon numéro dans ton tel.
Il est parti
Je me suis relevé : un sachet dans une poche, un tel dans l’autre, et je suis retourné chez la mamie
La porte était resté ouverte, j’avais du mal refermer
Et Elstein qui me hantait
Et mon bébé qui dormais sûrement encore
Je suis rentré
Elle étais dégagé sur son canapé
J’ai pris le tel, et j’ai fait le 911. Et j’ai raccroché de suite
J’ai cherché la cuisine, trouvé, trouvé tout
Casserole pour l’eau, théière, thé, j’avais la coke
J’ai allumé la cuisinière, mis l’eau dans la casserole, et j’ai laissé chauffé.
Je suis retourné dans le salon
Ma mamie respirait
Ils fallait quelques minutes
J’ai mis des sachets dans la théière ( elle n’avait pas de vrai thé ) , et j’ai laissé infuser
Je suis retourné voir dans le salon : ma mamie respirait encore
J’ai trouvé 2 bols, et un plateau d’argent
J’ai pris la coke et j’ai fait 2 rails sur le plateau
J’ai attendu
Je suis allé chercher deux bols dans une armoire
Et je nous suis servi deux thés
Puis je lui ai foutu une claque
– Réveille toi !
Une autre claque
On (je) ne mets pas de gifle à des mamies, sauf si elle sont en train de disparaître.
– Réveille toi merde !
Elle a ouvert les yeux
Elle a ouvert les yeux encore, c’est relevée doucement de son canapé
Elle s’est assit, doucement
Je lui ai servi le thé, et j’ai amené le plateau
– Du sucre avec ton thé ?
– Non
Sur le plateau, les rails, ils étaient superbes
– Respire, enfin, aspire ce truc, ça ira plus vite.
Ta fille a laissé des pailles pour le coca dans la cuisine, ou c’est toi, je ne sais pas, sinon mets cette poudre dans le thé, mais ça ira moins vite. Après tu fais le 911, et ils prendrons soin de toi, moi, je n’irais pas plus loin.
Elle avait des yeux magnifiques : verts cernés de bleu foncé.
Mais effarée
Alors je lui ai dit
– Tu fais ça :
J’ai pris une paille et je lui ai montré
Ca a pété dans ma tête
J’ai dis
– Fait pareil : c’est simple, tu aspires
Elle a fini son thé. Elle m’a regardé, et puis elle s’est penché, a pris l’autre paille, et a fait comme moi
Ca l’a remis debout sérieux
– Bon maintenant, tu fais le 911
– J’ai pas l’argent pour l’hôpital
Ses yeux brillaient
– J’en ai pas non plus, et ça, c’était déjà bien 20 dollars alors.
Elle s’est levé.
J’ai cherché un peignoir, il était juste la, sur une patère
Je l’ai couverte
– Tu vas te démerder ?
– Oui jeune homme
mais revenez demain, pour ma fille
– Je vais plutôt et puis, j’ai pas osé: elle tenait debout, le reste de la coke, ça l’aurai tué.
J’ai demandé le tel de sa fille
Elle m’a dit : – c’est dans le carnet, la.
Je suis allé a coté
Sur son bureau il y avais bien un agenda, j’ai cherché et puis je me suis dit qu’il valait mieux directement demander le prénom
Je suis revenu .
– C’est quoi son prénom ?
– Alexandra.
Elle s’est a nouveau affalé
J’ai cherché
A, A,A

Alexandra:, j’ai supposé que c’était le bon
J’ai gueulé « Alexandra ?
– oui
Ok, un numéro et une adresse
Je suis revenu dans la chambre
J’ai remis du thé dans la tasse de la mamie,
Une gifle de plus. Comment vous vous appelez ? Buvez !
Elle s »est relevé, et a pris la tasse : manifestement, la coke, c’était pas un bon plan, mais le 911, j’étais pas capable
Je suis retourné dans l’entrée, ou il y avait le téléphone
J’ai tapé le numéro de l’agenda
Et j’ai appelé
– Allo ?
– Allo ?
– Bonjour Alexandra, je suis chez votre mère, il faut faire quelque chose, j’ai fait ce que j’ai pu mais la, je ne sais plus, alors bougez vous le cul, si vous y tenez. La mienne de mère elle est morte hier. Appelez le 911. Moi je me tire, c’est trop dur, je l’ai ramené, je l’ai soigné a ma façon, ça ne suffira pas.
– Vous êtes qui ?
– Personne, j’ai juste pris soin de votre maman, maintenant, faites le vous.
Et j’ai raccroché, et je suis reparti, sans rien, chez moi.
J’ai claqué la porte quand même cette fois

J’ai marché

Le 805, j’en voulais plus
Alors j’ai marché longtemps
La drh, je l’aurais bien revu
Sauf que j’étais sûr d’être viré, et que je n’aurai pas de deuxième chance, sauf pour un rendez vous ailleurs, et ma chérie , c’était tout de même ma chérie
J’ai fait 1 mile pour éviter l’autre bus, et j’ai repris le même en sens inverse, l’arrêt retour était plus loin.
C’était la même folle au volant.
Je me suis collé au fond, et j’ai attendu la fin de la ligne.
Et j’ai tout posé, et juste allumé mes oreilles
J’ai mis le son a fond
Vraiment a fond parce que derrière, il y avait du bruit de fond
J’aime bien ça : Fond, fond, fond
Dans me tête, le son, c’est parfois doux, mais la, je ne savais plus, alors, j’ai monté
J’ai cherché, pas longtemps

La fin de la ligne, elle arrive en face de chez moi, mais c’est au début d’Harlem, et quand on est blanc, Harlem, c’est pas si simple.
Je me suis faufilé tète baissé, et j’ai fini par arriver devant l’entrée de mon immeuble
J’ai composé le code j’ai poussé la porte, et je suis rentré
Dans l’escalier, il y a des graffitis partout, il y a des zones ou ça sent vraiment mauvais
Au rez de chaussé, ça hurle toute le temps
Au premier, ça sent l’herbe.
J’ai fini par arriver chez ma chérie et moi.
Je suis rentré : mon bébé, était debout :
– Ton père a téléphoné.
Je déteste mon père.
– C’est pour l’enterrement : c’est après demain
– Et mon frère, il peut me prendre ?
– Oui, mais demain juste, il faudra passer une nuit dans la maison de tes vieux
J’allais pas rater l’enterrement de ma mère, mais passer la nuit avec deux cons, ça allait être dur
Mon père et mon frère passent leur temps a s’engueuler sur le Vietnam, pendant que pense a Woodstook
Mon père est un vieux con réactionnaire, mon frère une jeune con réactionnaire, forcément ils s’engueulent

– Ton frère a dit qu’il passait ce soir
Mon père, je l’emmerde
J’ai pas dis ton père, j’ai dit toi
Ils auraient du régler la situation

Il a une vieille chevrolet, et il en est fier, et il ne pense pas
Il a un vieux bouledogue qui pue.
Derrière, ça sent aussi la pisse de ses gamins, et parfois, à côté de lui, sa femme. Plus con tu meurt
Je suis allé prendre une douche, et j’ai mis dans un sac des vêtements adaptés a un enterrement.
Enfin : adapté ? J’ai mis ce que j’avais de plus propre.
Je me suis posé, avec le sac, sur le canapé.
Et j’ai attendu.
20 ans avant, j’avais une corvette : le bruit du moteur est le même, alors je ne risquais pas de ne rien entendre, surtout que mon frère ne roule pas vite, mais qu’il fait le fait hurler, le moteur
Mon bébé était sous la douche.
Elle est revenu, juste dans une serviette
Elle m’a embrassé
Elle a dit
– Flippe pas comme ça
La mort, c’est normal
Ton père tu le supportera bien
Et ton frère est con, mais tu n’y peu rien.

