Cuba Chap12 ( ou comment s’éloigner du sujet)

Je me suis relevé. J’ai repris le livre, remis tous les dessins dans l’enveloppe. Au fond du garage, il y avait l’escalier pour retourner dans le pavillon.

Je suis monté.

« Martha !»
Pas de réponse.
« Martha ! »
Elle est arrivé, toujours en sourire.
« Tiens, cache ce truc. Un Van Gogh, chez Christie, c’est 80 millions de dollars le tableau. C’est des croquis, et c’est de lui. Alors soit tu enlève un zéro parce que c’est petit, sans couleurs, soit tu en rajoute un parce que c’est inconnu. Après, tu multiplie par 65 , ça fait plus de 5 milliards».

Elle a pris l’enveloppe, elle a ouvert, et regardé.
« Tu veux faire quoi ? »
« Tu as de la ficelle ? ». Elle a ouvert un tiroir, et m’a tendu une pelote.
J’ai bricolé une laisse.
Tout vibrait trop vite. J’ai enveloppé soigneusement dans la ficelle de coton Diego, enroulé trois fois le reste sur mon poignet valide, j‘ai tâché de siffler, histoire de faire le maître, et je suis sorti. Pas besoin de tirer, c’est lui qui galopait.
La cloche du pavillon a fait « ding ».

Après un mile, une fille m’a accosté. Blafarde, anorexique même, les yeux rouges, mal cernées par trop de marscara.
« Tu viens chérie ? »
« Non, je ne viens pas, je vais à Cuba, mais avant, je promène le chien
Tu veux quoi ? »
« Te donner du plaisir mon chou »
« Bon, t’as ta dope ? Tu veux une seringue ? »
« J’ai rien, viens mon chou »
«Mon chou mon cul ! Bouge pas : tu entends ! Bouge pas, je reviens »
Je ne lui ai pas laissé Diego, les junkies faut rien leur laisser.
J’ai pris le chien dans mes bras, et je suis entré dans la station Shell, à dix pieds.
« Bonjour madame ».
La caissière a levé l’œil, trop bleu.
« Je cherche une pharmacie, et un sandwich »
« Les sandwich, c’est là, mais… » Elle a baissé les yeux et la voix. « Ils sont dégeulasses »
« Ca Madame, je m’en doute, mais je ne vais pas la laisser crever
Vous pouvez me garder mon chien dix minutes ? »
Elle m’a souri, son bleu en a dégouliné encore un peu plus, mais finalement, ça cachait ses pattes d’oie.
Je lui ai passé Diego, frétillant, par dessus le comptoir. Elle l’a caressé, et mis entre ses jambes, sous la caisse.
« La pharmacie ? »
« Au bout d’Amelia street, à gauche »
J’ai mis la main dans mon dos : plus de petit français, Franck l’avait « détruit » comme il dit. Il faudrait faire autrement.

Dehors, il y avait la lune, et Vénus. En regardant mieux, Jupiter se couchait, et mars était invisible, mais je savais qu’il était là.
Il faisait déjà trop jour pour en voir plus, des étoiles. J’ai récité leurs noms.
Trops d’alcool, plus de mémoire, je connaissais 120 noms, et presque autant d’histoires. Il ne m’en restait qu’une 30aine.

On a marché, le long d’ Amélia Street.
Tous les 10 mètres, Diego pissait. Les chiens marquent leur territoire, il paraît.
Tous les 3 mètres, je regardais le ciel : Et je retombais en souvenir dans mes mythes. Artcurus, le Bouvier, ses chiens de chasse, pour protéger sa mère contre Hercule, derrière. Cassiopée, qui ne branlait rien, sauf à viser Mirach, encadrée par Almaak et Alpheratz. A un doigt à droite, Andromède. Bref, j’étais autant dans les étoiles que diego a lever la patte sur chaque arbre.
L’air était frais. Tant mieux, pas de fontaine pour plonger la tête dans l’eau.

Je suis arrivé devant la pharmacie sans idées.
J’ai fait le tour des rayons. Il y avait deux caméras, ça risquait d’être chaud.
La pharmacienne comptait de petits papiers verts.
« Bonjour madame, mon chien est malade, je dois lui faire une injection par jour, mais j’ai cassé la seringue, une petite vous voyez, genre pour diabétique »
Elle a entassé ses papiers verts, et m’a dit « je vais vous chercher ça monsieur ».
Elle s’est levé lentement, et direction l’arrière boutique.
J’ai contourné le comptoir.
Les pharmacie, je connais. Des rayons, des rayons, des rayons. Par ordre alphabétique.
A, B, C… O : Oxycontin, j’ai ouvert le tiroir, pris les 7 boites de 30 mg, et je suis retourné devant le comptoir.
« Voila » elle a dit en revenant avec sa boite de seringues, « C’est 7 dollars. »
J’ai fait semblant de fouiller dans ma poche.
« Zut, j’ai oublié mon porte feuille,je suis très pressé, mon chien va mal, je vous laisse mon passeport ? Je repasse demain.»

Franck m’en avait donné 5, des passeports : celui là serait pour la bonne cause.
Elle l’a pris, et m’a donné les seringues.

J’ai remonté Amélia Street.

La fille était vautrée la ou je l’avais laissé.
« C’est bon. Ne bouge pas »
Je suis re-rentré dans la station Shell.
Diego a sauté par dessus le comptoir, aboyé. Ça a réveillé la blonde au bleu.
« Merci madame, il me faudrait aussi un briquet, et un café »
« La machine est là, et les briquet, à gauche. »
« Il me faut un vrai café, avec une tasse en porcelaine, et une cuillère, je sucre, vos trucs plastique, c’est imbuvable »
Elle a soupiré, s’est levé, est passé dans la salle adjacente. Je me suis assis sur le seul canapé sky propre. J’ai attendu.

Elle est revenu avec un café brulant. J’avais volé le briquet, et pris la cuillère acier.
« Ou sont les toilettes ? »
« Au fond, à droite. »
Je me suis levé. Le temps qu’elle retourne à son comptoir, je suis sorti avec Diego, et ma cuillère.

« Tu t’appelles comment »
« Mon chou… »
« Tu t’appelles comment, merde, j’ai tout »
« Cécilia »
Je l’ai soulevé par les aisselles, elle sentait l’aigre et la mort, et elle ne pesait rien.
Il y avait une ruelle.
Je l’ai posé contre une poubelle.
Oxycontin, eau d’une flaque, cuillère, briquet, ça bouillonnait. Pas très hygiénique, mais au point ou elle en était.
Seringue.
Pas de ceinture.
« Vire ton soutien gorge »
« Mon chou »
« Ta geule mon chou, donne moi ce soutien gorge ! »
Elle a enlevé son tee shirt des Ramones, et j’ai dégrafé.
Je lui ai fait un garrot de fortune, en nouant les bonnets.
« Serre le poing.
Serre.»
Il n’y avait presque plus de veines, j’ai massé, j’ai trouvé, j’ai piqué, elle a respiré.
Diego attendait.
J’ai embrassé Cécilia sur le front, prié pour elle un dieu qui n’existe pas, et on est rentré.

Cuba Chap11

C’est idiot, dès que je rentre dans une librairie, tout revient.
Je suis retourné au roadster, avec mes sept livres.
Diego a remué la queue.

Les livres: un polar, deux compilations de Yeat, fripées, l’intégrale d’Ezra Pound, et deux inconnues. Inconnues enfin, c’est toujours des inconnues : Sylvia Plath, « Collected Poems ». Suicidée.
Le dernier je n’ai pas regardé. Quand on pleure, on ne voit rien.
Si, en fait, j’ai regardé, c’est celui qui sentait le plus fort: Salammbô. Et je me retrouvais 3 jours en arrière avec Matho, dans les faubourgs de Carthage.
En fait, j’avais pris aussi des poèmes de Lalla Romano. Ça faisait huit.
Incompréhensible. Une page en Italien, en face, une traduction. Même pas doué : ça ne collait pas.

Alors, j’ai reculé.
Ma tête, c’est un magnétoscope. Marche, arrêt, pause, avance rapide, retour au début.
Mode recul rapide.

Le V8 tournait. J’ai fait caler la Virage. Son ronron calibré me donnait le tournis.
Silence. Enfin, pas au fond de mon crane.
J’ai invoqué : j’ai composé.

Il fallait arrêter les conneries, filer cher Martha, mettre Julia dans l’Austin, Prendre un truc pour Diego, et filer à Miami, avant le soir.

J’ai redémarré l’Aston, façon Franck, deux fils, une étincelle.
Regardé les plaques bleues, à chaque carrefour, et suis redescendu jusque chez Martha.
Ce roadster, j’étais de moins en moins sûr que le plan « La lettre volée » était une bonne idée.

J’ai même fini par trouver que c’était une très mauvaise idée.

A 500 mètres de chez Martha, j’ai viré à droite, dans une impasse incolore.
Je suis descendu de la Virage. J’ai sifflé. Diego a levé une oreille, puis est descendu aussi.
Il m’a suivi, a pied, jusqu’au pavillon.

« Alors, cette voiture ?»
Martha avait ouvert la porte avant même que je sonne.
« C’est qui lui ? ».
« Diego, je l’emmène ».
« Ok, il pue. »
« La voiture, j’ai merdé je pense. Mais elle est toujours la, à côté »
« Entre ».
« Donne moi à b… ».
« Non ! ».
Le salon était encore empli de la senteur ocre des cookies.
Entre sauver les gens, et cuisiner des gâteaux, elle ne devait pas se reposer.
Le son était trop fort. Je me suis assis, en premier. J’ai tourné la tête pour repérer d’où ça venait. C’était surtout ma tête qui tournait : la télé, elle était en face.

J’ai respiré, doucement, comme j’ai appris à l’hôpital.
Je me suis enfoncé dans le canapé, et j’ai posé les mains de chaque coté de mes cuisses.
« Eh monsieur ? Dessine moi une chèvre ».
Fox News Channel venait de faire un break d’infos.
Le gamin à l’écran, de la pub, et du St Exupéry.
Sauf que c’est un mouton, dans St Exupéry.

Franck m’a toujours filé plein de disques. J’ai invoqué. Pas St Ex : une copie. Un français. C’est revenu : juste avant de « C’est le Concorde ».

La pub a finit. Fox New Channel a reprit ses infos.

Mes mains n’étaient pas au même niveau. La gauche surtout.

J’ai tourné les yeux, la tête, les épaules.
Forcément : à gauche, Julia était presque contre moi. Entre une cuisse et un divan, il y a tout de même bien 8 pouces.

Elle souriait, réparée par la grande Martha.
Remaquillés, ses yeux donnaient le noir de l’enfer. J’ai sombré. Enfin, j’ai chaviré avant de sombrer.

Elle m’a enlacé, j’ai viré mes mains, elle m’a embrassé, j’ai remis mes mains.
« Bébé ? On y va ? La ou c’est ton truc».
« On y va. Dans quatre heures on sera sur le bateau».

J’ai cherché la télécommande, je ne l’ai pas trouvé, alors j’ai laissé Fox News Channel débiter.

Julia s’est collé sur mon épaule.
On est resté un moment immobile.

Une porte a grincé. J’ai ouvert un œil.
Martha était devant moi, dans son tablier de coton fleuri.

« Mec, j’ai ouvert le garage, et sorti ma Ford. Il y a de la place.
Va chercher ton bolide, rentre le. Je fermerais, on ne le verra plus. Vous partirez plus tard. »

Je me suis levé. Julia s’est allongé dans le chaud de ma place, Diego à ses pieds. C’est vrai qu’il puait.

Je suis passé dans la salle de bain, pour me rafraichir. Lavabo. Eau froide sur la nuque. Pas de serviette, ça sècherait seul.
Je suis sorti.
Et je suis retourné à la Virage.

J’ai refais le plan Franck. Deux fils, une étincelle, un ronronnement. Le V8 m’a ramené devant le pavillon.

Une fois rentré, j’ai cherché la fermeture du garage.
« UP, down », j’ai pris Down.
Le portail s’est mit en marche. Fermé.

Le jaune de l’Aston ne serait plus dans les yeux de passants curieux.

Au fond du garage, il y avait un établi, des outils, et trois vieux essuie glaces .

J’ai allumé l’autoradio. Dedans, un CD de Nina Hagen. J’ai monté le son, et j’ai cliqué jusqu’à arriver à « Naturträne ».

Je suis retourné à l’établi, la voix de Nina repeignait la pièce en ultraviolet.

Avec une pince, j’ai coupé un essuie glace. J’ai arraché le caoutchouc. Avec une lime, j’ai affuté la lame de métal.

J’aurai mieux fait de remonter, et de reprendre ma Julia, et un cookie, mais la curiosité.

Deux morceaux d’acier, mes mains : le coffre de l’Aston n’a pas tenu 15 secondes.

Un sac noir, un sac à main, un livre, et une grande enveloppe.
Le sac noir, je n’ai pas regardé. Le sac à main: Un permis de conduire avec une jolie blonde, une carte de résident(e), des photos d’enfants, Et 36 dollars. Le livre : Vincent Van Gogh : Le brouillard d’Arles Carnet retrouvé.

J’ai ouvert l’enveloppe de kraft.

Dedans, des feuilles de compte jaune. Et des dessins.
J’ai déchiffré une feuille.
Le Français, je ne vais pas vite.

Café de la gare de Soulé Arles.
20 mai 1890
Madame Duchary demande si
illisible.

Putain ! Arles ! 1890 !

J’ai posé la feuille et pris un dessin.
Je me suis accroché à la portière, j’ai monté le son, puis assis pour ne pas tomber.
Il n’y a que Van Gogh qui pouvait faire ça.
Sauf qu’il n’existe pas de croquis de Van Gogh.
J’ai vidé l’enveloppe : mis de côté les notes, et compté les images. 65. Signées, en bas à droite « vincent » en minuscules tremblées.
J’ai repris le livre, et feuilleté.

J’ai repris les images.

Le livre parlait des images. Il faut être con pour ne pas piger plus vite: Carnet retrouvés.

Je suis resté par terre un moment, à reprendre mon souffle.
J’ai rouvert les yeux, et vérifié.
A mon avis, j’avais dans les mains 65 trésors.
C’est pas une Aston que j’avais volé, c’était un musée.

Cuba chap10.

J’avais dépassé Lake Eola. Trop au nord pour chez Martha. J’ai fais demi-tour.
Sur Ridgewood street, un starbuck, et une librairie.
Les starbucks, c’est pas mon truc, mais les librairies si.
J’ai garé la Virage.
J’ai dit “Diego, pas bouger !”.
Il a levé la tête, et s’est recouché.
Je suis sorti du métal chrome, pour du goudron, puis une porte verre et acier, une sonnerie à l’ancienne, et le sourire étriqué d’une gamine, que sa mère avait du poser, en remplacement, comme caissière.
Dans les librairies, ça sent le papier.
Et le papier,ça sent bon.
Je n’y vais jamais, trop cher. Tout est trop cher quand on a zéro vrais dollars.
Mais il y avait un rayon “Sold”.
J’ai reniflé.
Sonnerie. Personne. Sonnerie. Personne. J’ai volé 6 livres, mais j’étais de nouveau dans mes souvenirs.