– Si : la mort de ma mère, je ne supporte pas
Mon père, je ne vais pas supporter
Et mon frère, s’il dit un mot, je le tape

Elle m’a réembrassé

Dans la rue, le bruit de la ford a sonné
Puis un coup de frein brutal.
Il était la, ça a sonné, j’ai ouvert.
Ce petit con est monté, nickel, en alpaga.
– Bon, on y va ?
J’ai faillit lui foutre une tarte
– On y va ?
J’ai fait pareil, et j’ai descendu les deux étages
Je me suis collé dans sa Ford : ça puait toujours autant
Il a mis la radio
C’était un vieux rock genre Elvis, ce que je déteste le plus.
J’ai ouvert la fenêtre
– J‘ai froid : tu ferme s’il te plaît
– Ca pue trop
Arrète toi la : il y avait une station service, et forcément de quoi boire
Arrète toi merde !
Et ben j’ai enfin eu des réserves et de quoi boire avant. Il y pris a droite, il a pilé: les pneus on hurlé. Je suis sorti.
Je suis rentré dans la station, j’ai fait les rayons, et j’ai trouvé : du bon, enfin, du à 40%
Je suis passé à la caisse, et pour faire bien, j’ai acheté de la bouffe à chien.
La caissière n’a pas levé les yeux de son scanner électronique.
J’ai payé, avec une carte de crédit, pas trop a moi, d’ici deux jours elle finirait, lavée, à la poubelle.
Je suis retourné dans la chevrolet de mon frère, avec mes sacs. Je lui ai donné la boite pour son chien, j’ai sorti mon couteau, j’ai fait sauter la capsule, et j’ai bu 5 ou 6 gorgées de ce wisky de merde.
5 minutes après, pendant qu’il continuait de faire joujou avec son bolide, ça allait mieux
On était encore à une heure de chez mon père
– Elle devient quoi ? Miranda ?
-Je sais pas, je l’ai pas revu depuis le lycée
Trop con mon frère : c’était la plus agréable fille, et elle l’aimait
Et il s’était tiré, par peur, et il s’était collé avec une brave fille, maman maintenant, mais sans rien que son ménage ses gosses et ses aneries.
Mon tel a sonné
C’était bizarre, il n’y avait qu’un numéro dedans, enfin deux, avec celui du gamin
– Oui qui?
– Alexandra.
Je voulais vous remercier, ma maman est à l’hôpital, aux urgences : avec la loi Obama, ça passe, même sans fric, sauf que sans vous…
– Vous savez moi, je n’ai fait que la raccompagner, j’y connais rien, c’est un gamin qui m’a dis qu’en attendant le 911, coke et thé, ça la tiendrait debout.
– Oui mais c’est vous qui l’avez fait, alors…
– Vous auriez fait quoi à ma place ?
– Pleuré, mais pas de thé, je suis nulle, et pour la coke, encore plus,
Vous l’avez sauvé ma maman, avec vos trucs.
– C’est l’hôpital qui l’a sauvé votre maman, moi, je l’ai juste tenu vivante jusqu’à ce qu’ils arrivent
– Dites pas de conneries, si vous n’aviez pas été la, elle serait morte avant.
– Elle m’avait proposé en rendez vous chez elle avec vous, le lendemain, c’est a dire aujourd’hui
– j’aimerai vous rencontrer
– Je ne suis pas fréquentable vous savez
– j’ai quand même envie de vous rencontrer
Des gens comme vous, j’ai connais pas des dizaines

J’ai regardé mon frère, et lui ai dit de freiner son bolide
– Vous savez ou je suis la ?
Dans la voiture de mon frère, en direction de chez mon père, que je ne supporte pas, pour enterrer ma mère. c’est pas très simple

Mon frère écoutait
– l’enterrement de maman c’est après demain, je te pose ou tu veux, et je reprendrais te passer pour la cérémonie : de toute façon papa n’a pas plus envie de te voir que toi
– Bon ok, quand vous voulez, ou vous voulez dans les deux jours
Je compliquais, mais j’ai l’habitude, de compliquer les choses
Ma chérie
Helsein et ses seins de fers
Alexandra,
Un enterrement
un père
Plus un dollars
– Alexandra, quand vous voulez, ou vous voulez.
– Ce jour, dès que vous pouvez, chez ma mère : vous savez ou c’est, je vous attends, la coke, vous en avez laissé, et le thé, c’est pas ce qui manque.
J’ai dit à mon frère:ramène moi d’où je viens, je serais la pour la cérémonie
Et j’ai pas envie de voir papa
– 2 heures de route encore ?
– Hé ho, ton bolide, tu l’adore
– ok
Il a fait demi tour, et on est rentré
Une heure après, je sonnais chez la mamie
Mon frère avait déjà filé
Elle a ouverte : encore une fille fine. Mais des yeux qui explosaient.
Dur pour un maniaco dépressif qui peins et qui écrit, de supporter tant de lumière
Elle m’a fait rentrer.
Elle m’a dit
– Votre sac de poudre est la, je ne suis pas sure, mais c’est sûrement ce qui la sauvé, ma mère
et le thé je le fais.
Oui, j’avais tout laissé chez la mamie, même le whisky
Alexandra, elle était mince, mais belle comme un Modigliani, première époque
Je l’ai regardé
J’avale tout (avec les yeux surtout) :j’ai besoin pour peindre ou pour écrire
Une fois le feu sous la casserole allumé, elle est revenue dans le salon, et s’est posé tout contre moi.
– C’est quoi, le nom de ta mère ? Je te dis tu : le vous, ça va bien.
– Suzanna
– Elle est est ou :
– St Marc :
128ème, sous respirateur, tu l’a sauvé.
– Déjà dit, j’ai fait juste ce que je savais faire, et j’ai trouvé ton numéro de tel
Quelle heure il est ?
J’ai repris le plateau d’argent, et je me suis refait un rail
Ca a rexplosé.
Et j’ai repris une gorgée de Whisky.
-Tu veux de ça?
– Non
Elle est repassé dans sa cuisine, et a ouvert une bouteille de vin blanc, un Lacryma Christi, a l’oeuil
Elle a sorti un verre magnifique du buffet de sa mère, et s’est servie
– On va voir ta mère, ou on va dîner ?
– On va dîner.