Et les souvenirs.

Quand Julia s’est réveillée l’allemande était partie, plus son cul mais l’adresse.
Je l’ai pris par la main, Julia.
Je l’ai trainé chez Polani.
Sonnerie à l’ancienne aussi.

Les sonneries, c’est des remonte-souvenirs.

J’ai tapé sur le carillon, j’aime le son.
Julia tenais juste contre moi.
Je voulais la poser sur un édredon, un truc rouge, genre Van Gogh, et l’embrasser.

Un sicilien pur race est arrivé , pour le coup, au comptoir.

“Che volete ?”
“Una stanza.”

“E ‘al primo piano, 113.
Qui sono le chiavi.
Mi paghi subito 5000 lires”

Perdu. Son italien était aussi mauvais que le mien. Encore un qui arrivait d’ailleurs.

J’ai sorti quelques billets, posé sur le comptoir, et pris la clé.

On, enfin je, est monté.

Je l’ai posé, ma chérie. C’était loin de la chambre de vincent, à Arles. Pas l’édredon prévu, juste une couverture mal lavée., une chaise, et un lit simple. Et pas de bar.
Je suis redescendu, j’ai re-sonné le faux italien.
“C’est crade : vous avez une femme de ménage, ou un balai ?”
“No domestica prima di domani
La scopa, lo è.”
Il est repassé dans son arrière salon, puis revenu avec une balayette, et une pelle.

“Tiens Monsieur”.
Décidément, il était Sicilien comme moi Grec.

Je suis remonté avec sa balayette.
J’ai tout posé dans l’entrée.
J’ai glissé un fauteuil jusque devant le lit.
Je me suis assis.
Je l’ai regardé, Julia.

Son coeur palpitait doucement. Ca faisait tout vibrer.
20 ans avant, je jouais de la guitare. Une Gibson, l’ampli: un Peavey, à lampe, à fond, je cassais les vitres. Mais la Juste elle, ça cassait les vitres.
Je me suis décidé. J’ai posé mes lèvres sur son frond. Je suis descendu doucement. J’ai remis une main sur sa joue.
Je l’ai embrassé, j’ai poussé un peu son chemisier, et mis la main sous son soutien gorge.
Décalqué.
Pour le coup, la Sicile était rayée de la carte.

Cuba chap9.

“Pour Miami, c’est presque 4 heures de route.”
J’ai sursauté.
Martha avait les mains douces, mais ma tête était si sensible que juste sa main sur mon front, cétait déjà trop.
Je me suis redressé. J’ai pris cette main, qui m’avait réveillé. Je l’ai serré, et ouvert les yeux.

“Cool, mec, cool. Faut juste que vous trouviez une voiture”.
Je suis sorti de mes rêves.
“J’ai lavé les fringues de ta nana, c’est sec. Elle, je l’ai mise dans mon lit. Rhabille la. Après ?”
Je me suis levé du canapé.
J’ai massé mes tempes.
“Il y a encore du Porto” ?
“C’est pas comme ça que tu va… C’est comme ça que tu n’arrivera jamais ou tu veux”.
Elle est allé sur son balcon. Elle est revenu, avec sa bouteille, me l’a tendu. Le porto n’attendait que de me donnner les idées. J’ai bu chichement. Les idées étaient là, il ne fallait que ne pas trop trembler pour ouvrir une portière, et pas trop avoir peur pour le faire.

Elle m’a accompagné dans sa chambre.
J’ai sorti mon bébé du lit.
Martha m’a donné ses fringues.
Je l’ai doucement caressé, ma Julia, puis je lui ai enfilé ses dessous, ses dessus.
Ca a fini par la réveiller, et arrivé au jean, elle était assise, baillait, mais elle tendait ses jambes.

Les filles, c’est compliqué. Rien que pour les habiller, il en faut des tonnes, de tissus.
Mais c’est si doux, de remettre de la fausse peau sur qui on aime.

Martha regardait. Elle souriait.

“Tu descends la rue. Jusqu’au Women center. Tu tourne à gauche: Winnie Palmer Hospital.
Après il n’y a que des hopitaux, des junkies, et un paquet de belles américaines. Tu trouveras. Je vais lui faire du thé. Pas de souci.”

“Je reviens”.

J’ai encore resserré d’un cran ma ceinture. Et je suis sorti du pavillon, en évitant de faire trop de bruit.

“Martha” ?
“Oui”
“Je t’aime”.

“Sûrement, mais celle que tu aime vraiment, elle est à côté, je m’en occupe. Avance. Tu as déjà oublié” ?

Plus d’infos. C’etait le jour, la nuit ?
Ciel gris, lumière: le jour alors.

J’ai marché entre les poubelles, direction le sud ( c’est ma montre qui me l’a dit) en cherchant “Women center”.

La lumière montait. Un gros immeuble s’est imprimé dans le décor. Donc, il fallait tourner à gauche.

Une gamine passait, avec des bouteilles de lait vide.
“Bonjour : je cherche Winny Palmer: l’hopital” ?
“La bas monsieur”.
J’ai encore marché, et encore entre des poubelles.
Orlando, c’est pire qu’ailleurs. Le soleil ne passe pas le mur de crasse. Mon jaunasse, c’est une litote.

J’ai trébuché sur un clochard. Pas moyen de faire, dans cet état. J’ai marché lentement, en respirant, et en comptant mes pas.
C’est revenu.
Sérénité.

Colombia street : une Aston Martin Virage. Ça détonnait dans le décor. Edgar Poe a défilé dans ma tête : la lettre volée. La seule voiture qu’on voyait, c’était forcément la bonne.
Portière ouverte. De toute façon, un coupé ouvert ou pas. J’ai arraché l’alarme. J’ai arraché le démarreur. Et j’ai fait ce que Franck m’avait apprit. Dix secondes, et le V8 ronronnait.
Le réservoir était plein, pour Miami c’était ok, et s’il n’y avait pas eu de flics, à 280, ce n’était pas à 4 heures.
J’ai mis ma ceinture, et doucement, remonté la rue.
Un V8, une Aston, tu composes juste avec l’accélérateur.
Au premier feu, un chien traversait, pas sur le passage, miteux, petit, crins longs et sales, truffe grise, poils blancs, yeux gris, oreilles à l’envers.
J’ai ouvert la portière de droite avec un claquement de langue et un clin d’œil : il relevé le museau, accéléré, sauté dans le roadster, m’a léché le nez, et s’est lové sur le cuir fauve. Bon : on serait trois alors.
J’aime les chiens : tu leurs dis n’importe quoi, juste au ton de la voix leur queue est au rythme de ton désir.

On est remonté tous les deux chez Martha.

J’ai encore ralenti. La Virage était tellement jaune que rouler vite était le meilleur moyen d’être contrôlé, et ce n’était pas le moment.

Le feu devant était rouge. J’ai fermé les yeux en arrêtant le bolide.
Le feu, les miens aussi passaient au rouge.

– Amoureux.
– Amoureux de Franck.
– Amoureux de Martha.
– Amoureux du chien.

J’aimais Julia.
Et je voulais Cuba.

Il allait falloir combiner tout ça.

J’ai caressé le clébard, et je lui ai donné un nom, pour que ce ne soit plus juste une boule de poil.

Quand je cherche un nom, je récite l’alphabet. 26 lettres. A chacune, il y a du monde.
A: Corset velu de mouches. Non.
B: Brigitte. Oui et non.
C: Catherine. Plus jamais, mais il y avait aussi Colorado, Cathéter, Cosmétique, Cuisine, Carton, Crème…
D: Diego.

J’ai regardé le chien. J’ai dit “Diego”. Il a tourné la tête.
On ferait la route avec Diego.

Cuba chap8.

« Enfin faim ». C’est ce mot que Franck m’avait donné : paronymie.

Martha est retournée dans sa cuisine. Je suis resté dans son salon.

Mais je ne sais plus ou est l’important.

Julia ?
Cuba ?

Le dernier truc que je faisais, avant de me faire virer, de mon appartement, pour défaut de paiment : un tryptique.
A la Jérôme Bosch. Sans le talent.
J’ai pas la tête d’un primitif flamand.

Mais :
– Olga.
– Volga.
– Vodka.

– Olga, je lui ai laissé mon lit. J’ai dormi à côté.
A l’époque, j’avais pris des photos. Pour peindre. Elles se déshabillait, couche par couche, , j’appuyais sur le déclencheur.
– Vodka, je connais, avec Franck on en avait même fabriqué.

Avec un bidon, trois tuyaux, du gaz et de la glace.

-Volga, ce n’est qu’un rêve.

4 ans avant de draguer Julia : devant une pizza.

Julia, l’histoire :

J’étais entre Palerme et Cefalù.
L’avions nous avait posé à Catane, et le bus faisait sa pause.
Catane c’est noir. On dirait une vieille française.
Juste à coté du belvédère Termini Imerese.
« Quattro stagione ?»
« Si »
« Chianti » ? 
« No : vino verde ».

Elle est arrivée. A l’oeuil, d’Espagne, genre Ibiza.
Elle s’est posée : raide bourrée de ces trucs que je ne connais pas.

J’ai respiré, tiré ma chaise, et suis allé à sa table, avec le vino verde.

« Bonjour ?
Buonjiorno ?
Hello ?
Good Morning ?
Zdravo ?

Elle a ouvert les yeux, elle n’a rien répondu, elle a souri. Pas sûr que c’est à moi qu’elle à souri.
En Sicile, il fait souvent chaud, et ce mois de juin était particulier.
Donc :
Elle a ouvert les yeux, et je les ai regardé, elle a souri, et je l’ai regardé.
Et toute la Sicile s’est embrasée.

“Quattro stagione ? E possibile de me la doubler ?”

La serveuse n’a pas compris.
J’ai parlé avec les mains.

“J’ai changé de table”. Elle a compris.
“Je suis avec elle”. Elle a compris.

“La pizza : 2 pizzas, les mêmes. Une pour elle, et la mienne.
Et le Vino verde pareil.”

Elle a compris et elle à compris. Elle s’est retounée direction les cuisines.

Julia était déjà repartie dans ses rèves. Et je la regardais toujours.

La fille, sûrement pas un sicilienne, trop grande, trop blonde, trop maquillée, trop pâle, est revenue, dans son tablier, avec le deuxième vino verde.

J’avais son sourire, le vin, et devant, mon cœur battait si fort, que c’était sûrement la fille de ma vie.

J’ai pris la première bouteille, et je nous ai servi.
J’ai tendu la main.
Je lui ai effleuré la joue.
Elle a rouvert les yeux.
Et la Sicile embrasée a explosé.

Elle a pris son verre, il est tombé sur le carrelage noir, des éclats partout, et le vin qui enchantait la lumière.

J’ai pris sa main.

“Sir, la pizza sarà Prete in dieci minuti”.
“Grazie… enfin thank”.
Elle n’était définitivement pas Sicilienne. Allemande, ou Hollandaise, Danoise : du Nord de l’Europe en tout cas. Inutile de s’empétrer dans nos mauvais Italiens, j’ai repris l’américain.

“Vous faites hôtel”?
“Non”
“Et” ?
“En face, chez Polani, ils ont des chambres”
Elle à rosi, l’allemande.
“C’est pas pour vous Mademoiselle”.
“Mademoiselle”, je l’ai dit en Français.
Elle a rosi un peu plus.
“Je vais vous chercher les pizzas, mais je dois mettre propre avant”.
Elle avait déjà sa pelle, sa balayette, et sa serpillère.
Elle s’est agenouillée.
J’ai baissé les yeux: devant j’avais un cul. Son cul, et pas des pires. J’ai relevé les yeux, serré un peu la main de Julia que je n’avais pas laché. Elle s’est réveillée, et là, c’était pas un cul, c’était le feu.
On a attendu les pizzas, sans rien dire, l’allemande partie, avec son tissus taché, et les éclats de verres.

C’est comme ça que ça a commencé.

Cuba Chap7

C’a y est, c’est demain. J’ai convoqué Gallagher et Hendrix. Ca brule dans ma tête. Je reprendrais bien Chopin, mais mon bébé a toujours MC5 dans les Oreilles : pour ne pas mourir. Et moi,je n’ai qu’a invoquer : en plus ça ne me crame pas les oreilles, je mets le volume que je veux, c’est dedans.

C’est quoi ce plan : écouter sans cesse, à fond, des pré punk, pour ne pas mourir ?
J’ai jamais bien compris, mais quand Julia m’est tombé dans les bras, j’ai encore moins compris : j’ai pris.
Je n’y connais rien, mais, les fille comme Julia, on les prends vite dans ses bras.

Elle se levait. Dans son jeans. Rien en haut. Ses seins bougeaient comme la lune, doucement.
Je me suis bougé, et je lui ai passé un thee shirt.
J’ai eu le cadeau de ses yeux. De son sourire.

On n’a pas fait de bruit : Martha dormait.

J’ai mis une casserole au gaz, histoire de faire du thé.
J’ai fouillé:mes poches, le sac plastique.
Le frigo.

Martha devait être aussi au A.A. En tout cas rien à boire dans son réfrigérateur. Juste un mot, sur le même papier que Franck : « Never pick up a jug of alcool ». Encore une citation, inversée. Les citations, c’est bien, mais ça ne te remplit pas le ventre.
J’ai ouvert les volets, la fenêtre du salon, j’ai ouvert la porte, j’ai ouvert les yeux.
Martha n’était pas présente, et je ne voulais pas savoir si elle dormait, si elle était morte, ou juste au marché.

« On verra demain » : on y était, demain. Il y avait des œufs, posés en vrac. J’ai ré-ouvert le réfrigérateur. Rien , même pas une tranche de bacon. J’ai re-fermé violemment. C’était un frigo américain : j’ai laissé tomber la glace, et je me suis barbouillé avec.
Le thé était prêt, et Julia souriante, dans ses chaussures volés.
Je nous ai servi un bol chacun.
Je préfère le café, mais il y a des matins ou il faut faire des sacrifices.
Et là, Julia: a peut près rétabli, pas loin de Miami, du bateau.