Ca se compliquait vraiment
J’avais pas le numéro de ma chérie de tête
Hesltein m’obsédait
Alexandra ,ça commençait aussi

J’ai rebu un verre, mais de son blanc cette fois. Le Lacryma Chisti, c’est à la fois poétique, mystique, et délicieux
Je l’ai pris par la main : elle s’y est serré, enlacé mes doigts, et on est descendu.
– On va ou ? j’ai demandé, c’était pas mon quartier.
– Dans moins de 100 pieds, il y a un italien. Pizza, ou pâtes, et le même vin
Depuis que je tenais sa main, elle commençais sérieusement à m’exciter.Trop douce, trop tendre, difficile de ne pas réagir.
On est arrivé chez « Perso tino », la ou elle m’a amené. On est entré. Il y avait un escalier en colimaçon, c’était en sous sol.J’ai reconnu le patron : il tenait un autre restaurant avant. On a plaisanté, il m’a dit :
– C’est plutôt mon père que vous deviez connaître, j’ai rien répondu, ils se ressemblaient tellement
On a demandé a une serveuse de nous placer
Il y avait encore quelques places pour deux personnes
On a pris une table. La fille nous a a mené la carte
– Apéritif ?
– Non, juste du Chianti et une quatre saisons pour moi
Le dernière quatre saison que j’ai mangé, c’était a Palerme, il faisait beau, mais l’artichaut, je n’aime pas trop. J’ai choisi un truc avec des anchois, et beaucoup de sauce épicée
– Pour moi, Bellini
Je lui tenais toujours la main. Elle était douce et accueillante. Et si je serrais, elle serrait aussi
J’ai sorti un stylo : sur les nappes papier, je dessine toujours
Alexandra, elle est belle. Elle sourit, ses yeux sont perçants, bleus cernés comme sa mère, elle regarde aussi un peu tout, et elle me tenait la main
Juste du Chianti.
Au fond de la salle, il y avait un jukebox, un truc moderne, pas des 45 tours. Je me suis levé, je suis allé au comptoir, et j’ai demandé de la monnaie sur mes 50 dollars qui me restaient. Le serveur n’avait pas de monnaie en dollars. J’ai fouillé dans ma poche, et j’ai trouvé assez. Sur le jukebox, il y avais des trucs complètement inconnus, mais de vieilles chansons. J’ai cherché.
Patti Smith – Horses numéro 85
J’ai mis mes pièces : Pas assez
Je suis retourné voir Alexandra
– Je sors, il me faut un peut d’argent liquide
– Tu vas trouver ça où ?
– : En face :ils me feront la monnaie, et les pizza ne sont pas la encore, j’en ai pour 30 secondes
En face, il y avait un tabac
J’ai demandé un paquet de clope, et j’ai filé mon billet de 50 Dollars
– Monsieur, on ne prends pas tant de dollars, mais il y a une banque a cent pieds qui vous fera la monnaie
C’est quoi cent pieds, en pieds ?
J’ai filé, en regardant les façades.
Oui, il y avait une banque.
Je suis rentré, avec mon billet
J’ai fait la queue: Alexandra devrait attendre
J’ai fini par arriver a la caisse, j’ai expliqué. La fille était sympa, elle a tout changé en 30 dollars, et le reste en monnaie
Je suis retourné chez « Perso tino »
Au jukebox j ‘ai mis la monnaie. Et j’ai envoyé Patty Smith
Et je me suis rassis devant Alexandra.
Les pizza n’étaient pas arrivées, le Chianti si, elle ne s était pas privée.
Je ne suis servi un verre de ce qui restait, et je lui ai repris la main. Elle avait toujours la main aussi tendre et aussi douce
« Horses » c’était peut être pas un bon choix. De toute façon, je me suis relevé, et je suis allé voir autre chose sur le jukebox. Il fallait que ça soit plus doux, ou plus violent . j’ai choisis plus violent « Surfing bird » N° 72
J’ai mis les pièces, et je suis revenu
Le son est parti.
Alexandra m’as dit
– Mange
Ca venait d’arriver, ma Bellini
J’ai rebu un verre, et vu l’état de la bouteille, j’ai levé le bras : la serveuse est arrivé, et je lui en ai demandé une autre.
– C’est un truc dans « full metal jacket» non, ta musique ?
– Si, mais ça date de bien avant 1956 je crois
Je l’ai regardé un peu mieux
Corsage blanc, jeans, chaussure de sport, et vraiment belle
J’ai déjà dit mais en dix secondes, je déshabille.

Il y a 15 ans, aux cours du soir, j’ai dessiné, comme trois fois par semaines, une fille qui posait pour les cours de nus
C’est comme ça que j’ai appris a déshabiller les gens
J’ai flashé
Je l’ai accosté quand on est sorti
– Vous voulez prendre un verre ?
Elle a hésité, puis dit
– Pourquoi pas ?
On s’est posé dans un bar, pas loin de l’université
On a pris deux cafés
Et on a fait connaissance
Une heure après, je l’ai invité a dîner
Deux heures après, elle m’a invité chez elle
Et on s’est embrassé
Je l’ai pris dans mes bras ,doucement
A l’époque, j’étais timide, mais c’est elle qui s’est déshabillée
J’ai encore flashé, trois heures avant, je la dessinais nue
Et elle m’a déshabillé.
Après, on a passé la nuit ensemble, moitié dans les bras, moitié à lire des poèmes, et du Gide. Je lisais mal le français, alors elle traduisait :  « Nourritures terrestres », c’était.
Petit, j’avais lu une traduction de « La porte étroite », mais j’avais rien compris. La dans ses bras, c’était limpide, Gide.
J’ai passé ( elle aussi) la nuit dans ses bras
Le matin, je suis reparti dans ma soupente.
Après…
On s’est revu un peu. Et puis plus. Et puis encore plus, Et puis un jour, elle m’a dit
– Je suis à la colle avec quelqu’un d’autre. Il est jaloux, alors salut.
Elle m’a lâché la main, je l’ai regardé partir, j’ai pleuré, et puis rien.

Alors, les femmes, j’ai un peu peur de souffrir depuis.
Alors, Helstein, ma chérie, c’était pas loin en vrai, mais loin dans ma tête.