La porte d’entrée à grincé.
Martha est entrée
Avec un gros sac, et un petit
Elle a sourit, dis bonjour, et s’est installé dans la cuisine.
Putain, elle me plaisait cette black : On ne couche pas avec sa mère, mais des fois….
Grand sac : une dinde.
Et petit. : du bourbon.
« Aide moi pour la dinde : plume, sinon, pas de bourbon. »
J’ai vérifié d’un œil que Julia s’en sortait, entre le thé et les escarpins.
J’ai plumé la dinde, et j’ai bien bu la moitié du bourbon.
Elle rigolait Martha.
« No problem, continue, j’en ai d’autre »
La dinde plumée, on l’a passé sur le gaz.
Et Puis dans un plat, au four.
« Aide moi pour les patates » et elle m’a donné un couteau.
Je déteste les objets mal fait. Un couteau, ça doit couper. Ce truc de la Nouvelle Orléans était une merde.
J’ai fouillé dans un tiroir, et j’ai trouvé de quoi aiguiser.
Quand la lame m’a rasé, je me suis mis à éplucher.
– Une dinde.
– 2O patates.
– Du tabasco ( j’avais vérifié).
Juste encore soif.

« J’en ai encore du Porto tu sais : juste là, sur le balcon. Mais pour ton bateau, et le reste, tu ne le feras pas dans cet état»

J’ai ouvert la porte du balcon, pendant que tout grillait doucement.

C’est trop sucré le Porto, j’ai quand même descendu la moitié d’une bouteille. Mais oui, Martha avait des réserves.

Je suis rentré, Martha est venue avec moi dans son salon. On s’est posé sur son canapé. J’ai regardé mon bébé.
On a parlé, en attendant.
La cuisson.
Et ma chérie.

Ca sentait fort, la dinde, après la veille, aux madeleines. Mais je salivais. Enfin faim ?
Franck m’avait apprit un mot : et là je venait de m’en servir.

J’y arriverai, à Cuba.

Cuba chap6.

« Hello, les cookies sont prêts, arrivez quand vous voulez ».

Franck était encore plus fort que prévu.
« C’est bien»
J’ai déchiffré la suite de son papier.
« Au 612? On est vers la gare. A gauche, à droite, j’ai oublié » 

Orlando c’est pas grand, mais quand tu es tout petit, tout devient grand.
J’ai fermé le téléphone, et encore refouillé mes poches. Il n’y avait rien de moins qu’hier. Et j’ai remonté mes lunettes de soleils, qui n’étaient toujours pas la.

J’ai attendu encore.

« J’éteins le four, et j’arrive, monsieur ».
Elle avait une voix toute en aigu. Genre la reine du la nuit, avec un la à 445. Mais c’était chaud, brulant même. Je n’aimes pas « torride », mais ça pourrait convenir.
Au hasard, j’ai dis «  ça sent bon chez vous ». Avant de capter, elle m’a dit merci. Puis raccroché.

J’ai encore attendu.

Elle allait arriver, obligé.
Je pleurais : pas moyen de lire son nom sur le papier.
Merthe Marte Marthe ?

Je n’aime pas attendre. Alors j’ai pris ma bouteille, puis je l’ai posé.
J’ai regardé Julia.
Et j’ai composé.
Un sonnet : pour rire.

Autrefois, avec Franck, on passait les journées à parler, mais il y avait des règles.
Un jour en décasyllabe.
Un jour en octosyllabe.
Un jour en alexandrin.

Pas le droit de s’échapper.

Il avait volé un livre. A 17 ans : en stage pour l’armée, à South Indian Lake.
Je n’ai jamais compris pourquoi les stage de guerre, c’était au Canada. Lui non plus, mais il volait des livres, alors.

« Traité de poésie ». Entre quelques bières et ses copines, on avait lu. Les putes, ce n’était pas mon truc, alors j’avais du temps.
On connaissait les mots. Le temps nous a donné la suite.

Alors voilà : quand je n’ai qu’a attendre, je fais un sonnet.
4 4 3 3.
Alexandrins.
Les rimes : abba abba ccd eed
c’est Marotique ( c’était écrit dans le livre), j’ai regardé les autres mais franchement, pour improviser, c’est celui là le plus simple.
Je n’ai jamais lu Marot. Il n’est pas traduit ici, mais on me l’a récité, et il en reste des bribes.
Enfin, on s’amusait bien.
Et aujourd’hui, je m’amuse encore.

J’en était au premier tercet : Rien de bien intéressant. Le téléphone a sonné.
« Allo : c’est Martha, je suis en face ».
Je ne suis levé, j’ai pris la main de Julia, on a traversé la 315. Devant, une Ford ou une Lincoln, je voyais mal, clignotait.
Martha a ouvert la porte avant. J’ai ouvert la porte arrière et j’ai posé ma chérie.
Je suis monté.
« Ceinture s’il te plait. ».
Elle a doucement roulé jusque devant son pavillon.
Martha, une black ( j’ai regardé) mais pas le même format que celle du squat, de loin. Opulente. Et souriante. (Il faudra que je révise ma théorie sur les sourires)
Elle s’est garé, a cliqué sur un bout de plastic qui a mis de la lumière partout, et ouvert la porte.
On est entré.
Dès l’entrée, on repérait la cuisine, à l’odeur des cookies.
On s’est installé, et elle est sortie, puis revenue avec une bouteille de porto. Julia dormait encore, mais moi, j’ai pris volontiers son verre. Le porto, c’est à peine moins beau que les turquoises.

Grenat. Un jour, ma mère m’a donné une boucle d’oreille en or, avec un rubis. Celle la, elle n’a jamais cassé.
« j’ai fait du thé
Alors ? Franck m’a raconté, un peu : c’est quoi votre plan » ?

Je lui ai tout redis. A peu près.

Elle n’a pas compris, mais elle n’a pas posé de question.

« On verra demain ».

Elle s’est levé de son divan pas très frais, a virevolté dans sa robe en coton imprimé, regardé doucement ma nana qui dormait encore, a demandé si je voulais autre chose.

« On verra demain ». C’est ok.

Cuba chap5 ( je ne dis plus rien)

Drôle d’odeur. Ca me disait quelque chose.

Thé vert de chine.
Franck n’a jamais fait les choses à moitié.
Un regard circulaire. Julia dormait encore.
Le four chauffait, je le sentais, pas loin. Sûrement des madeleines.
Petit, Franck et moi on lisait Proust : Tout à jeter, sauf les madeleines. Alors on jouait à les cuisiner. On a fini par y arriver.

Le ciel bleu ne me donnait pas l’heure. Mais au moins, c’était passé, la nuit.
Franck est arrivé. Enfin, disons qu’un immense sourire est arrivé.

Il a passé sa main sur la jour de mon bébé. Elle à rosie. S’est doucement réveillée.

« Allez les jeunes ! A table ! »

Il l’a aidé à se relever, et posée sur une chaise, dans sa cuisine.
Il lui a servi le thé et donné du sucre. Elle ne prends pas de sucre, mais ce serait peut-être utile, ce jour.

Et il est venu me voir.
« C’est quoi ce flingue ? »
Je me suis rassis.
« Rien, t’occupe ».
« Mais ça va pas ! 
C’est un flingue. Même ici, si on le trouve, c’est pas Cuba, c’est la tôle.
Tu me fatigue, avec tes conneries.
Tu veux aller à Atlanta, chez les flics, avec ça ?
J’ai des menottes ici, ça sera plus rapide.
On en reparle, viens déjeuner. »

Première fois de ma vie que j’avais mal au crâne.
Je me suis levé, je me suis assis. Thé, madeleine, et Julia.

Je lui ai demandé une autre clope. Au point ou j’en étais, j’arrêterais une autre fois.
Il a mis un autre disque sur sa platine.
Allman Brothers. Un live. Unplugged. Los Angeles. Come on in my kitchen.
Et il est revenu se servir son thé.

« Tu ferais mieux de venir dans ma cuisine », on y était dans sa cuisine.

Mais les Allman. Un jour, à Pensacola, j’avais acheté des places de concert. Juste après leur meilleur album. Ils sont venus. On attendait. Leurs camions ne rentraient pas. Ils sont repartis. Pas de concert.
Alors un live unplugged, et un morceau de Robert Johnson, je ne crache plus dessus. Je fais moins la fine bouche.

Après la dernière madeleine, Franck m’a pris par la main, et posé sur son canapé. Julia se rendormait doucement, avec l’earl gray dans son nez.

« Ton flingue, je l’ai détruit.
T’es encore plus con que con.
J’ai regardé.
Il y a un bus pour Atlanta ».
« J’ai pas les dollards ».
« Moi je les ai, et t’es mon ami , alors tu y va,
Et tu reste propre
De toute façon, j’ai déjà pris les billets.
Après ; ton chapeau et tes dollars, et Miami.
Et ton bateau, tu te démerde : vous y arrivez.

Ecrire : c’est chiant:l’orthographe au moins : il me parle, il me dis « tu ». Faut un « s » à l’impératif » ?
Julia reprenait vie, et le seul ami que j’ai jamais eu avait réglé la plupart de mes soucis, et évité les autres.

« Ne regarde pas le frigo. Il n’y a rien dedans.
Et Sinon, d’Atlanta, si tu es perdu, j’ai une amie à Orlando, c’est juste avant Miami : j’ai appelé : elle vous logera ».
Il ma donné une feuille de papier, avec un nom, et un téléphone, griffonné.
Il a proposé la salle de bain à Julia.
Elle s’est rafraîchit.
J’ai décliné la même offre : de toute façon, j’étais sale partout, un peu d’eau n’y aurait rien changé.

Il nous a indiqué la direction.
A pied encore, jusqu’au terminal de bus.
J’avais les billets. On est monté dans le 608. On s’est collé l’un contre l’autre, et on a dormi.
A un moment, on se détache. Plus de flingue, pas d’alcool, juste cette fille contre moi, et le bruit du moteur. J’aurais préféré un train. C’est régulier, le clac des rails, tous les 144 mètres : ça berce.

Ca a sonné dans les amplis : on était à Orlando.
J’avais encore tout merdé. Tant pis pour mon chapeau, et mes 250$. Atlanta, je n’irai plus: quand on rate un arrêt, on rate un arret.

On est sorti dans le soleil. J’ai pris la feuille de Franck. J’ai appelé. Enfin…

J’ai rien appelé. Le téléphone prépayé était trempé : Eau, thé, bière ( Franck s’en était envoyé une ?) alcool ?

Plus de tél. Il allait falloir recommencer, ou se débrouiller.

« Julia ? »
« Oui mon amour. »
« Tu tiens debout ? »
« J’ai mal, mais je tiens debout » 
« Mal où ? »
« Mes jambes. »
« Tu es fatiguée
Demain, les 5 jours de câlins dans le bateau. »

J’ai avancé sur la Armway center.
Franck avait dit juste à gauche ?
« Pas du côté du lac ? » Non , enfin, non »: le petit lac «  Eola », pas le grand., tu vas à gauche :
« A gauche tu viens de me le dire ».
« Armway station, et puis
Pine street. »
« Pine ?
T’est vraiment trop con. Pine ? T’es encore perdu dans apollinaire ?
Arrète ça, ou tu n’arrivera pas. »
J’avais tout en mémoire.
Et le numéro.

« Viens.
Pose toi là ».

J’ai mis Julia devant une poubelle, et je lui ai demandé si elle pouvait geindre.

J’aime Julia parce que quand on fait l’amour, elle donne tout, mais elle est simple.
Il suffit d’écouter : au pire de demander. Mais « feindre », c’est comme moi, mot banni.

Elle m’a regardé, puis elle a commencé à avoir mal, pour de faux.
Ca a fait du bruit. Un putain de bruit.

Le patrons du Starbuck est sorti. Celui du Mc Do aussi.
Tel 112. J’avais trois minutes pour braquer les deux.

Dedans direct. Au milieu des sandwichs, au fond, mon Jack, et en sortant, un autre téléphone. J’ai mon mot de passe : je retrouve tout, il suffit de commander un café ou il y a du Wifi, et du Wifi, il y en a presque partout.

La police est arrivé ( évidemment : le 112).
J’ai tout planqué.
« Pas de soucis, elle est diabétique, je viens de lui donner ce qu’il fallait. »
Soupçonneux, ils ont noté nos noms, prénom adresse, tel. Et ils sont repartit.

J’avais de quoi avancer.
Sauf la coke. Mais je n’étais pas sûr que cela soit nécessaire.
Ni l’herbe.
Ni le Whisky.

Je l’ai repris, ma Julia, dans mes bras, je l’ai tiré. On s’est posé contre un talus.
Vert.
Plus vert que vert. Genre Véronèse.
Dans les bras. J’ai fait attention à ce qu’on n’ait l’air que de touristes égarés, et pas de clochards . ( Orlandon c’est plus le Texas, mais ils sont aussi con).
Je me suis posé contre elle. Et encore, j’ai laissé faire ma tête. Ca déboulait dans tous les coins. Des français en plus : c’est difficile. Pierre Mc Orlans, ou des connards de philosophes, et les allemands, et , et, et : j’ai fermé les yeux, respiré.
Je n’aime pas les philosophe. Enfin, pas après 400 après J.C.
Ou alors St augustin. Ou Descartes.
Même Descartes, c’est que des conneries : « Cogito ergo sum » : tout ça pour crever dans les bras d’une princesse, au fin fond d’un monde que je n’ai pas envie de voir, mais ou il est allé ?
J’étais mieux dans les bras de Julia. Pas de « cogito », pas de « ergo », et pas de « sum »
Que de la tendresse.
Je suis un vieil alcoolique bipolaire, et ma psy me le dis régulièrement, et gentiment.

Mais si je lui prends la main ? Je compte : je ne veux pas la mettre dans l’embarras : 5 secondes : ça suffit pour tout avoir. Elle entend, elle laisse faire. Elle sait bien que c’est le plus important.
On était plus très loin du bateau. Juste une nuit à passer chez la copine de Franck, Encore 100 milles, un bateau à braquer, et Cuba.

Le téléphone prépayé, j’ai tapé le numéro. Julia ne geignait plus.
Sonnerie.
Je suis encore tombé dans un rêve.
«  excusez moi, je dois sortir mes cookies du four. Je suis à vous dans une seconde. »
A moi ?
Des cookies?
On aurait dit « Matrix ».

J’ai attendu.

Cuba chap4 (Plus sûr de rien).

J’ai bougé un peu.
Par l’arrière de l’Escalade, on pouvait ouvrir le coffre (enfin, un coup de pied, et dégagée la tôle).
Dans le coffre : deux bidons d’essence, quelques tube à essais. Et un vison.
C’est nul de tuer pour de la fourrure, mais j’ai pris quand même : Julia aurait chaud, et il fallait encore régler.
– Alcool
– Trajet
– Argent
Et piquer un bateau.

J’ai enveloppé Julia dans le vison, et je suis ressorti.
Encore trois étages à remonter.
Et plus rien dans le ventre.

Dehors, le soleil avait éclaboussé ce bled de merde, c’était illuminant et jaunasse.
J’ai refouillé dans ma poche, c’est con, depuis la veille, je savais qu’on m’avait tout volé, mais j’ai fouillé quand même.
J’ai baissé mes lunettes de soleil, c’est con aussi : juste un réflexe, je n’en avait pas non plus de lunettes, depuis les quatre derniers mois.
J’ai remonté mon jean : à force de ne pas manger, on change de taille.
Et j’ai regardé.