J’ai pris sur moi, et la main d’Alexandra. Elle était toujours aussi douce. Elle l’a laissé dans la mienne, sa main.
J’ai resservi nos verres.
On a retrinqué, et fini nos pizzas.
Surfin bird, c’était fini, tu parles, ça dure 2 minutes
Je me suis relevé pour mettre autre chose, mais quelqu’un avait déjà mis autre chose, alors je suis resté assis
De toute façon, elle me tenait la main si fort, qu’il aurait fallu être brutal, et ça, j’aime pas
Je l’ai encore regardé.
Elle a souri, et s’est penché en avant.
Ca valait le coup d’oeuil
– J’ai ma chérie qui doit m’attendre, tu sais.
– Les chéries, on en change.
Décidément, cette fille, elle n’était pas comme moi
– Vous voulez un dessert ?
La serveuse était revenu.
– Pas moi non.
– Un tiramisu, si vous avez ?
– Et après, tu veux du café ?
– Jamais a cette heure.
– Alors juste un café pour moi.
La serveuse est partie, puis revenu avec nos commandes.
Elle a mangé son dessert, et moi bu mon café.
– Tu a laissé des choses chez moi, enfin, chez Suzanne, je te ramène, après tu va la voir ta chérie.
Jolie litote : des choses.
– Je te ramène, et tu repars voir ta chérie, elle a répété.
On a partagé l’addition, et on est sorti
Elle a repris ma main, et on a remonté l’avenue
On est rentré (non :elle est rentré, je ne l’ai pas accompagné) chez sa mère
Elle a pris un sac et mis dedans mon bordel, elle est ressorti, et m’a tendu le sac papier
– tu es sûr de ne pas rentrer ?
Un silence
– Si je rentre
j’en sais rien, elle dors mon bébé, et elle s’en fout : elle aussi, elle était à Woodstock
– Il dors ton bébé, tu veux pas boire un dernier verre ?
J’ai l’habitude d’être saoul
Celle aussi d’être tendresse. Elle a repris ma main.
J’ai dis « ok », et monté les deux marches
Elle a fermé sa porte, Suzanne était à l’hôpital, l’appartement était vide, elle était un peu saoule, et elle avait envie de tendresse.
Je l’ai serré dans mes bras : du coup, elle a lâché ma main
L’appartement était vide, mais elle m’a dis
– En haut, il y a une chambre
On a pris, enfin, elle ma main de nouveau, et les escaliers, ensemble
Il y avait des tapisseries partout sur les murs
Et des marionnettes au plafond
J’avais rien vu de ça, la veille
La veille, j’étais dans la cuisine
Elle serrait autant ma main que deux heures avant
En haut, il y avait un couloir, et des centaines de livres
J’ai regardé tout
Elle tirait encore
On c’est retrouvé dans une chambre, une vieille chambre: deux placards et ça sentait de l’antimite
Elle m’a pris l’autre main, et s’est couché sur le lit, en tirant
Je suis tombé sur elle
On était collé, et je ne pouvais plus bouger
– Reste la.
Elle m’a poussé sur le coté, et a dit
– Je reviens
J’ai pas bougé, je suis resté allongé, j’ai respiré, et j’ai compté
Trois minutes après, j’ai entendu ses pas dans l’escalier de bois
Elle est rentré, a bougé, je ne voyais rien dans le noir
Puis si : il y avais mon sac, deux bougies, et le plateau de sa mère
Sur le plateau plus de coke, et du champagne
Les bougies, ça suffisait pour voir
Mon whisky, elle l’avais laissé, mais elle avait emmené du champagne, et le reste de coke si, il était juste derrière la bouteille et ses verres
– J ‘ai jamais goûté de la coke, elle a dit
Elle a ouvert le champagne
Elle avait viré ses habits
Elle était aussi belle que j’avais imaginé
Elle a servit deux verres
– Explique moi comment tu as sauvé ma mère ?
– Rien, du thé et ce truc la, pour que son cœur bouge. Après je t’ai appelé
– Oui mais tu l’a sauvé
– Bof, j’ai essayé, c’est tout, je ne suis pas sur que ça a été une bonne façon
– Connard ! Ca a marché non ?
Et elle m’a embrassé
Sans ses habits, ça commençait a être chaud
On s’est enlacé
Le reste.
Les verres sont tombés vite, sur le tapis, avec le champagne qui restait.
Elle s’est endormi, après
Je ne dors pas beaucoup, alors je suis resté contre elle, et je l’ai écouté respirer
Très tôt, je me suis relevé. Je me réveille toujours très tôt
Je l’ai juste admiré, l’ai embrassé assez doucement pour qu’elle ne se réveille pas.
Et je suis redescendu dans la cuisine
Il y avais un buffet d’acajou : presque noir
J’ai ouvert: gagné, c’était le bar.
J’ai fouillé. Il y avait des truc de vieux, des alcools fort, et du porto, et un truc de la France : du pinot, je crois. J’ai regardé l’étiquette : 18 %: ll aurai fallut que je boive toute la bouteille d’un coup, a cette heure. Ok, la mamie, elle aurait peut en racheté en rentrant de l’hôpital, mais j’ai pas osé. De toute façon, elle ne devait pas y regarder souvent, dans son buffet
Saké, essence de rose, sucre candy, la, j’ai pris et j’ai ouvert, et j’ai pris 5 ou six gorgées.
Mon bébé devait être réveillé, il fallait que je reparte vite, mais à l’étage, je désirais encore
Je suis remonté doucement, histoire de me rhabiller.
Alexandra dormait toujours, et moi, j’étais perdu.
Je l’ai embrassé, et je suis sorti doucement, sans claquer la porte.
J’avais besoin de marcher, alors, je suis allé doucement, mais j’ai marché. J’avais encore peur de l’autre folle avec son bus, et marcher, ça me réveillait
C’était l’aube.
Je suis rentré.
Elle n’avait toujours rien mangé ma chérie
J’ai tout jeté, et j’ai refais des tartines et du thé
J’ai remis de la musique : douce, pour qu’elle se réveille
Ma chérie, elle dors : presque tout le temps. Ou alors elle sort acheter n’importe quoi.

Je me suis assis, et j’ai attendu.
Mon frère.
L’enterrement, c’était à 14 heures, et ce serait mieux que je soit sobre, ou a peut près
A 12 heure, j’ai entendu sa Ford.
J’étais déjà habillé.
Je l’ai laissé sonné un peu, puis je suis descendu.
– On y va ?
– Ben oui connard
Je hais mon frère.
Comme je hais mon père
Ils m’ont trop fait chier dans mon enfance
Mon père voulait que je sois un savant, et moi, je ne suis qu’un poète, même si je suis savant

Mon frère s’est toujours moqué de moi, quand il n’était pas plus violent.
Je suis redescendu dans sa voiture.
J’ai cliqué la porte, et il a démarré, et encore, il a fait hurler son moteur.
Il est parti a fond, pour l’église
Ma mère, elle avait laissé des consignes j’ai dis
– Tu les as, les consigne : le texte, la musique, l’ordre, enfin tout ce qu’elle a écrit ?
– Non
Bon on passe a la maison.
T’es con ?
Oui, mais moins que toi
Non
– Si, tourne, ils nous attendrons, et fait pas chier avec ton bolide
Je lui ai pris la main, et j’ai tourné le volant au bon embranchement.
On s’est pris un trottoir, après, il m’a laissé faire, du coup. Sa voiture, c’était mieux que ma mère, et la, j’allais la lui casser.
Cette maison, je ne voulais pas y retourner, mes les instructions de ma mère, je savais ou elle était, et c’était la bas.
Il s’est garé
Je suis redescendu
Je lui aurais cassé la tête.
Je m’en fous, quand on est mort, on est mort. Mais quand on a demandé quelque chose pour sa mort même si on trouve ça idiot, on peut au moins respecter.

J’étais énervé : ça sentait toujours la pisse dans la caisse de ce con, il me fallait juste une enveloppe, et j’avais pas envie de perdre du temps.
C’était fermé.
Alors, comme quand j’étais enfant, j’ai escaladé le mur de pierre, j’ai mis ma chemise sur le bras, j’ai cassé la fenêtre. Et je suis rentré.
Les papiers, ils était dans sa chambre : ça faisait deux ans que je savais
J’ai pris, et je suis redescendu, pareil, par la fenêtre et par le mur
– Démarre et file. C’est ce qu’elle voulait maman.
Il m’a regardé, j’ai redit.
– Il est reparti avec son bolide. J’ai baissé mon fauteuil, et j’ai relu ce qu’il y avait dans l’enveloppe.
C’était bien écrit
Facile, mais il fallait organiser vite, de toute façon, le pasteur, je lui expliquerai
Une musique à l’orgue, il l’avait l’orgue
Un passage dans la bible, s’il ne l’avait pas ?
Et des bricoles
J’ai fermé les yeux,et j’ai réfléchi
Il fallait un texte, pour qu’on l’admire, mais je n’y arrivais pas. Et je ne voulais pas monter devant son micro, sur l’estrade
«depuis que je connais ma mère » tu parles, je l’ai rencontré quand je suis sorti de son ventre, et je ne la connais pas
« Je n’ai rencontré qu’une femme de bien »
« Sûrement pour elle, mais pas pour moi »
J’ai laissé tomber, c’était nul
Je me suis enfoncé dans le fauteuil, et j’ai pensé qu’improviser, ça ne serai pas plus nul.
Je n’avais pas envie d’y aller, a cette messe funèbre.
Le gravier a crissé, j’ai été propulsé vers l’avant.
On devait être arrivé
J’ai ouvert les yeux, effectivement, il y avait un temple juste devant.
– On sort, c’est la.
C’était lugubre.