Le fbi et les flics étaient parti.
Juste la bande fluo tremblait dans le soleil.
Partout, le même gris.

J’ai marché dans cette fausse lumière.
En rêvant.

J’ai pas besoin de walkman.
Autrefois ou « naguère », comme ils disent, peut-être, en France.
La musique est toute dans ma tête.
J’invoque, juste, et c’est là. Vingt sept milles œuvres (estimation basse) ,ça tient dans la mémoire).

La station Shell était juste en face. J’ai continué, j’ai même accéléré.
Mal aux jambes.
Porte.
Rayon de chips, M&M’s, tampons, merde en boite pour les chiens, et : dernier rayon, mon truc.
J’ai pris, encore, du Old n°7. Et des noix de cajou pour ma miss, et deux tacos pour ne pas crever.

La caissière était une superbe, de caissière : rien dans les yeux mais du noir tout autour, et je ne dis rien du reste, d’ailleurs, qui dirait « reste ».
Le reste, c’était tout ces seins qui tremblaient, et pas un pour la même raison.

La file n’avançait pas, et je tremblais, toujours plus. J’ai posé le caddy, et invité poliment la vieille dame, avec juste son sachet de saumon, à passer devant.
Cinq jours de bateau devant, je n’étais pas à une minute.
Et je préférais largement son sourire, à ces putains de cinq minutes.
Julia était au chaud, j’avais de l’alcool. En sortant j’ai volé un téléphone prépayé pour la coke, de l’herbe, des sorties .
Rien de grave. Sauf : « Cuba ».

Cuba, c’était tout de même plus complexe.

Plus rien, 14 heures. Encore une pizza, les trois quart pour Julia. Elle avait de petits yeux. Je voulais juste dormir. J’avais fait ma part.
Téléphone : maman :« L’espion est mort ». Rien de mieux pour vous réveiller, que de perdre une icône.
J’étais déjà dégagé.
J’ai continué.

« C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. »

« Julien, c’est moi ».

J’ai dis « je délire », alors Flaubert ou Stendhal…

J’ai fini par me réveiller.
Flaubert, Stendhal, l’espion, ça faisait trop pour rester immobile, à rêver, contre Julia, dans ce parking de merde.

C’est à cet instant que j’ai envisagé la taille du cadeau de « Sound Texas RNB ».

Dans le walkman, il y avait MC5. Ok, mon bébé pouvait dormir.
Mais il avait dit «et un plus : elle découvrira elle même. ».

C’est moi qui ai découvert.
J’ai doucement enlevé les écouteurs des oreilles de Julia.
J’ai cherché.
Stop MC5. Avance rapide. Au bout de la bande.

Chopin. Une nocturne, enfin. Une ‘héroïque ‘.
Enfin.
Le type était honnête, et le cadeau, c’était un vrai cadeau. Chopin , Vlado Perlemuter : un concert entier.

Après, j’ai fait comme j’ai pu.
Encore John Lee Hooker.
Je suis retourné au dernier endroit au j’avais posé mes bottes.

Ma maison. Enfin:le dernier endroit ou j’avais logé correctement.
Juste après deux verres, j’avais promis, à un ami, de l’accompagner, pour voir une dernière fois, un mourant. Le tabac ça fait des dégâts : 1 poumon poubelle.

Alors, chance, j’avais de quoi rester éveillé ( en fait un peu de coke au fond ‘une poche trouée)

J’ai bougé ( Julia, elle était au chaud dans son vison).
J’ai « piqué » un truc plus moderne, et une carte Sandisk.
Juste à coté de l’hôtel  .

Merde l’hôtel.
A peine sorti, il fallait retrouver une place.
Téléphone encore : j’ai appelé Franck.
« C’est quoi ? Tu veux quoi ? »
« Rien mec : une chambre pour ma nana, de la coke, de l’herbe ? Enfin:ça fait beaucoup.
Alors moins vite : une chambre pour ma nana, et de quoi tenir. j’ai plus un dollars. Mais je ferais tout pour elle, tu m’aide ? Juste elle au chaud. Et moi dans les nuages. »

« T’est con mec: les nuages, sûrement que c’est tes bras : alors l’herbe, la coke, et tes conneries …
Viens dormir la : je te loge».

Franck est vraiment un mec cool.

Je suis redescendu au parking.
J’ai pris Julia.
Jeté le vison.
Et on est allé chez Franck. A pied.

Il l’a posé doucement dans un fauteuil.
Je me suis posé par terre, avec mon sac plastique, le Jack Daniel et le petit français
Il a regardé ma tête :
« Bof».
Il a sorti un vieux truc qu’il a posé sur sa platine, Et réglé le son : assez pour nous, pas trop pour mon bébé.
Allumé une cigarette.
Et on a parlé.

« T’es con ou quoi ? »
« Je suis con, et tu l’as déjà dit.
Elle va bien ? »
« J’ai l’impression. De toute façon, je m’en occupe.
Tu fait quoi tu veux quoi ? »
« CUBA ».
« Quoi Cuba ? »

« J’y vais . Non : on y va».

Franck s’est levé doucement. Il est allé changer le 33 tours, a jeté un oeuil sur Julia, a pris son paquet de clopes, est revenu, en a rallumé une, et m’en a proposé une autre. Normalement,j’ai arrête de fumer. Comme rien n’allait « normalement », j’ai accepté.

« Doucement ».
« Doucement quoi ? »
« Je vais reprendre .
A coté t’as Julia
En face t’as moi »

J’ai toussé, plus l’habitude du tabac.

« T’as pas un rail, que je continue ? »
« Ca fait dix ans que j’ai pas pris de coke… T’as vraiment plus rien dans le crane ! »

« Ok, je continue sans alors.

Donc je veux aller à La Havane, et je veux y aller avec elle. »

« Mais pourquoi faire » ?

« Ecrire ».

« T’avais tout ce qu’il fallait, ici ? »

« J’ai plus rien : volé, brulé : laisse faire : ce serait long à raconter.

Attends : je continue : on a essayé de prendre un avion : mauvais plan.
Après un squat : mauvais plan aussi.
Après un parking mauvais plan encore.

Alors on est là.

Faut qu’on aille à Atlanta, j’y ai un chapeau et 250$, mais chez les poulets.
Après Miami.
Après je pique un bateau.
5 jours.
Et Cuba. »

« Mais pourquoi tu veux aller écrire à La Havane ? T’es pas bien là. »

« Non » je lui ai dit, et j’ai pleuré.

« On se calme ».
Il m’a pris dans ses bras.
« Tu iras ou tu veux, et avec elle promis.
Je m’en occupe. »

J’étais assis par terre, tant mieux, comme ça je ne suis pas tombé de haut.

Cuba Chap3 ( je ne suis pas sur que l’entrainement soit si efficace)

C’est pas beau des yeux noirs cernés de mauve ?
Le mauve c’est beau, les yeux il faut les fermer et imaginer, mais le violet des chocs, ça ma fait de la peine.
Souvent j’ai du taper, je n’ai jamais aimé rendre des coups . Et aimer, c’est mon truc, alors taper, franchement ?
Julia a fini par revenir un peu dans notre monde. Et encore : « Pourquoi ?» « t’as pas » ? « NON ! 
CUBA ma chérie Cuba. »

Merde enfin  ! juste Cuba, une machine, du papier, rien d’autre ?