Pologne éternelle. Hommage III. Autant que certains lisent ( moi le premier, même si traduttore traditore)

Le Ciel et la Terre

« Sois réel ! – Tu rêves toujours le ciel,
Imminente la tombe par des influx incessants
Elle convoite tes os et tes cendres !
– Oh oui ! Pourtant où qu’il soit
L’homme voit plus de ciel
Que de terre…

Le même

Pologne éternelle. Hommage II. (J’ai déjà pas beaucoup de lecteur…)

Niebo i Ziemia

« Rzeczywistym badz ! Co ? Ci sie wciaz o niebie troi,
Podczas gdy grob, pradami nieustannemi,
Kosci twoich, prochow twych pozada !
– Och ! Tak, wszelako, gdziekolwiek czlowiek stoi,
O wielekroc wiecej niebos oglada,
Nizeli ziemi… »

Cyprian-Kamil NORWID (1821- 1883)

Pologne éternelle. Hommage 1.

Incertitude

Quand je ne te vois pas, je ne soupire pas, je ne pleure pas.
Je ne perds pas mes esprits quand je t’aperçois ;
Pourtant, quand je ne t’ai pas regardée depuis un moment,
Quelque chose me manque, quelqu’un m’est nécessaire ;
Et me languissant, je me pose la question :
Est-ce de l’affection ? Est-ce de l’amour ?
Quand tu disparais de ma vue, je ne peux pas
Dans mon esprit faire surgir ton image.
Pourtant, je ressens plus d’une fois malgré moi,
Qu’elle est tout près de ma mémoire.
Et à nouveau je me répète la question :
Est-ce de l’amitié ? Est-ce de l’amour ?
Quand tu poses ta main sur ma main,
Quelque part une paix m’envahit.
Il se peut que par un rêve léger je finisse ma vie,
Ou me ramènent à la vie les battements de mon cœur,
Qui me posent bien fort cette question :
Est-ce de l’amitié ? Est-ce aussi de l’amour ?
Quand j’ai composé cette chansonnette pour toi,
L’esprit poétique n’a pas guidé mes lèvres :
Plein d’étonnement, je n’ai pas moi-même réalisé
D’où sont venues les pensées pour ces rimes ;
Et j’ai écrit à la fin cette question :
Qu’est-ce qui m’a inspiré ? L’amitié ou l’amour ?

Adam MICKIEWICZ (1798-1855)

CHAP 28 ( Fin d’entrainement)

« Walk on the walk side. »
C’est pas vraiment de ça dont parle Lou reed, mais j’y étais presque « on the walk side »,
« Sors des sentiers battus, ça faisait longtemps. ET « Walk » depuis toujours.
Forcément, je rêve.

35 miles de la cote.

C’était presque fini.

Cabine avant.
Elles étaient encore enlacées. Rien à faire ici, sauf à les regarder, si enlacée qu’elles ne faisaient plus qu’une.
Je me suis assis sur le bord encore libre de la double couchette.

Dehors. Le câble vibrait encore, avec plus loin, sourd, le grondement de notre remorqueur de fortune.
L’acide ca donne ça comme grondement: « conndnd çq hc udwchc ».

En remontant, je me suis allongé à nouveau sur le roof, enroulé dans la couverture mitée.
Le soleil sortait de l’horizon.
J’ai tendu la main vers vénus et j’ai décollé.
Le câble s’est mis à siffler, découpant net les crêtes.L’écume crépitait en rythme.
J’ai bondi, en jetant la couverture, et me suis accroché au mat.
Le cargo virait.

Je voyais encore tous les phares malgré l’aube, sauf celui de la Havane, caché par la coque rougeoyante de l’énorme masse rouillée devant mon voilier.
Donc il s’était détourné la ou j’allais.
Adieu les trop, adieu le vol de caisse. Dans 2 heures, on serait arrivé, et dans 3, amarrés.

A cuba.

CHAP 27

J’ai repris le walkman.
Dring. Non. Avec l’acide de toute façon je n’avais plus rien que le émotions, et pas mal d’ailleurs.
C’est complique de vivre avec des gens qui ne sont pas dans les étoiles, quand on est dans les étoiles.

Il y a eu des lumières.

Fond mauve, cargo géant, presque noir, câble, et des points blancs.
Je suis redescendu dans la cabine, cherché dans le buffet.
J’ai sorti la carte de Cuba.
J’ai regardé.
Je suis remonté sur le pond avec les jumelles.
Les points ils m’aveuglaient, mais quoi ?
En bas de nouveau, , j’ai cherché. Dans les tiroirs du bas, il y avait un compas.
J’ai remis mon téléphone en charge : je risquais d’en avoir besoin, et justement, il y avait un câble.
J’ai fouillé.
Le compas, ça ne suffisait pas.
Sous des liasses de papier à l’envers, sûrement des brouillons, j’ai trouvé une règle Cras.

J’ai pris une feuille de brouillon, de l’huile une éponge, et j’ai rendu la feuille transparente.
Frottée sur mon jean, elle est restée transparente, mais ne risquait plus de salir la carte.
Posée, et règle.
J’ai cherché un stylo. Buffet parfait, on trouvait tout.

Les phares, c’était Harlem, Mariel, la Havane, Matanzas, Varadéro, et la Teja.
Le plus brillant c’était forcément le plus près : Varadero.
Moins de 80 miles de la Havane, à l’ouest.
Calculs. Trigonométrie, notes.
L’acide freinait tout, mais il accélérait aussi.
Merci Cras.
23°24’N 81°24’W.
On était à l’ouest, mais vraiment plus très loin.
Je n’avais ni envie de boire, ni de fumer, ni de rien : juste de me poser écrire, et d’aimer.
A la barre, Cecilia c’était envolée.
Je suis allé voir.
Dans la cabine, les deux filles dormaient, enlacées.

J’ai repris les jumelles, réglé.
La cote se dessinait, plus noire que le noir de la nuit.
En face, Varadelo, et 10° à l’ouest, la Havane.
A El PAtriarca, à la pointe de la presqu’ile, il y avait surtout un port de plaisance, pas de voiliers sûrement, de la viande cuite et recuite sur des engins genre Bertram ou Aquasport. On pouvait, sur les quais sud y amarrer un cargo, mais pourquoi ?

Quatres miles de higway pour arriver à Valadero.
Et après bien qu’y faire ?
Je suis resté sur le pont.
J’ai attendu en rèvant, les idées.
Un Catalina, c’est du haut de gamme, mais pas vieux. Pas de pont en acajou : le plastic, c’est froid.
Je suis redescendu chercher dans la cabine et je suis remonté sur le roof.
Faut pas rêver d’accords mais ma pensée volait de notes en notes dans la nuit. Impossible de comprendre. Du trafic antiblocus ? Une autre trafic louche ?

Ca vraiment cassé : je n’aime pas comprendre.
« The Jack » D’AC/DC est reparti tout seul.

She gave me the Queen
She gave me the King
She was wheelin’ and dealin’
Just doin’ her thing
She was holdin’ a pair
But I had to try
Her Deuce was wild
But my Ace was high
But how was I to know
That she’d been dealt with before
Said she’d never had a Full House
But I should have known
>From the tattoo on her left leg
And the garter on her right
She’d have the card to bring me down
If she played it right

She’s got the Jack

Poker face was her name
Poker face was her nature
Poker straight was her game
If she knew she could get you
She play’d ’em fast
And she play’d ’em hard
She could close her eyes
And feel every card
But how was I to know
That she’d been shuffled before
Said she’d never had a Royal Flush
But I should have known
That all the cards were comin’
>From the bottom of the pack
And if I’d known what she was dealin’ out
I’d have dealt it back

She’s got the Jack
Alternative Lyrics:
The Jack (live)

Here’s a song of the record High Voltage
This one is a song about the clap
Now we call it `She’s got the Jack’
We’d like to give this one to you

Psssst
Gonorrhea, oh no, I just had my first dose
Of gonorrhea

She gave me her mind
Then she gave me her body
But it seems to me
That she gave it to anybody
But I made her cry
And I made her scream (scream for me)
[Audience screams]
I took her high
And I curdled her cream
But how was I to know that she had been there before
She told me she was a virgin
She was number nine, ninety-nine on the clinical list
And I fell in love with the dirty little bitch

She’s got the Jack
(I hate to tell you this darling)

I searched her mind
And then I searched her body
…But so did everybody
But she gave me her heart
And she gave me her soul
And a great, big – warn out
Empty hole
But how was I to know it had been filled in before
She said, « Bon, I’ve never had the urgency »
She was number nine, ninety-nine on the critical list
And I fell in love with the dirty little bitch

She’s got the Jack
(I’ll kill her)
(Oh and it hurts)

You know, I woke up one morning, and there it was on the sheets – the clap
Now I know you all call it the clap over here so what I’m gonna do
I’m gonna say « She’s got the –« , and I want you all to shout out
Just what it is she’s got, in this case it’s the clap
And if you wanna know who gave it to her, don’t look at me

She’s got the …
(I wanna hear your voices)
She’s got the … clap
She’s got the … clap
She’s got the … clap
(That guy down there, whatta you doing?)
She’s got the … clap
(Yeah, you show me)
She’s got the … clap
She’s got the … clap
(She got that too, ha?)
She’s got the … clap

Je ne connaissais personne des AC/DC
Mais il y avait des enregistrements studio.
Le vendredi, c’était «Beat club sessions. », avec Gallagher

Cuba, c’est pour les curieux. Ou les amoureux, Et. je suis les deux.

En 72, je suis allé voir Winter, au RockPAlast.
Suzie Q. LA plus belle version blues rock enregistrée (à part les autres).
Copenhague.
Susie aussi, j’étais amoureux.
Un Albinos, bourré d’héroïne et de dieu sait quelle merde, avec un guitare sans importance, il et tellement usé, mais une rage d’amour en 8 vers. Enfin 8 vers, comme il les répète, ça dure bien un quart d’heure, avec les solos.
Divin.
Il y avait trop de monde, j’étais trop jeune, j’ai même pas essayé d’approché Winter.
Il y avait un roadies,
C’est qui Susie ?
« Ben ? Elle là. »
Je l’ai remercié
Et, tu veut quelque chose mec ?
Fait gaffe en tout cas ».
Non, je veux rien,et j’y vais.
Je me suis avancé lentement vers cette minuscule brune, moitié caché derrière le rideau rouge du RockPalast.
Elle n’as pas bougée.
« Bonjour Susie »
« Dégage,ou j’appelle Johnny. »
C’était pas la première gifle de ma vie mais c’est bien celle qui m’a fait le plus mal.
Je suis parti juste avec un rêve dans la tête, et des larmes aux yeux.
Enfin, j’avais la chanson, et je ne risquais pas de l’oublier.
Divin : magique et triste.

Cuba ( j’arrête les nombres : pour les curieux, c’est le 26)

CUBA 26

MC5 à fond, c’est ça :
Bien avant les punk, c’étaient des punk.
On ne commence pas un vers avec « Motherfucker. »

Kick out the jams motherfuckers !
Yeah! I, I, I, I, I’m gonna
I’m gonna kick ’em out ! Yeah !
Well I feel pretty good
And I guess that I could get crazy now baby
Cause we all got in tune
And when the dressing room got hazy now baby
I know how you want it child
Hot, quick and tight
The girls can’t stand it
When you’re doin’ it right
Let me up on the stand
And let me kick out the jam
Yes, kick out the jams
I want to kick ’em out!
Yes I’m starting to sweat
You know my shirt’s all wet
What a feeling
In the sound that abounds
And resounds and rebounds off the ceiling
You gotta have it baby
You can’t do without
When you get that feeling
You gotta sock ’em out
Put that mike in my hand
And let me kick out the jam
Yes ! Kick out the jams
I want to kick ’em out

Le Catalina avançait au rythme du cargo. La houle me berçait.
Le 3eme acide montait, ça faisait trop, nettement trop, mais à la Havane, avec mes 4 derniers passeports, et les 250$, j’aurai ma vie. Et les deux filles : celle que j’aimais, et celle qui m’aimait.

Avec Julia, un soir, les soirs, tous les soirs, on récitait.
J’ai tout posé dans un garage, mais à l’époque, les livres, je les comptais au mètre ou la la tonne. A l’unité, je n’aurais pas eu le temps de les lire.
Poèmes : 25 mètres.
Dictionnaires 200 kg.
Fiction : ça tourne, je revend, alors je ne sais pas.
Polard idem.
Philo 15 mètres (ça m’endors, sauf Nietzsche, mais lui aussi il était fou, et amoureux)
Sciences 20 mètres.
Ecrivain ( j’enlève oliplo ( je ne sais pas bien dire)) 20 mètres.
Oliplo : non : j’ai vérifié « Oulipo », 2 rayons, et cent fichiers, autant de livres.
« Ou joue ? 
Pas de E ? »
En français ? Je ne suis pas doué mais bon .