Quelques règles ok : en france ils on fait l’Alipou, ou un truc du genre. Et les règles, ils les inventent. Je ferait pareil.

Dans l’affaire, Julia avait perdu son Walkman, et les fils de son casque étaient déchiquetés, au raz des oreilles. Il fallait trop de chose. J’avais la nausée, à peine de quoi la calmer. Elle n’avait plus MC5, Et Julia, sans du punk à fond, elle risque encore plus de mourir.

Pas de Lincoln, mais un Ford Escalade. Au 624 A.
Une lame d’acier ( toujours dans ma poche). Ouvert.
Je l’ai doucement installé sur le cuir blanc, j’ai fermé la portière, j’ai cassé l’alarme, et je suis reparti.

Avant Cuba donc  : un walkman, ou un téléphone, des écouteurs, et surtout MC5. Ou peut-être juste les Sex pistols ou les Ramones. Pour elle.
On ne peut pas boire et pleurer, ça se mélange, et je préfère sec.
En sortant du parking, j’ai commencé a halluciner. Il y avait encore des flics, trois bandes jaune fluo , et même un fille qui tendait fièrement son badge FBI. Jolie la fille, mais trois fois que je sortais pour ma chérie, alors les filles.
Je suis passé à gauche. J’ai vomis un peu plus loin. J’avais laissé la bouteille, il fallait aussi penser à ça.

Retour direction le souk, en évitant l’arabe intelligent : une paire d’escarpins, ça suffisait.

Quand le ciel est gris, tous les immeubles sont gris, et à Round Rock, rien ne dépasse trois étages, alors le gris est encore plus gris. Personne pour le chatouiller, histoire qu’il passe au bleu, en l’air.

« Sound Texas RNB »: ça brillait sur la devanture, mais il y avait plus d’armes dans la vitrine, que de ukulele.
Je suis rentré.
Ca a sonné.
Un gros tas de chemise sale s’est bougé, avec une barbe genre ZZ top.
Cool. A la même heure, le gars avait l’air aussi allumé que moi : on devrait pouvoir discuter.

C’est la que j’ai vraiment commencé à perdre les pédales. C’était simple pourtant, cadré :
Du son pour ma chérie. Rien d’autre. Rien. Enfin, encore soif mais ça pouvait attendre.

Je l’ai attrapé au col, lui ai tapé la tête sur son verre de comptoir, 3 fois.
« Vire tes ukulélé, t’en as pas de toute façon, ça va être facile. Et le reste avec : il me faut de la musique, sinon ma chérie va mourir, et on ne sera pas deux à Cuba. »

Sa grosse tête s’est retourné sur son morceau de verre blindé, protégant dessous assez de balles pour l’enfer, ou on veut.

« Ok man cool, c’est juste une… une… décoration ? Non, une devanture »
J’ai lâché son col plus noir de crasse que blanc de coton, j’ai reculé, et je suis tombé.

« T’as une clope ? »
2 ans que je n’ai fumé que de la coke, de l’héro, ou de l’herbe. Jamais de tabac, mais là, je n’en pouvais plus.

« Tiens ».
Il avait aussi un beau briquet, et quand le carbone est passé, j’ai toussé, mais on était ( je pensais) copain.
« Tu veux quoi ? »
« De la musique pour ma femme : elle crève sinon ».
« Ok
T’es sûr qu’un flingue » ?
« Je ne sais pas m’en servir. Juste de la musique : MC5, n’importe quoi, avec Kick Out The Jams, dedans., et si, un flingue, ok, mais j’ai que des faux billets »
« Tu crois que j’ai pas vu l’encre, sur ta seule chaussette, Ils repartirons d’ici pareil tes billets ».

J’avais qu’une seule chaussette, l’autre devait être resté au squat.

Il s’est remis debout, a rentré sa chemise, sorti un morceau de sale coton qui devait autrefois s’appeler un mouchoir. Il s’est doucement épongé ce qui commençais à pisser vraiment rouge. Un miroir, derrière. Il s’est regardé, tourné la tête à gauche à droite, l’oeuil fixe, et a vérifié.
« Ne bouge pas ».
Ca ne risquait pas.
Ses bottes dans l’escalier, il devait descendre, moi, il fallait que je remonte.
Un bruit d’eau.

Après hune heure, il est revenu fringant et toujours aussi gras. Mais il avait gardé le sourire.
J’étais toujours assis par terre, sans pouvoir bouger de fatigue.
« Tiens .
Petit un :
Le truc pour ta meuf : mc5 intégrale dedans, et un plus : elle découvrira elle même.
Petit deux :
T’a l’air nul alors j’ai pris ça : la sécurité » est la.
Et trois, les balles, mais ne fais pas trop le con. »

Je me suis relevé, lui ai donné le reste de mes faux billets, et je suis reparti vers le parking, ou l’escalade et Julia n’attendaient que MC5 pour vivre, un sony dans une main, et son flingue dans le dos, comme à la télé.

Après cents mètres, je me suis posé. Un chène (au texas ?) un banc. Open le sony : son à fond, ça le faisait : « Kick Out The Jams « direct . Blocage décibel viré . Problème réglé. j’avais presque sauvé ma chérie.
Sur mon cul le métal faisait mal, alors j’ai regardé aussi, avec précautions.
« MF » ?
Petit.
J’ai cherché, j’ai fermé les yeux.
Manufrance : « Le petit français » un truc de la guerre, en Europe, avant.
Pour moi, le petit français, c’était Toulouse Lautrec, mais là, j’avais 350 grammes de mort dans la main, avec le même nom.
J’ai rangé ça, mais devant : derrière ça me faisait mal.
Et j’ai filé vers Julia.

J’ai revomi, et pas de bouteille : oubliée.
Je me suis assis par terre, et j’ai fermé les yeux.
Marc Aurèle :
« Mon Dieu,
Donnez-moi la sérénité
D’accepter
Les choses que je ne peux changer,
Le courage
De changer les choses que je peux,
Et la sagesse
D’en connaître la différence. »

Les Alcooliques anonymes.

D’abord c’est pas dans Marc Aurèle, j’ai lu quatre fois.
Il y a bien des choses, mais pas ce truc.
Alors, je me suis relevé, la bouteille attendra.
Julia, en un , et Cuba derrière.

Sur le reste du trajet, j’ai bien pensé un peu aux étapes, on ne fréquente pas ce monde sans y apprendre.
Les 12 de ces cathos ?
Les douze du chef de ces catho ?
Je suis resté sur un souvenir d’enfance : Alfred Jarry dans la chandelle verte. Et cette histoire de vélo m’a donné des ailes. C’était la seule bonne étape.

Julia dormait, sur le cuir blanc ou je l’avais posé.
Je l’ai sorti. j’ai fermé l’Escalade. Je l’ai embrassé. Je l’ai caressé. Je lui ai mi les écouteurs, et MC5 à fond. Ses yeux noirs se sont ouvert sur rien, puis encore rien, et encore rien. puis, ils sont tombé sur les miens.
Sourire. Le paradis.
Petit un gagné.
Maintenant, il fallait remettre la machine en route.

Je n’avais plus de faux billets, à défaut de vrai, et rien pour aller plus loin. Mais elle était contre moi Julia. Ni les flic, ni la poule du fbi n’avaient eu l’idée de visiter le parking, on était dans l’autre, sur un poteau de béton, au 624 A. Dans le froid des parkings et le chaud de l’amour.

Rien, sauf : « Le petit français », un trajet, et un but.

Cuba.

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