La. Enfin : jus de fruit. On a bu. j’ai pris ( je dirais nichons, mains dans « seins » il y a un  « E » donc tant pis ; nichons pas Joli, mais pas de « e »)
Calins,
J’ai pris son amour,
J’ai pris le Jazz ( plagia)
Tard.
Pas trop
A poil
Moi aussi
L’un a
On a fait
On a vu
On a pris plaisir

J’arrete, j’ai remis un « e »

Fatigué, j’ai pris la Desdichada, et je lui ai lu.
Elle est resté scotchée. A la fin, deux heures c’est pas long, (mais que faire d’une poupée quand tu parle d’une autre poupée?)
A coté, dans le salon ou je vivais, je l’avais la Desdichada, un mannequin, habillé, avec un couteau de GI, une Kalachnikov, un billet de 1 dollars collé entre ses seins, un gilet de Sioux, et au pieds, la misère du monde :
Une fiole d’absinthe, un couple de marié, une grenade à fragmentation, une autre balle 7,62, un paquet de cigarette…et des merdes.
Elle a écouté. Elle a compris, qu’on pouvait devenir fou d’un mannequin, jusqu’à inviter des amis à dîner avec elle, après l’avoir habillé et maquillé. Qu’on pouvait s’entre tuer pour un bout de plastic, à 20 ans.
Je lui ai donné le livre.

Mon mot de passe, quand j’avais le Wi-fi, c’était un titre de Perec.

Ma mère est italienne, mon père français : alors, dans cet appartement, à NY, je n’étais pas génétiquement chez moi.

Et le mot de passe, c’était que de la poésie.

Le LSD, ça dégage, surtout trois en 12 heures.

Le cargo avançait doucement.
Je refaisait les mesures, Cassiopée était au bon endroit enfin : d’après la latitude et l’heure.
Le ronron ( cette distance, c’était du ronron) des diesels augurait la chance d’arriver
J’ai ouvert le téléphone: toujours pas de réseaux. Merde, si Martha se débrouillait, on avait 5 milliards, juste en Van Gogh  : J’aurai rhabillé ma nana comme elle voulais. Plus besoin de voler des escarpins. C’est du vol différent, mais on ne risque pas la tôle.

Cassiopée a doucement disparu.
Gamma d’abord. Enfin ,on, c’est Lambda.
Caph et Shedir étaient toujours la. Mais c’est Ruchbah que j’aime.
Alors j’ai laissé s’éteindre la nuit.

L’acide m’empêchait de vraiment dormir, Les étoiles, je n’avais qu’ à lever un bras pour y aller.
Je n’ai pas bougé. J’ai repris le sextant.
J’ai regardé la marque  « Sextant d’étude, école de bordeaux, 1957. »
Ah bon ? Il marchait bien ce truc ? Au moins le prix de dix mois d’hôtel à la Havane.
Mais je préférais encore savoir ou j’allais mourir, que de payer un endroit ou je ne voulais pas vivre.
J’ai repris, re -mesuré, enlevé les filtres.
Polaris était là.
Oui, on avait vraiment dérivé. Le cargo nous poserai ou je voulais aller.
Mais je voulais écrire seul.
J’étais amoureux.
Et une autre était amoureuse.

Va faire ça?

CUBA 25

H. c’était fini.
Je suis passé à I.
J.
K.
L.
M.
N.
O, P Q R S T U V W.
J’ai laissé tombé.
Je me suis décollé de Julia. Je suis sorti de la cabine, du salon, et prendre l’air.
Cécilia tenait toujours la barre.
Elle m’a sourit.
« Ca va ? »
« Non ».
« Viens contre moi, j’ai froid ».
Je me suis assis, pas trop près.
Elles s’est décalée, et le compas a bondi à 160.
« Fait attention ! »
Je me suis rapproché, et je l’ai remise droite.
Le Catalina est doucement revenu à 170.
Elle a posé sa tête sur mon épaule.
« J’ai froid c’est vrai ».
Je l’ai enlacé, remis son pull sur ses épaules. 
« Donne la barre. »
Elle a lâché, pris ma main, et s’est allongée sur mes genoux, contre mon ventre.
J’ai levé les yeux, regardé  le ciel.
Devant, en face, Cassiopée : Ça ne collait pas.
J’ai donné un coup de pied dans le compas, il a bougé, vite.
Putain de bateau. On allait nulle part.
Compas cassé ?
J’ai posé Cécilia, et suis descendu chercher le sextant.
Je repris les mesures. On était pas à 170° on partait vers le nord, à peut près l’inverse de ce qu’il fallait
J’ai redonné un coup de pied dans le compas, il a explosé.
J’ai repris un acide, plus la peine de ne pas planer, quand tout plane.
Et je me suis posé pour mesurer.
Le Catalina, il disait 170°, les étoile 2°
Autant dire qu’on remontait droit en Floride.
« Allo Houston, on a un problème », j’aurais dis, dans une capsule Apollo.
Julia dormais, Cécilia aussi.
Le ciel disait tout, encore fallait-il le lire.
J’ai encore repris les mesures.
De toute façon, avec l’acide, ça devenait de plus en plus compliqué de comprendre sérieusement le sextant.
2°15minutes : On remontait en Floride.
De toute façon…
Brusquement, le Catalina a bougé.
J’ai regardé sur à l’avant. On était empêtré dans un vieux bout de filet.
Je me suis accroché au pont, et j’ai plongé dans le noir.
L’eau était gelée mais si on ne bougeait pas, c’est nous qui serions gelés.
Je suis remonté, prendre un couteau, j’ai replongé, et coupé le nylon.
Au fond, un cargo illuminait : Rouge : « Rouge sur rouge, rien ne bouge, vert sur vert, tout est clair ».
Ca craignait. Vraiment.
Je suis sorti de l’eau, et j’ai cherché fébrilement, dans le salon du Catalina, une lampe torche.
Je suis remonté sur le pont, j’ai grimpé sur le mat, avec la torche.
… – – – …
« SOS »
Après, j’ai déconné.
— . .-. -.. . .-.- -.-. . .-.. ..- .. –.- ..- .. .-.. .. .-. .-
« Merde à celui qui lira. »
Encore …—…
Et encore.
Et encore.
Le cargo à tourné, il est devenu vert.
Il s’est rapproché.
Je suis descendu du mat.
Je me suis séché
J’ai attendu.
A 100 mètres, un halogène m’a aveuglé.
Le cargo a doucement ralenti.
J’ai entendu du bruit.
Ils descendaient un canot.
Bruit de moteur.D’oreille, un Mercury.
2 moteurs même, les hélices n’étaient pas synchro.
Une minute après, deux marins étaient là.
Ils on accostés, et sont montés.
« Ca va ? »
« Non, le compas est cassé, je vais à Cuba mais c’est plus le bon sens. »
Un des marins a sorti un gps.
« Vous venez d’où ?»
« Miami »
« Vous savez ou vous êtes ? »
« Dans lez choux, sinon non.
Je vais à Cuba »
« On va aussi à La Havane. Je vous tracte ? »
« Ce serait gentil ».
Il est passé à l’avant, et jeté le reste du filet que j’avais découpé.
« Je reviens ».
Les moteurs du zodiak ont grondés.
2 minutes après, il sont revenus.
Le mec a accroché un mousqueton à son câble, et à l’enrouleur.
Il est reparti vérifier qu’il était bien accroché à l’arrière du cargo.
Et plus rien.
Le Catalina a tourné doucement.
Il est revenu, a dit, « je rentre, on vous tire lentement, vous voulez pas venir dîner, ou déjeuner vu l’heure ?»
« On est trois, il y a ce qui faut, merci, on reste ».
De toute façon, les filles dormaient.
Le Saint Peter III a repris sa route, et nous derrière.
Plus de rouge, ni de vert, juste un câble qui fouettait l’eau.
J’ai remis le pull sur Cécilia.
Effectivement, Cassiopée avait repris la bonne place.
Je suis descendu dans la cabine, et j’ai remis la couverture sur Julia.
Pour un écrivain, passer son temps a couvrir de laine ses amantes, ça se posait la.
J’ai pris le walkman qui traînait par terre, j’ai remis MC5. A fond. Et je me suis couché sur le pont. On entendait par dessus les diesels du cargo.
J’ai repris le sextant : la polaire :
Bon dieu: on avait sacrément dérivé.

Cuba 24 ( c’est encore pair, il va falloir attendre 27 pour un nouveau premier)

Je suis sorti des souvenirs.
J’ai posé le Walkman, et j’ai repris Julia dans mes bras.
Le Catalina ne vibrait pas. Cecilia devait faire du bon job.
Je me suis allongé.
Je me suis relevé.
Je suis passé dans le salon.
Je suis remonté.
Effectivement Cecilia gardait l’œil rivé sur le compas, et c’était bien 170°.
J’ai fouillé dans ma poche, retrouvé le sac de coke. Il n’y en avait plus beaucoup.
J’ai ouvert les tiroirs, trouvé un couteau.
Je me suis refait un rail.
Je tiendrais debout jusqu’à Cuba.
La poudre est montée.
Moi aussi.
« Cecilia ?
Je te remplace ?»
« Va t’occuper de ta femme, j’ai rien à faire qu’à tenir ce bout de bois »
« Tu veux ? »
« Rien, je pense, ça suffit »
« Tu penses ? A quoi ?»
« A Cuba, j’arrive d’Irlande, tu me baise, je barre tu es amoureux on va écrire, à la Havane, tu crois que c’est facile ? »
J’ai baissé les yeux, et je suis redescendu dans le Catalina.
J’ai aligné ce qui restait de coke, et j’ai tout aspiré.
J’ai rejoint la cabine ou Julia dormait.
Je me suis collé contre elle.
Je l’ai enlacé.
Elle ne bougeait pas. Rien.
Décidément, la fatigue, ça plombe.

Je me suis collé au plus prêt.
Et j’ai récité.
Doucement. Pas doucement, en silence.
A. rien.
B. non plus.
C. Chopin, le cadeau 1 de Franck.
J’ai sauté à M.
Et je suis revenu à elle.
Le coeur de ma Julia battait sous ma paume, lentement.
J’ai compté : 65 max.
Elle était chaude. Je me suis collé encore plus, mais dormir et la coke, c’est plutôt incompatible.
Alors je n’ai plus bougé, et j’ai continué de compter.
E.
F.
G.
H. « En marge » : c’était parti.
J’avais rencontré Harrison quelques années avant, avec Julia.
Un drôle de ranch, dans le Minnesota. Mais je l’avais tout lu ce type, et il me fascinait.
On a frappé, il est arrivé, lentement.
« Vous voulez quoi ?»
« Parler »
« La véranda est par là, j’arrive »
On s’est posé avec Julia, au soleil.
Elle était si belle dans sa robe à fleur, et vu l’heure et la chaleur ; l’odeur devenait intéressante.
Jim est revenu, en traînant dans ses pantoufles.
« Tu veux parler de quoi .T’es journaliste ? »
« Non, lecteur, c’est tout »
Je lui ai récité le début d’un beau jour pour mourir.
Il a cligné des yeux.
Il a regardé le décolleté de Julia.
Il s’est relevé, et parti puis revenu avec du bourbon et trois verres.
« On parlera quand tu auras bu un verre, et elle aussi »
Il s’est servi, a but au goulot, et a rempli les deux autres verres.
« Julia, c’est pas son truc tu sais »
« Ben foutez le camp alors »
Julia a croisé les jambes, très haut.
Elle a pris le verre, décroisé les jambes.
Harrison regardait ailleurs du coup.
Elle a posée le verre, et recroisé les jambes.
J’ai pris le mien, j’ai cogné celui de Jim. On a avalé ensemble.
« Bon, tu veux parler de quoi ? »
« Comment tu écris ? »
« Je me pose la, et je regarde
Et je bois
Et j’ai une Underwood. Je mets les feuilles,je tape, ça sort tout seul. »

« Dalva aussi ? »
« Tout mec, tout, juste du bourbon et un couché de soleil »
Il s’est resservi, m’a resservi. Julia croisait et décroisait les jambes, son verre était sur la table.
Il s’est levé, a traîné à nouveau ses pantoufles.
Derrière, sur son buffet, il y avait une platine. Il s’est baissé. 2 minutes après il sortait un lp. Il l’a posé sur la platine, s’est rebaissé pour allumer une multiprise.
La platine a démarrée.
Chet baker.
Même Julia a sursauté.
Il a monté le son. La trompette devenait trop forte, mais d’une telle douceur.
Il s’est rassit.
« Tu connais d’où ?»
« De toujours, tes livres je ne les prête plus, je les vole et je les offre »
« Connard ».
Il a fini son deuxième bourbon.
J’ai fait pareil.
De toute façon pour parler, il en faudrait bien quatre.
J’ai tapé au hasard :
« Héraclite ?
C’est quoi la vitesse du temps ?
« Prend garde ô voyageur, la route aussi marche. » Rilke.
Ça l’a scotché le Jim, que je lui sorte ça.

Ben oui, je le connaissais par cœur.

« Tu connais Klein ? »
« Je l’ai lu, c’est tout.»
Il s’est resservit un verre.
J’ai continué.
« Rien n’est moins intéressant, sinon pour les exégètes futurs, qu’un écrivain en pleine période créatrice ».
Il s’est resservi encore un autre verre. Et a allumé une clope.
La: plus besoin d’alcool, il allait me parler.
Julia a décroisé les jambes. Il ne regardait plus.
La fumée embrumait sa véranda.
« Le temps, la moindre des choses, c’est d’être sans cesse au présent : avant c’est intouchable, après ça n’existe pas. »
Il a écrasé sa clope.
« La courbe du temps ?
Pourquoi tu parles de ça ?»
J’ai continué.
« Je vais me suicider ou mourir en essayant, pensa Walter au bord de la Tamise-à marée basse et très féminine.»
Et j’ai arrêté.
Il a repris une clope. Un autre verre ( putain, il allait vraiment plus vite que moi)
Et il a raconté.
« Ou suis-je ? Dans un canyon glacé… »
Julia, s’est collé contre moi.
« T’es où dans ce monde ? »
« Nulle part, j’invoque des symétries implicites 
Tu connais Dirac ?
Ma poésie, c’est des maths mais il ne faut pas le dire. Dirac, il a dit l’équation est belle, donc elle est juste »
« Oui, mais Dalva, j’ai rien vu de ça ? »
«Tu n’avais qu’a mieux lire 
le temps est subjectif, la chronologie aussi.
Dalva, c’est juste une poésie sur des équations».
J’ai pris la main de Julia.
J’ai dit, au hasard « 6,626 10^-34″

Il a sourit.
Il a dit « Planck, prend plutôt la réduite ; 1,054 1°^-34 ». Il s’est resservit un verre.
Il m’a dit « causalité ».
Je l’ai levé ma chérie, j’ai admiré sa robe.
J’ai embrassé Jim sur le front.
Et on est parti.

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